La Faillite est totale (World Press Photo 2013)

Photo : Paul Hansen

Photo : Paul Hansen

Suhaib et Muhammad, autrefois enfants de Gaza. Même en additionnant leurs existences, ces deux frères n’ont pas réussi à passer six ans sur cette terre. Leurs assassins sont eux-mêmes des enfants de la mort à échelle industrielle, qu’elle fut « pogroms » ou « shoah ». La faillite de l’humanité est totale.

Photo : Adel Hana

Photo : Adel Hana

Gaza, encore. Le Hamas ne se contente pas, à quelque carrefour de la ville, de tuer six hommes sur l’ombre d’un simple soupçon, il lui faut aussi parader avec les corps dans les rues, des admirateurs à la traîne. Je n’ai pas de mots pour décrire le dégoût que m’inspirent ces ordures. Mais je ne souhaite pas leur mort, je me rêve plutôt sur une autre planète, à des années-lumière de l’obscurité de celle-ci.

Photo : Dominic Nahr

Photo : Dominic Nahr

Soldat soudanais, dont il m’importe peu de savoir s’il était du Nord ou du Sud, baignant dans une mare de ce pétrole pour lequel il est mort.

Photo : Emin Özmen

Photo : Emin Özmen

Alep. Deux jours de fouet et de tortures sur de simples soupçons, qui finalement s’avèreront infondés. Les tortionnaires appartiennent à l’Armée Syrienne Libre dont nous sommes parmi les principaux financiers. Oui, nous avons payé la cigarette que l’un d’eux fume négligemment lors de cet « entretien » dans ce qui fut autrefois une école. Que le cancer les ronge tous.

Photo : Rodriguo Abd

Photo : Rodriguo Abd

Idlib, Syrie. Aida ne pleure pas sur ses blessures, dont elle n’a cure, mais sur la mort de son mari et de ses deux enfants, tués lors d’un bombardement aérien chorégraphié par Bachar el-Assad. Avions et munitions russes.

Photo : Sebastiano Tomada

Photo : Sebastiano Tomada

Alep. Encore. Entre ceux qui se disent Libres et celui qui se prétend légitime, il y a pas mal de monde qui cherche à te tuer, mon petit. Mais tu vas rester en vie, hein ?

Photo : Jan Grarup

Photo : Jan Grarup

Somalie. Suweys Ali Jama, capitaine de l’équipe nationale féminine de basket, est en danger de mort. Pourquoi ? Ben… parce qu’elle ose jouer au basket, pardi. Je viens juste de vous le dire. Vous écoutez ou quoi ?

Photo : Majid Saeedi

Photo : Majid Saeedi

Afghanistan. Zahra, aujourd’hui 20 ans, a tenté de mettre le feu à sa vie quatre ans avant que cette photo ne soit prise. Zahra n’est pas et ne veut pas être la chose que le bétail abject d’un improbable dieu voudrait qu’elle soit.

Photo : Paolo Patrizi

Photo : Paolo Patrizi

Rome. Sharon est une femme que la misère et quelques trafiquants d’esclaves ont contraint à quitter son Kenya natal pour se prostituer au bord d’une route italienne, dans des conditions abominables. Elle n’en reste pas moins Sharon.

Photo : Micah Albert

Photo : Micah Albert

Décharge de Dandora, à la périphérie de Nairobi. Je ne sais de cette pauvresse, assise sur les déchets qu’elle collecte pour le compte de misérables exploiteurs, que ce que le photographe a bien voulu en dire : elle aime regarder les livres qu’elle trouve, qu’importe qu’il ne s’agisse souvent que de catalogues industriels. J’aurais aimé savoir son nom.

Photo : Altaf Qadri

Photo : Altaf Qadri

New Delhi. Ceci est une école, sous un pont du métro. Attendez toutefois avant de vous scandaliser car, de toutes les histoires que racontent les photos de cet article, aucune ne recèle autant d’espoir que celle-ci : cette école a été fondée par un homme qui, autrefois, par manque d’argent, fut contraint d’abandonner ses études supérieures. Cinq jours par semaine, il quitte son bazar pendant deux heures pour enseigner gratuitement, en compagnie d’un assistant, à une quarantaine d’enfants dont il a convaincu les parents de les libérer des travaux pénibles qui sont déjà bien souvent leur quotidien. L’ambition de cet homme rare qui court les rues de Delhi est de leur faire intégrer des écoles publiques pour qu’ils aient ainsi, aussi minime soit-elle, une chance d’échapper à la misère. Il a déjà réussi son coup avec environ 70 enfants qui, tenez-vous bien, continuent de fréquenter le pont du métro avant de rejoindre les écoles où ils ont été finalement admis. Ils font cela par amour, par respect mais aussi parce que Rajesh Kumar Sharma et son assistant Laxmi Chandra, qui leur ont déjà pourtant beaucoup donné, réussissent encore à leur faire prendre de l’avance sur le programme de l’éducation nationale indienne.

