Les fantômes d’Hashima

Hier, tout à fait par hasard, en me promenant sur la toile, j’ai découvert l’existence d’une île japonaise fantôme dont je n’avais jamais entendu parler : Hashima, ou Gunkajima (« île navire de guerre »).

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Voici ce que Wikipédia dit de son histoire :

« En 1810, un important gisement de houille est découvert sur l’île alors inhabitée. Elle est rachetée en 1890 par Mitsubishi qui exploite cette ressource et installe sur l’île la main-d’œuvre nécessaire. La population augmente alors rapidement au point qu’en 1950, elle atteint 5 300 habitants pour 6,3 hectares de superficie, soit 84 100 hab/km2. Ces chiffres augmentent encore pour culminer à 83 500 hab/km2 pour l’ensemble de l’île et 139 100 hab/km2 pour le quartier des habitations en 1959. C’est alors la plus forte densité de population enregistrée au monde. L’île connait ensuite un déclin rapide avec le remplacement de la houille par le pétrole comme principale source d’énergie dans l’économie japonaise. L’activité des puits diminue au point que les derniers habitants sont évacués en 1973. Les conditions climatiques, notamment le passage des typhons, accélère le délabrement des bâtiments et des installations minières abandonnés. »

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God ! It’s too early

15 avril, 14 heures 36. Je reçois le texto suivant : « Bière chez J*** ». L’expéditeur n’étant pas connu dans toute la ville pour sa tempérance, je comprends immédiatement que le singulier utilisé dans le message est mensonger. Et, prudent, je réponds, « God ! It’s too early ». Quoi qu’il en soit, un coup de fil et quelques 60 minutes plus tard, je suis attablé devant une bière en compagnie de gens eux aussi attablés devant une bière.

Un seau de cervoise plus loin, le contenu de ce blog, et notamment la série sur les funérailles d’un villageois, me vaut une volée de bois vert. Il m’est reproché d’en avoir trop montré et pas assez dit. Le critique reconnaît toutefois avoir commencé la série par la fin (parce que le blog est mal rangé). Il admet aussi qu’un fond d’éducation judéo-chrétienne fait qu’il ne sent pas très à l’aise sur le sujet de la mort. Il est des choses dont on ne rit pas. J’essaie de donner un tour philosophique à la conversation. En vain. Les bières se succèdent trop vite et il devient vite évident qu’il est plus sage de s’en tenir aux conneries habituelles.

A la nuit tombée, plus lourd de quelques litres et de deux cuisses de poulet grillé, j’enfourche la moto pour regagner mes pénates où, je le suppose, m’attend une autre volée de bois vert. Bien supérieure sur l’échelle de Richter des volées de bois vert.

Et là, surprise. A l’entrée du village, je tombe sur Lucy in the Sky, trempée et bourrée comme seule peut l’être une Thaïlandaise qui a décidé de profiter pleinement du dernier des trois jours de l’an. Elle danse au milieu de la route en compagnie d’une bonne soixantaine de voisins et de parents. Suivis par un utilitaire chargée d’une sono qui doit s‘entendre jusqu’à Chiang Mai, à quinze bornes, tous ces braves gens, dont seuls les moins de 18 ans sont à jeun, vont au temple. Je gare la moto chez le chef du village. A peine ai-je mis la béquille que je suis attaqué par trois personnes armées de tuyaux d’arrosage. Oncle Lot, qui n’est pas mon oncle mais que tout le monde appelle comme ça, me tend un verre de nam krao, du vin de riz fait maison et pas très légal. Sous le charme, je découvre que, en plus de la sono, l’utilitaire transporte des  litres et des litres de vin. De quoi parcourir sans souci les 500 mètres qui nous séparent encore du temple. Désormais officiellement bourré moi-même, je me lance à corps perdu dans la danse. Tout le monde semble en transe. Une bonne heure plus tard, le temple est atteint. Nous sommes dans un état second, sinon troisième. Peut-être avons-nous fini le vin mais toujours est-il qu’au pied du sanctuaire, c’est une grande bière, que je suppose bénite, que l’on me tend.

La fin est un peu confuse mais je me souviens avoir mobilisé cinq ou six personnes pour m’aider à retrouver la moto.

Bref, il y a longtemps que je ne m’étais pas marré comme ça.

