Crissemeusse

Si l’on exclut le jovial bonhomme à barbe blanche, les flocons de neige qui virevoltent dans le-vent-d’hiver-qui-s’en-va-sifflant-soufflant-dans-les-grands-sapins-verts, l’imagerie scintillante rouge et or, les sempiternelles rétrospectives télévisées et les bruits presque obscènes qu’engendre une mastication réjouie, rien n’évoque mieux Noël que les enfants eux-mêmes.

Ainsi – et vous allez découvrir que ce qui suit n’a rien à voir avec ce qui précède –, au Bangladesh, pays dont est originaire le photographe GMB Akash, 17,5 % des mômes de 5 à 15 ans « sont engagés dans des activités économiques ». Entendez par là qu’ils triment en silence et dans la douleur pour des salaires mensuels si dérisoires qu’ils ne suffiraient pas à payer la litière hebdomadaire des plus exigeants de nos chats domestiques.

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Hijra

« Je me sens comme une sirène. Mon corps me dit que je suis un homme mais mon âme me dit que je suis une femme. Je suis comme une fleur, une fleur faite de papier. Je serai toujours aimée de loin, jamais touchée et sans odeur dont tomber amoureuse. » – Heena

Shumi et Priya (Photo : Shahria Sharmin)

Shumi et Priya (Photo : Shahria Sharmin)

Panna (Photo : Shahria Sharmin)

Panna (Photo : Shahria Sharmin)

Nishi (Photo : Shahria Sharmin)

Nishi (Photo : Shahria Sharmin)

Chaiti (Photo : Shahria Sharmin)

Chaiti (Photo : Shahria Sharmin)

Tina (Photo : Shahria Sharmin)

Tina (Photo : Shahria Sharmin)

Site Web de Shahria Sharmin

A vos marques !

Le jour-même où je publiai quelques-unes des photos primées au concours de photojournalisme World Press Photo 2013, un lecteur  a attiré mon attention sur l’épouvantable drame du Rana Plaza au Bangladesh – dont le bilan, à l’heure où je tape ces lignes, est, selon News From Bangladesh, de 694 morts. Il se pourrait cependant, une fois les opérations de déblaiement finies, qu’il atteigne les 1 000 morts (certains journaux prédisent jusqu’à 1 400 morts).

Le Rana Plaza était un immeuble de huit étages (dont quatre auraient été ajoutés illégalement) qui abritait d’immenses ateliers de confection textile dans lesquels œuvraient – pour 30 euros par mois – des milliers d’ouvriers, en majorité des femmes (parfois enceintes jusqu’aux yeux). Ces esclaves des temps modernes fabriquaient des fringues pour une cinquantaine de grandes marques et de distributeurs occidentaux. Parmi ces derniers, du reste, se trouvent des supermarchés français où vous et moi allons certainement faire nos courses (les étiquettes retrouvées dans les décombres ne sauraient mentir).

Le bâtiment, construit et utilisé en dépit du bon sens et, surtout, sans le moindre respect de la vie des employés, s’est effondré le 24 avril. Comme un château de cartes que l’on aurait élevé sur une table bancale. La banque et les quelques boutiques des premiers niveaux avaient été évacuées la veille, dès l’apparition des premières fissures mais les esclaves, eux, furent forcés de venir travailler le lendemain, sous peine de licenciement ou de retenue sur salaire de… 30 euros.

01. Bangladesh Rana Plaza 1

Le Bangladesh, nous le savons tous, est un vaste atelier de misère où sont fabriqués, entre autres choses, nombre de nos vêtements et de nos chaussures, de marque ou bon marché. C’est l’ultralibéralisme (coût minimum, profit maximum) et notre propre fringale (« j’veux du pas cher ! ») – du crétinisme s’il en est – qui ont engendré ce triste état de fait.

Ajoutez à cela la corruption ambiante (plusieurs députés bangladais sont propriétaires de ces tristement célèbres « sweatshops »), un manque de moyens, d’expertise technique et les accidents se multiplient, que ce soit dans les usines où triment des hommes, des femmes et, parfois, des enfants dont nous n’avons rien à foutre et dans les bidonvilles où notre je-m’en-foutisme à tous, vendeurs et acheteurs, les condamne à vivre.

01. Bangladesh Rana Plaza 2

Le photographe bangladais Abir Abdullah (à qui l’on doit tous les clichés présents dans cet article) court d’une catastrophe à une autre et immortalise les morts et ceux qui leur survivent. Il essaie, par ses terribles photos, de faire pression sur les marques occidentales et sur les politiciens locaux. Il tente, à son échelle, « de mettre fin à l’exploitation ».

Kawran Bazaar, 25 février 2007

Kawran Bazaar, 25 février 2007

Tazreen Fashions Limited, usine textile de la banlieue de Dacca, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, usine textile de la banlieue de Dacca, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, 24 novembre 2012

Proches des victimes d’un incendie. Nimtali, banlieue de Dacca, 3 juin 2010

Proches des victimes d’un incendie. Nimtali, banlieue de Dacca, 3 juin 2010

Parents, amis, voisins se jettent dans l’incendie pour tenter de sauver quelqu’un en attendant les pompiers (ville et date inconnues)

Parents, amis, voisins se jettent dans l’incendie pour tenter de sauver quelqu’un en attendant les pompiers (ville et date inconnues)

Bidonville de Mirpur, Dacca, avril 2009

Bidonville de Mirpur, Dacca, avril 2009

Blessé ou mort, Dacca, 2007 ( ?)

Blessé ou mort, Dacca, 2007 ( ?)

Une survivante, une épouse, une sœur...

Une survivante, une épouse, une sœur…

Une mère (dans sa main, elle tient des photos de son fils disparu au Rana Plaza)

Une mère (dans sa main, elle tient des photos de son fils disparu au Rana Plaza)