Quelle vie je mène !

Aujourd’hui, en fin d’après-midi, alors que je grignotais un biscuit fourré au chocolat, et je ne saurais vous dire ce qui a motivé cet élan soudain, j’ai couru à l’étage attraper mon appareil photo avant que le soleil ne disparaisse complètement derrière la butte.

Et, pendant que mon fils me disait quelque chose que j’avoue ne pas avoir saisi mais que je lui demanderai de répéter au dîner, j’ai pris une poignée de photos.

De retour dans ma petite étude sise sous la pente est du toit, et je ne saurais pas non plus vous dire ce qui a motivé ce deuxième élan, j’ai ouvert des logiciels, mis une copie d’une des photos en noir et blanc, réduit la taille d’une autre copie de la même photo, amélioré un brin la netteté de l’une et de l’autre copies et, enfin, collé la copie en couleur sur la copie en noir et blanc.

A l’issue de ces manipulations, je tenais donc ce que l’on appelle un collage. Sauf que, vous l’aurez certainement noté, je n’ai pas utilisé de colle.

Je vous livre la chose, que j’ ai intitulée « Bien au chaud » :

Bien au chaud, 28 novembre 2013

Bien au chaud, 28 novembre 2013

Là où intervient l’incroyable coïncidence, je vous jure que je n’avais rien planifié et que je n’ai découvert le concours de circonstances qu’au moment de classer la photo dans le dossier où je classe de telles photos, c’est que ce collage, qui est, pour autant que je m’en souvienne, mon deuxième collage à prétention artistique, a été réalisé 2 ans jour pour jour, et presque heure pour heure, après mon premier collage à prétention artistique. Et les deux fois, tenez-vous bien, j’étais en pantoufles.

Ça met sur le cul, non ?

En Pantoufles, 28 novembre 2011

En Pantoufles, 28 novembre 2011

En rentrant du boulot

Au retour du boulot, je remonte, sur cinq ou six kilomètres, une petite vallée encaissée dont les versants sont recouverts d’une forêt par endroits assez épaisse. Aujourd’hui, malgré l’extrême étroitesse de la route toute en virages, la présence sur la banquette arrière de quelques bières dont j’aurais détesté qu’elles se réchauffent puisque je me proposais de les consommer dès le seuil de ma maison franchi et le fait que j’écoutais Arabian Waltz de Rabih Abou-Khalil, j’ai brusquement garé tant bien que mal ma vieille voiture et pris quelques photos.

AutomneAutomne-2Automne-3Automne-4Automne-5

Plus tard, en arrivant sur le plateau encore généreusement ensoleillé, il m’est venu à l’idée qu’il y a de pires destins.

Condamnation (retour)

En montant-descendant-montant-descendant-montant (c’est le relief qui veut ça) au village dont dépend mon hameau, je suis allé voir le dernier pan de mur intact de la-maison-qui-a-brûlé-il-y-a-longtemps pour savoir où en était l’affiche de campagneque j’avais photographiée en juin 2012.

Et ben, je suis d’avis qu’il y a toujours des coins, au dos d’une affiche ou sur son support, où l’on met beaucoup trop de colle.

Photo : Sergeant Pepper

Photo : Sergeant Pepper

Condamnation

Photo : Sergeant Pepper

Photo : Sergeant Pepper

 