Photo : Altaf Qadri

Photo : Altaf Qadri

Non, la faillite n’est pas totale.

Toutes ces photos ont été primées, d’une manière ou d’une autre, au World Press Photo Contest 2013.

[Note : Pour en apprendre plus sur Rajesh Kumar Sharma et Laxmi Chandra, j’ai quelque peu fouillé la presse indienne.]

World Press Photo 2012

World Press Photo 2012

Du dérangeant, du très dérangeant, de l’insoutenable, de l’incompréhensible, parfois de l’insolite. Rarement, trop rarement, du merveilleux ou du sublime.

(Photo : Brent Stirton)

(Photo : Brent Stirton)

Maria, droguée, prostituée et maman – Kryvyi Rig, Ukraine

(Photo : Samuel Aranda)

(Photo : Samuel Aranda)

Une femme réconforte un parent blessé lors d’une manif contre le président Saleh – Sanaa, Yémen

(Photo : Massoud Hossaini)

(Photo : Massoud Hossaini)

Après un attentat – Kaboul, Afghanistan

(Photo : Stéphanie Sinclair)

(Photo : Stéphanie Sinclair)

Sarita, 15 ans. La veille, elle-même et Maya, sa sœur de 8 ans, furent… mariées – Inde

(Photo : Pedro Pardo)

(Photo : Pedro Pardo)

Femme et fillette (mère et fille ?), victimes de la guerre des cartels de la drogue – Acapulco, Mexique

(Photo : Johnny Haglund)

(Photo : Johnny Haglund)

Jeune fille à la pêche – Kisangani, Congo

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Cet article n’existe pas

Après réflexions – et non « réflections », je ne me suis pas regardé dans un miroir – j’ai décidé de ne pas écrire d’article sur l’attaque dont Charlie Hebdo fut la victime et sur les réactions subséquentes.

Je m’étais bien lancé, la semaine dernière, dans la rédaction d’une réaction pleine de colère, mais celle-ci s’allongeait inutilement au regard du peu qu’il y a à dire :

  • Représenter Mahomet, de manière caricaturale ou respectueuse, n’est interdit qu’aux musulmans. En aucun cas, des non-musulmans ne doivent se sentir tenus d’obéir à cette censure interne. A l’inverse, personne n’a jamais demandé à un musulman d’obéir à une bulle papale ou à un interdit hindouiste.
  • Caricaturer qui que ce soit est autorisé par la loi et, en France, le code pénal a (toujours) préséance sur n’importe quel code religieux. En se moquant, les humoristes contribuent à rappeler aux bigots que la place des religions est secondaire. Ils sont des anticorps souverains dont la disparition aurait de graves répercussions sur notre santé mentale et celle de notre société.
  • Le délit de blasphème n’existe plus, sauf en Alsace-Moselle, contrée étrange où il n’y a pas séparation de l’état et de l’église et où le droit incorpore des articles du droit pénal allemand. Ces cons s’en sont d’ailleurs servis pour faire condamner Act-Up et des militants homosexuels qui, après que l’évêque de Strasbourg eut traité les homosexuels d’animaux, avaient débarqué dans la cathédrale, en pleine messe, pour lui dire qu’il était un malade. Par contre, la justice locale n’a jamais considéré que les propos de l’évêque puissent constituer une inadmissible insulte à l’égard d’une communauté. Rétablir le délit de blasphème sur tout le territoire serait se priver d’un droit de réponse percutant chaque fois qu’un religieux, quel que soit l’être de conte de fées auquel il croit, tient des propos qui relèvent de la psychiatrie. A-t-on envie de signer un chèque en blanc à des types dont la loi nous dit pourtant qu’ils ne sont pas le pouvoir et n’ont rien à imposer à personne ?
  • Nos ancêtres, échaudés par tout ce que le pouvoir religieux a pu faire subir à ce pays du temps où il était intouchable, se sont battus pour que la religion revienne dans la niche qu’elle n’aurait jamais dû quitter, à savoir la sphère du privé. Qui sommes-nous, nous qui n’avons jamais souffert de la dictature morale du christianisme et de l’inquisition, pour vouloir, à l’instar de quelques députés UMP, que le délit de blasphème, notion suffisamment confuse pour permettre des décisions très arbitraires, réintègre le code pénal et que la religion retrouve une certaine prééminence alors que la séparation de l’état et de l’église décidée à la Révolution a largement prouvé qu’elle était source de progrès ?
  • Il ne faut pas se faire d’illusions : réintroduire la notion de blasphème, plutôt que de protéger les musulmans d’un simple dessin, bénéficierait surtout aux judéo-chrétiens et leur permettrait de faire interdire nombre de livres, de pièces de théâtre, de films et de tableaux. Ménager certains reviendrait à foutre tous les autres en cage. Personnellement, je n’ai pas la moindre envie de laisser à quelques-uns, que je tiens pour des refoulés, le soin de décider arbitrairement de ce que je peux regarder, lire ou écouter. Et dire.
  • La démocratie, aussi imparfaite soit-elle, est le pouvoir du peuple, pas la mainmise de groupes religieux.
  • La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas (devise du Canard Enchaîné). Et la liberté, c’est comme le chocolat, le sexe ou tout ce qui est agréable : on en veut plus, jamais moins.
  • Si les religieux sont autorisés à attaquer les œuvres qui heurtent leurs yeux et leurs oreilles, il faudra également autoriser les athées qui ne supportent pas la présence d’églises, de mosquées ou de synagogues dans des rues par définition publiques à lancer des actions en justice pour demander leur démolition. Bref, on ne s’en sort plus.
  • Dieu n’existe pas.

