Radiohead – Prémices d’une compréhension

Jamais Radiohead ne m’avait autant emporté. En fait, pour dire toute la vérité et rien que la vérité, jusqu’à la découverte hier après-midi des deux longues vidéos ci-dessous, jamais Radiohead ne m’avait emporté nulle part. Mais, là, il me semble bien qu’il s’est brusquement et inopinément produit quelque chose d’assez intense, quelque chose qui n’est pas seulement dû au taux particulièrement élevé de THC dans mon organisme, quelque chose qui pourrait bien signaler que je viens subitement de commencer à comprendre où le groupe veut en venir avec cette musique à la fois simple et complexe qui n’est pas sans m’évoquer du rock qui se serait affranchi du rock. Bon, il va falloir que je ressorte les albums et voie où cela me mène…

Gutter Poetry

J’ai dû, au fil du temps, supprimer un certain nombre de vidéos devenues inaccessibles mais, au jour d’aujourd’hui, les Tiger Lillies sont toujours présents sur Sergeant Pepper Times dans les articles suivants :
Tiger Lillies – Bully Boys (mars 2010)
Tiger Lillies – Living Hell (mars 2010)
Freakshow (juin 2013)

Axis of Evil

Le solo, le remarquable solo, par lequel débute cette vidéo est en fait la fin d’un morceau mais, comme vous allez le voir, il constitue aussi une introduction parfaite au puissant rap qui lui succède (pour écouter ce qui a précédé, cliquez ICI).

Le soliste, que je découvrais, s’appelle Shabaka Hutchings. Le chanteur, quant à lui, est Soweto Kinch, un artiste aux multiples facettes qui, comme nous l’avons déjà vu en mars 2012, est également un éminent saxophoniste. En vérité, n’ayons pas peur des mots, Soweto Kinch compte parmi les saxophonistes anglais les plus géniaux.

 

Sunhouse, une comète a traversé le ciel

Le « grand public » ne s’en rendra probablement jamais compte mais Crazy On The Weekend, le seul album qu’ait enregistré le très éphémère groupe anglais Sunhouse est, à mon humble avis, un des meilleurs albums de folk/folk-rock des années 90. C’est en tous cas l’un des plus poignants et des plus sincères d’une décennie qui fut somme toute assez riche en bonnes surprises, un de ces disques qui, si vous y succombez, vous hantera pendant longtemps.

Gavin Clark, chanteur et parolier du groupe, a une voix telle qu’il pourrait psalmodier l’annuaire téléphonique et toucher ses auditeurs en plein cœur.

Sachez que cet album, supprimé de tous les catalogues, n’est plus disponible qu’en CD d’occasion ou au téléchargement (payant de préférence – en peer-to-peer, il n’existe quasiment aucune source). Il se trouve toutefois que je le possède depuis sa sortie en 1998 (grâce à un Britannique anonyme rencontré dans un petit café du nord de la Thaïlande) et que je me ferai un plaisir de l’envoyer (en deux ou trois mails compte tenu de la taille) à qui m’en fera obséquieusement la demande sur formulaire officiel.

The city lights flick to display
Bang there goes another day
The believers in the basement
They are singing songs about a way
To be reborn and regenerate
But none of this communicates to me

Up here on the second floor
I’ve forgotten what I’m waiting for
A friend, a brother, mother, woman
Maybe
But I have all these in this sulphate
Emotionless and considerate
To me

And it’s a hard sun
A hard sun that
’s been beating on my back
It’s a hard sun
That shines its light on me

It’s a hard sun
A hard sun that
‘s been beating on my back
It’s a hard sun
That shines its light on me

The silver clock chimes off again
Reminds me of my childhood pain
And the burden that was lifted
When I made it to the city
Disillusioned and full of hate
But a member of the mother state and free

At empty walls I sit and stare
I sense a feeling in the air
In the throes of thought I wonder
Can I make it on my own
But, deep down in my heart I know
That I ain’t never, ever going home

And it’s a hard sun
A hard sun that
‘s been beating on my back
It’s a hard sun
That shines its light on me

It’s a hard sun
A hard sun that
‘s been beating on my back
And it’s a hard sun
That shines its light on me

Freakshow

Ce n’est pas la première fois que nous nous penchons ici sur la pathologie toute particulière qui affecte les Tiger Lillies. Et, à moins qu’ils ne soient soudainement contaminés par une forme particulièrement virulente de santé mentale, ce dont je doute tant ils semblent immunisés contre un tel destin, ce ne sera pas non plus la dernière.

Les Tiger Lillies, ceux qui ne les connaissaient pas avant aujourd’hui l’auront maintenant compris, sont un groupe parfaitement hors normes, à l’imagination sans guère de limites – à l’image de la voix de Martyn Jacques, infernalement grave ou divinement aigüe.