Sans haine mais sans pitié

La saison des pluies bat son plein. Les moustiques, qu’ils soient presque invisibles ou gras comme des mouches, pullulent à l’extérieur et le trop plein déborde régulièrement à l’intérieur. Un groupe de crapauds à pustules prend tous les soirs possession de la terrasse. Au matin, on retrouve parfois leurs déjections sur le sol. Elles font la moitié de leur taille. Si ces créatures transportent autant de merde en elles, cela laisse bien peu de place à leurs cerveaux. Les crapauds sont des êtres sédentaires allergiques aux paysages nouveaux. Il est totalement inutile de les déposer délicatement sur une pelle pour les reloger dans le terrain vague de l’autre côté de la route. Ils n’y seront pas heureux et dès que vous aurez tourné le dos, ils reviendront en sautillant sans grâce vers leur point de départ. Il n’existe qu’un seul moyen de leur faire comprendre que la terrasse est votre et non leur, c’est de les exterminer un par un, sans haine mais sans pitié.

Tuer un crapaud n’est ni facile ni amusant. Tout au moins, les premières fois. Il faut un objet lourd, pas trop large pour permettre une frappe précise et assez long pour vous assurer que les toxines contenues dans leurs pustules ne rejailliront pas sur vos mains ou, pire, sur votre visage. Je recommande la barre à mine ou une masse que vous veillerez cependant à utiliser avec discernement et application. En bon artisan, vous devez ne faire qu’un avec votre outil. On ne se lance pas dans le crime en série sans un minimum de préparation et je ne saurais que trop vous conseiller de passer du temps avec l’arme que vous aurez finalement élue. Caressez-la, éprouvez-en les contours, serrez-la contre votre corps nu, entrez en elle, ouvrez-vous à elle et, enfin, laissez-la entrer en vous.

Pour tuer proprement un crapaud, il faut frapper à la tête. Au début, souvent plusieurs fois. Il semble qu’un crapaud ait été conçu pour être à même de supporter deux ou trois coups portés maladroitement par un objet lourd et contondant sans que son comportement en soit profondément altéré. Contentez-vous de n’abattre qu’une seule fois deux kilos de métal ne serait-ce qu’à deux millimètres trop à gauche ou trop à droit du centre précis de son occiput et vous verrez que l’animal ne semble pas le moins du monde chagriné. Il vous regardera un peu étonné, peut-être, mais je vous jure que ses yeux ne refléteront ni douleur ni rancune. Peut-être même devinerez-vous dans ses prunelles une certaine bienveillance, un pardon déjà accordé. C’est insupportable mais il vous faudra le supporter. Autrement, vous pourriez être tenté d’effacer sa mansuétude infinie et votre sentiment de culpabilité en lui assénant un coup aussi ignoble que mal dosé qui, certes, le laisserait à plat mais tapisserait le sol et vos pieds (vous portez des tongs) d’un mélange confus de sang, de fluides verts ou marron, d’urine, de merde plus ou moins ferme, de langue et de tripes.

Placez-vous correctement, cherchez le bon angle d’attaque. Concentrez-vous un instant sur le point précis où vous devez frapper, fermez les yeux, inspirez, sentez le poids chaleureux de votre arme, expirez, ouvrez les yeux, inspirez à nouveau et, dans un éclair fulgurant, abattez masse ou barre à mine sans force brute mais avec puissance.

Dès votre deuxième ou troisième meurtre, selon que vous aurez plus ou moins bien assimilé mes conseils, vous infligerez la mort instantanément. La culpabilité diminuera puis disparaitra complètement pour faire place, dans un premier temps, à un plaisir sans mélange. Bientôt vous serez assez sensible pour éprouver de la jouissance, des orgasmes cristallins qui vous déposeront, repu et plus vivant que jamais, sur une magnifique plage de sérénité et de contentement.

Avertissement :  Si vous n’y prenez pas garde, vous vous surprendrez bientôt à parcourir le jardin et le bord des routes, masse en main, à la recherche non plus de victimes mais de partenaires. Vous devrez absolument brider ces pulsions psychotiques et ne pas avilir votre art ou laisser votre art vous avilir. Vous êtes le dominant et vous devez le rester. A considérer les crapauds comme des partenaires, donc des égaux, vous finiriez rapidement par vous décomposer psychologiquement. De plus, plaisir et compulsion sont antinomiques. Le meurtre est une communion intime, le génocide est un gâchis.

Hier soir, j’ai lu Serial Killer Investigations, the story of forensics and profiling through the hunt for the world’s worst murderers mais n’y voyez aucune influence sur mon inspiration d’aujourd’hui. Ce serait une explication trop facile.