Autrement, on ne sait toujours pas qui a foutu le feu à Charlie Hebdo. Il peut aussi bien s’agir de musulmans qui n’ont pas apprécié la caricature de leur prophète, que de désœuvrés au QI de figue molle ou d’infidèles, d’extrême-droite ou non, animés par de sombres desseins. Mais ça ne change rien au fait que, en se réjouissant ouvertement de l’incendie sur des sites ou sur les réseaux sociaux, comme l’ont fait des milliers d’entre eux, les musulmans de France ont perdu des points. Or, vu le climat délétère qui baigne la France depuis quelques années, ils ne pouvaient pas vraiment se le permettre. Si quelqu’un leur a tendu un piège, force est de reconnaitre qu’ils sont tombés à pieds joints dedans. Plouf !

Quant à Charlie Hebdo, il ne fait que son boulot de papier satirique et déjanté. Même si on aimerait parfois que, par souci d’équilibre, il expédie plus de « missiles » sur Israël ou sur la communauté juive de France. Chrétiens et musulmans, ses deux cibles préférées, n’ont pas le monopole de la connerie. Les juifs détiennent aussi leur part d’actions.

Last but not least, je me branle de ce que peuvent penser de moi les bigots, qu’ils soient barbus ou glabres, polygames ou pédophiles, qu’ils adorent un prophète qu’un simple coup de crayon peut mettre à mal, qu’ils baisent une croix rouillée en psalmodiant en latin ou se lamentent devant un mur en ruine. Être accusé d’intolérance par des gens qui parfois s’étranglent de rage, vous vouent aux enfers et vous promettent une fin violente, au nom de leur dieu qui est le seul dieu authentique (lu sous la plume d’un musulman de France), tient plus du titre de gloire que de l’insulte.

Dans ce pays, le politiquement correct oblige, il est devenu à peu près impossible de dire à un type qui se trouve être musulman (ou juif, du reste) qu’il est un gros con, ou tout simplement de s’en moquer, sans qu’il ne dégaine immédiatement le mot « raciste » (ou « antisémite », la
Rolls-Royce du genre), cette arme magique qui tétanise l’accusé, lui file des sueurs glacées, le laisse presque sans voix, l’oblige à bégayer que, non, il ne critique pas une race dans sa totalité mais seulement de l’ individu, de la croyance, ce qu’il tient pour de la connerie pure et simple et que, jusqu’à preuve du contraire, cela n’est ni inhumain ni même interdit par la loi du pays dans lequel nous nous trouvons actuellement. Sans compter que le « gros con », et c’est là le miracle de la loi séculière, peut faire de même si ça lui chante et renvoyer, d’un revers magistral, le nom d’oiseau vers l’expéditeur.

En fait, si les musulmans de France et les champions du monde de la susceptibilité que sont les juifs y réfléchissaient à deux fois, ils comprendraient que, chaque fois qu’un gros con comme moi se moque d’eux, ils sont logés à la même enseigne que tout le monde, cathos, athées et autres gros cons. Le racisme serait de les préserver, au titre d’une différence qui n’existe pas.