Leurs textes, exagérés, provocateurs et servis par une musique qui s’inspire aussi bien du cabaret et des gitans que du music-hall, abordent, non sans poésie, à peu près tous les vices recensés depuis l’apparition de l’homme sur terre. C’est un délice toxique, un bonbon interdit, un péché mignon, le petit Jésus en culotte de cuir noir en train de suçoter des poils pubiens de Marie-Madeleine entre deux bières coupées d’un violent gin. C’est un joyeux feu d’artifice de merde, d’urine, de foutre, de blasphème, de drogue, de putes, de crimes, de bestialité, de pyromanie, de sang, de désespoir et d’une kyrielle d’autres trucs pas du tout politiquement corrects qui sont autant de fraîches bouffées d’haleine putride. Un immense éclat de rire qui dévoile des dents cariées. Brecht et Weill fins bourrés dans quelque caniveau de Soho.

Bref, plus qu’un groupe, les Tiger Lillies sont un lumineux sommet du mauvais goût, un bas-fond à la luxuriance de chatte humide et non rasée qu’aucun groupe punk mort ou vivant n’a jamais atteint ou ne découvrira jamais, faute d’avoir ne serait-ce que l’ombre d’un début de soupçon du talent, de l’intelligence, de la culture et, surtout, de l’humour dont est pétri notre diabolique trio britannique.

Mise en chiffre, l’estime que je porte aux Tiger Lillies égale très précisément 27. Ce qui est le nombre exact de leurs albums, live ou studio, que j’ai collectionnés ces dernières années. Je vous conseille, du reste, de plonger dans leur vaste discographie tant le Freakshow ci-dessous, aussi riche soit-il, ne saurait résumer leur démesure, leur talent et la diversité de leur œuvre.

Ladies and gentlemen, pour vous qui n’avez rien d’autre à foutre en cette froide et peut-être pluvieuse journée d’été, voici… [le rédacteur avale enfin le poil qui lui chatouillait le palais]… The Tiger Lillies !

Enfants d’une révolution

Newcastle, années 1870.

Lieu ou époque, nous sommes au cœur de la Révolution industrielle. Celle qui va transformer artisans et paysans en ouvriers calibrés, en employés identiques et interchangeables ; celle qui va faire exister les sots métiers.

A Newcastle et dans sa région, la grise Angleterre produit, fabrique, fait, refait, martèle, assemble, répète. Produit, fabrique, fait, refait, martèle, assemble, répète.

L’essor, la richesse et l’espoir sont des appeaux puissants. Les hommes se déracinent et transportent leurs vies dans les faubourgs ternes de la ville. Ils arrivent, balluchons pleins et mains vides, des campagnes environnantes, d’Irlande ou d’Ecosse. Ils viennent maquiller leurs joues rouges de poussière de charbon. Ils viennent s’échouer dans les chantiers navals, ils viennent souder, visser, lancer les navires qui firent et tinrent trop longtemps l’Empire britannique. Ils viennent fixer, riveter des barres, des plaques, des lames, des fûts, des engrenages, des ressorts, des essieux qui seront turbines à vapeur, locomotives, canons, fusils ou machines-outils.

Mais ce qui fait la richesse d’une nation et l’opulence de ses élites, c’est là un principe de vases très peu communicants sans lequel le « miracle économique » est impossible, ne saurait faire le bien-être des masses qui soulèvent la nation et ses élites et les supportent à bout de bras. La fortune et la gloire des unes ne pourraient exister sans la pauvreté des autres.

A Newcastle, comme dans tous les grands centres industriels d’Europe, les salaires de la main-d’œuvre, notamment grâce à une savante dose de chômage, étaient maintenus au plus bas. Se nourrir, se vêtir et se garder en bonne santé, que l’on trimât dans quelque usine ou que l’on traînât dans les rues, étaient un défi de tous les jours.

Newcastle 1

Et, misère oblige, les enfants de la Révolution industrielle, les enfants des déracinés devenus ouvriers ou clochards urbains, les enfants qui ne vendaient pas de l’alcool sur un marché ou des cacahuètes à quelque coin de rue, devaient voler, devaient dérober le tout et le rien qui permettraient à leur famille de parcourir quelques jours de plus : des vêtements, des chaussures, des bouts de métal, deux pièces par-ci, trois par là.

Newcastle 2Newcastle 3

L’Angleterre victorienne, l’Angleterre victorieuse ne faisait aucun cadeau, ne reconnaissait aucune circonstance atténuante aux enfants qu’elle surprenait à chaparder. Quel que fût leur âge, ils écopaient de coups de fouet ou d’une condamnation aux travaux forcés (à la suite de quoi, ils étaient parfois envoyés pour plusieurs années dans des maisons de correction).