Tranche hivernale à Nothing Hill

– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Bonjour !
– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Entrez !
– Oh non, mes bottes sont pleines de boue. Je vais tout vous salir.
– Pas grave, la maison est à vous. Puis y a un paillasson. Entrez. Il pleut.
– Je voulais vous demander si le chien ne vous ennuie pas trop.
– Quel chien ?
– J’ai capturé un chien.
– Un chien ?
– Oui, un chien. Mais je savais bien que ce n’était pas un renard.
– Ah, vous aviez eu des pertes….
– Oui, cinq ou six poules et un canard. C’était trop pour un renard.
– Et c’était donc un chien ?
– Oui. En tous cas, c’est lui qui est tombé dedans.
– Dans le piège ?
– Oui. Un piège avec des poules mortes.
– C’est un gros chien ?
– C’est un border-collie grand comme ça. Adorable.
– J’avais effectivement entendu ou cru entendre faiblement couiner depuis deux ou trois jours mais je ne savais pas que c’était un chien.
– Si, c’est un chien. Un beau chien. Je le nourris en attendant.
– Vous attendez quoi ?
– Je veux voir si quelqu’un va venir le réclamer. C’est pas pour quelques poules mais j’aimerais savoir s’il est à quelqu’un et, si oui, à qui.
– Cinq ou six poules et un canard, ça commence à faire, non ?
– Bof.
– Et si personne ne vient ?
– Je le relâcherai. Ne vais pas garder cette pauvre bête dans une cage ad vitam aeternam. Il couine un peu. Ha ha !
– Je suis heureux d’apprendre que ce n’était pas mon imagination mais, pour répondre à votre question initiale, non, je n’ai pas été ennuyé en quoi que ce soit.
– Pourtant il couine.

Ensuite, après que je lui eus offert une excellente bouteille de bordeaux blanc 2004 qu’il ne voulut d’abord pas mais qu’il prit enfin, le paysan, mon propriétaire et seul voisin, souleva légèrement sa casquette, passa une main sur ses cheveux aplatis et me confessa sa déprime post-noël.

– Tout le monde s’en va et je me retrouve seul au bord de la route, au milieu du paysage. Je suis là à saluer une voiture qui démarre et, hop, d’un coup, je m’aperçois qu’il n’y a plus que moi debout dans la campagne, la main encore en l’air. Ça me déprime tous les ans.
– Je ne me sens pas très bien moi-même. Entre ça et le temps de merde…
– Moi, ça me dure jusqu’à la mi-janvier. Après, ça va mieux.
– S’il avait de la neige, le paysage aurait toujours son manteau de fêtes et je crois que j’irais mieux.
– Oui, c’est moins rude quand il neige. On a l’impression que Noël s’attarde.

Brouillard_Nothing_Hill

Porte à porte

Encore des portes.

Vous allez finir par vous demander où je veux en venir avec toutes ces portes. Dont vous n’aurez pas manqué de remarquer qu’elles sont fermées.

Pour être franc, je n’en sais rien.

Peut-être suis-je moi-même devant une porte dont je ne sais si je dois l’ouvrir.

Peut-être est-ce tout simplement parce que j’aime les portes. Même si je ne suis pas certain d’aimer les portes. En tous cas, je ne me rappelle d’aucune révélation dans ce sens.

Je me souviens d’une époque où, muni d’un appareil photo aussi cher qu’encombrant, je photographiais des vaches.

Vache, photo… Vache, photo… Vache, photo…

Pourtant, je n’aimais pas particulièrement les vaches. Ni leurs photos.

Puis, et peut-être faut-il voir là une relation de cause à effet, je suis passé des vaches aux bouddhas. D’aucuns, dont il est intéressant de noter qu’ils ne connaissaient rien aux photos et encore moins aux vaches, ont dit que je mûrissais.

Peut-être étaient-ils bouddhistes.

Peut-être ont-ils dit cela car ils se sont sentis obligés de dire quelque chose.

Bon.

Là, j’en suis aux portes fermées.

Je marche dans les rues. Je regarde les portes fermées et je photographie. Pas toutes les portes fermées. Certaines, seulement. Peut-être vais-je mentalement mieux qu’à l’époque des vaches.

Je préférerais photographier des femmes. Jolies, fraîches, brunes, amusantes et ouvertes. (Qui a envie de photographier une femme fermée ?)

Mais puis-je arpenter les rues, me planter devant toutes les femmes qui correspondent à la description ci-dessus et les photographier sous toutes les coutures sans risque pour mon cœur ?

Non.

Donc, je fais du porte à porte.

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Quelqu’un finira bien par m’ouvrir.

Portes

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