Merde. J’avais décidé de ne pas écrire cet article. Et surtout pas cet article partiel (ne pas confondre avec « partial »). Bon, on mettra ça sur le compte de cinq cafés et de deux muffins pleins d’énormes pépites de chocolat noir.

Blasphémateur

Le volant en dentelle rend pédé comme un islamophoque

L’Arabie Saoudite dispose d’une structure officielle connue sous le nom de Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (CPVPV). Ce comité portait autrefois un autre nom mais, et cela ne s’invente pas, l’acronyme de cet autre nom était CAVES. Ce qui, en anglais, vous le savez sûrement, veut dire « grottes ». Las d’être la risée du monde extérieur, musulman ou non, le bidule décida d’adopter une appellation qui siérait mieux à l’austérité et à l’importance de sa tâche.

Le CPVPV, qui n’est ni plus ni moins qu’une police religieuse sous les ordres directs du roi, se compose de 3 500 membres et emploie une myriade de volontaires regroupés dans une entité dite muttawa. Le rôle de cette muttawa, que les volontaires prennent très au sérieux, consiste à
patrouiller dans les rues, armés de bâtons, et à s’assurer que tout ce que l’on voit est halal (tenues vestimentaires, séparation des hommes et des femmes, respect des prières, etc.). Dans le cas contraire, ils frappent, incarcèrent et frappent à nouveau.

Le plus haut fait d’armes du CPVPV et de la muttawa remonte à 2002, lors de l’incendie d’une école de jeunes filles de La Mecque. Inquiets que les pompiers arrivés sur leurs lieux puissent voir de jeunes femelles pas « convenablement couvertes » et que le contact physique ainsi induit puisse inciter donzelles et hommes du feu à copuler frénétiquement devant le bâtiment en flammes, que ce soit dans la position du missionnaire ou en furieuse levrette, les muttawwa’in refoulèrent dans le brasier toutes les jeunes filles qui parvenaient à s’en échapper et usèrent de coups pour empêcher les pompiers de se porter au secours des infortunées.

Bilan : 15 adolescentes carbonisées, une cinquantaine de blessées mais, fort heureusement, Allah U Akbar, pas la moindre pénétration, ni même la plus petite fellation à déplorer.

Les membres de ce comité, vous l’aurez maintenant compris, se distinguent par deux caractéristiques particulières : ils sont bien plus musulmans qu’Allah lui-même et, quoiqu’en plein déni, ils ont un très grave problème relationnel avec l’organe qui pendouille entre leurs jambes.

La sensibilité de leur gland est telle que couvrir les femmes des pieds à la tête du noir le plus opaque et le plus informe qui soit est le seul moyen à peu près efficace qu’ils aient trouvé pour que ces salopes ne provoquent pas des éjaculations spontanées ou, pire, les viols qu’elles mériteraient assurément si elles poussaient le vice, inhérent à leur naissance, jusqu’à se découvrir le visage ou les chevilles. En cela, du reste, les opinions des gardiens saoudiens de la foi ne diffèrent guère de celles de leurs homologues du monde entier : c’est la tentatrice qui fait le violeur.

Malheureusement, oblitérer le corps de la femme ne suffit pas toujours car, voyez-vous, il reste à la créature des yeux pour faire le mal.

Ainsi, il y a peu, un membre du CPVPV marchait tranquillement dans la rue. Je ne saurais vous dire où il allait ni où il se rendait mais vous pouvez tranquillement parier votre salaire (si vous en touchez un) qu’un des deux points, que ce soit celui du départ ou celui de l’arrivée, était une mosquée plutôt qu’une librairie. Il était donc là, tranquille, la bite et le cerveau au repos, quand il aperçut les yeux d’une femme. Peut-être ceux ci-dessous, dont il ne fait aucun doute, même pour l’athée que je suis, qu’ils sont d’une beauté diabolique.

Yeux_Purdah

Son érection fut soudaine, brutale. Si brutale que, répondant à son appel pressant, il se jeta sur le mari de la pècheresse. L’affaire est confuse et nul ne sait s’il voulut le punir d’être l’heureux propriétaire de la maléfique et pourtant divine femelle ou s’il avait en tête (de nœud) d’éliminer celui qui, légitimement, pouvait lui interdire l’entrée du vagin qu’il vit se refléter dans ce regard-là mais toujours est-il que, dans la mêlée qui s’ensuivit, le mari reçut deux coups de couteau.