Voici quelques photos d’identité judiciaire prises par la police de Newcastle dans les années 1870. Celles-ci ont été publiées pour la première fois cette semaine par Tyne and Wear Archives and Museums.

Ellen Woodman, 11 ans. Condamnée à une semaine de travaux forcés pour vol de métal sur un chantier naval.

Ellen Woodman, 11 ans. Condamnée à une semaine de travaux forcés pour vol de métal sur un chantier naval.

Rosanne Watson, 13 ans. « Complice » d’Ellen Woodman, elle fut condamnée à la même peine que son amie. Un article de l’époque suggère toutefois que les deux gamines, loin d’être des voleuses, ne faisaient que jouer sur le chantier naval où elles furent arrêtées.

Rosanne Watson, 13 ans. « Complice » d’Ellen Woodman, elle fut condamnée à la même peine que son amie. Un article
de l’époque suggère toutefois que les deux gamines, loin d’être des voleuses, ne faisaient que jouer sur le chantier naval où elles furent arrêtées.

Henry Miller, 14 ans. Condamné à deux semaines de travaux forcés pour vol de vêtements.

Henry Miller, 14 ans. Condamné à deux semaines de travaux forcés pour vol de vêtements.

Jane Farrell, 12 ans. Condamnée à 10 jours de travaux forcés pour le vol de deux bottes.

Jane Farrell, 12 ans. Condamnée à 10 jours de travaux forcés pour le vol de deux bottes.

James Donneley, 16 ans. Condamné à deux mois de travaux forcés pour vol de chemises.

James Donneley, 16 ans. Condamné à deux mois de travaux forcés pour vol de chemises.

James Scullion, 13 ans. Condamné à 14 jours de travaux forcés pour vol de vêtements.

James Scullion, 13 ans. Condamné à 14 jours de travaux forcés pour vol de vêtements.

Catherine Kelly, 17 ans. Condamnée à 3 mois de prison pour vol de draps de lit.

Catherine Kelly, 17 ans. Condamnée à 3 mois de prison pour vol de draps de lit.

Tiger Lillies – Bully Boys

Les Tiger Lillies se passent d’introduction car, au final, c’est eux qui vous la mettent.

 

 

The Tiger Lillies – Living Hell

 

Working Class Hero

Un bel hommage à John Lennon.

 

Kevin Coyne

Je suis en train de regarder quelques vidéos de Kevin Coyne, artiste qui compte parmi les plus intègres et les plus sincères des années 70, et je ne peux pas résister à l’envie d’en partager une avec vous. Cette chanson, House on the Hill, est très largement inspirée par le travail de Coyne dans une institution psychiatrique et par ses propres problèmes mentaux.

Well I’m going to the house upon the hill, the place where they give you pills
The rooms are always chilled, they’re never cosy
Where they give three suits a year and at Christmas time a bottle of beer
Easter time the mayor comes round, he’s always smiling
Where the old ladies sit by the garden wall and they never hear the bluebird call
Never notice the leaves that fall cause they’re all crazy
Where the red bus stands by the great big gate
The red bus and it’s always late, you know why it’s always late
Cause it’s always empty

Funny, funny, funny, funny, oh so funny that’s it’s making me cry
Funny, funny, funny, funny, oh so funny Lord, sometimes I wish I could die.

Now this pagan life is getting me down, my brow is filled with a furl and a frown
My eyelids lower as low as can be but I’m not sleeping
I wander round that Brixton Square with the bottles strewn everywhere
Under tables and under chairs and they’re all broken
Where the big red face of the man on the beat
Says Hey, have you had someting to eat?
Sticks out his yellow teeth, they’re all for biting
Where I don’t have a cent and I don’t know how I’m gonna pay my rent
I think I’ll turn bent and make some money

Funny, funny, funny, funny, oh so funny that’s it’s making me cry
Funny, funny, funny, funny, oh so funny Lord, sometimes I wish I could die.

If you know a way I can go from out of this show you know
You could give me a golden glow but you’re not trying
You’d never lift a regular hand, you call me a lazy man
Who on earth will ever understand I’m really trying
So I’m going to the house upon the hill, the place where they give you pills
And the doctors they don’t kill cause they’re so friendly
Where the red bus stands by the great big gate
The red bus and it’s always late, you know why it’s always late
Cause it’s always empty

Funny, funny, funny, funny, oh so funny that’s it’s making me cry
Funny, funny, funny, funny, oh so funny Lord, sometimes I wish I could die.