L’affaire fit un certain bruit dans le pays et, bien évidemment, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice s’en empara. Non pour punir celui de ses membres qui, dans la rue, se jette sur les couples puisqu’il ne saurait être tenu pour responsable d’une turgescence et de pulsions sur lesquelles il n’a aucun contrôle mais pour proposer une loi qui, faute d’autoriser l’abattage de nymphomanes dont on a par ailleurs besoin pour le renouvellement de l’espèce et les tâches ménagères, puisse tout au moins restreindre leur vaste capacité de nuisance : les obliger à cacher également leurs yeux dès lors qu’elles s’aventurent dans l’espace public.

Le Sheikh Motlab al Nabet, porte-parole du CPVPV, n’a toutefois pas précisé si les aveugles nouvellement créées seraient autorisées à bénéficier de l’aide d’un chien mâle ou d’une canne mais, sachant l’usage pervers que les femmes peuvent faire de l’un ou de l’autre, il y a fort à parier que non.

Cependant, si l’Arabie Saoudite ne comptait, pour veiller au grain et au strict respect de la mode féminine, que le seul Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, elle resterait un véritable paradis pour les femmes. Voire un lupanar.

C’est pourquoi il existe aussi, afin de s’assurer que le CPVPV ne fasse pas preuve d’un trop grand laxisme, un conseil religieux connu sous le nom de Majlis al-Ifta’ al-A’ala. Quoique très proches de ceux du CPVPV, notamment pour ce qui est de la sensibilité extrême du gland et de la propension à rendre les femmes responsables de cette excitabilité, les membres du conseil religieux ne verraient, eux, aucun inconvénient à poursuivre Allah pour apostasie si cela devait servir la cause de leur Islam.

Au moment même où le CPVPV déposait un projet de loi qui bannisse définitivement les yeux maudits des femmes de la surface du territoire national, le Majlis al-Ifta’ al-A’ala lâchait érudits et « scientifiques » aux idées bien arrêtées sur la question des femmes au volant.

Leur rapport vient d’être remis aux parlementaires et il ne laisse planer aucun doute sur les conséquences apocalyptiques qu’aurait l’abrogation de la loi interdisant la conduite aux femmes : non seulement il n’y aurait, dans les dix ans à venir, plus une seule vierge sur tout le territoire mais, conséquemment, les Saoudiens deviendraient tous pédés comme des phoques occidentaux.

Je ne sais absolument pas quel enchaînement d’idées les a menés à cette conclusion, ni même s’il y eut un enchaînement logique d’idées plutôt qu’un empilement hétéroclite, mais ils sont sûrs de leur fait.

Et ils vont même plus loin : si une femme autorisée à conduire perd très vite sa virginité, elle devient aussi, en bonne porteuse du mal qu’elle est déjà de par sa naissance, irrémédiablement folle de cul, insatiable, affamée, inassouvissable.

Le « professeur » Kamal Subhi, corédacteur de l’étude et professeur qui mérite plus ses guillemets que ses diplômes, rapporte une anecdote qui, plus qu’à l’appui de la théorie, est la théorie même : alors qu’il était assis dans un café d’un pays arabe qu’il ne souhaite pas nommer, raconte-il, « toutes les femmes me regardaient. Une d’elles fit un geste pour signaler clairement qu’elle était disponible… c’est ce qui arrive quand les femmes sont autorisées à conduire ».

Malgré son caractère scrupuleux et définitivement rationnel, on peut cependant regretter, et croyez bien que je le regrette, que le récit de son voyage et des turpitudes dont il fut le témoin malheureux ne s’accompagne pas du volume précis de semence dont il tartina assurément l’intérieur de sa gandourah. C’eut été là une donnée scientifique permettant de quantifier le mal avec une rigueur sans équivalent et, surtout, sans précédent.

De toute façon, il est inutile que le Majlis al-Ifta’ al-A’ala lutte contre l’abrogation de la loi interdisant la conduite aux femmes puisque celles-ci, bientôt aveuglées par le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, ne seront même plus en mesure de trouver la bagnole. Sans parler de mettre la main sur la clé de contact.

Bon, c’était ma séquence « Islamophobie ». Je promets toutefois que, un de ces quatre, afin que tout le monde ait son dû, je me pencherai sur la question de ces femmes-objets que, dans notre Occident que nous voudrions presque irréprochable, nous nous plaisons à déshabiller jusqu’au col de l’utérus pour faire vendre tout et n’importe quoi dans les plus grandes quantités possibles. Leur cas (et, par conséquent, celui de leurs hommes – dont je suis) est tout aussi intéressant que celui des femmes-animaux-de-compagnie et de leurs maîtres.