Majorité opprimée (Woman is the nigger of the world ?)

Un court-métrage français de 2010 dont je n’aurais peut-être jamais entendu parler sans un journal anglais (The Guardian) et un ami franco-ibéro-argentino-thaïlandais (il se reconnaitra).

Ce film, pour mieux dénoncer la misogynie, repose sur une inversion des rôles : les femmes dominent totalement la société et ce sont les hommes qui sont victimes du sexisme, ordinaire et moins ordinaire. Il est bien sûr exagéré en ce sens qu’il condense tout un éventail d’abus plus ou moins ignobles sur une seule journée. Exagéré, il l’est probablement aussi parce qu’il part du principe qu’une société dominée par les femmes serait aussi crétine que celle où les hommes font réellement la pluie et, plus rarement, le beau temps. Mais il l’est uniquement pour être plus effrayant et pour mieux nous alerter. Un bon point de départ pour une réflexion sur ce que nous faisons subir aux femmes, parfois (souvent ?) sans même nous rendre compte que nous les blessons.

Cet article n’existe pas

Après réflexions – et non « réflections », je ne me suis pas regardé dans un miroir – j’ai décidé de ne pas écrire d’article sur l’attaque dont Charlie Hebdo fut la victime et sur les réactions subséquentes.

Je m’étais bien lancé, la semaine dernière, dans la rédaction d’une réaction pleine de colère, mais celle-ci s’allongeait inutilement au regard du peu qu’il y a à dire :

  • Représenter Mahomet, de manière caricaturale ou respectueuse, n’est interdit qu’aux musulmans. En aucun cas, des non-musulmans ne doivent se sentir tenus d’obéir à cette censure interne. A l’inverse, personne n’a jamais demandé à un musulman d’obéir à une bulle papale ou à un interdit hindouiste.
  • Caricaturer qui que ce soit est autorisé par la loi et, en France, le code pénal a (toujours) préséance sur n’importe quel code religieux. En se moquant, les humoristes contribuent à rappeler aux bigots que la place des religions est secondaire. Ils sont des anticorps souverains dont la disparition aurait de graves répercussions sur notre santé mentale et celle de notre société.
  • Le délit de blasphème n’existe plus, sauf en Alsace-Moselle, contrée étrange où il n’y a pas séparation de l’état et de l’église et où le droit incorpore des articles du droit pénal allemand. Ces cons s’en sont d’ailleurs servis pour faire condamner Act-Up et des militants homosexuels qui, après que l’évêque de Strasbourg eut traité les homosexuels d’animaux, avaient débarqué dans la cathédrale, en pleine messe, pour lui dire qu’il était un malade. Par contre, la justice locale n’a jamais considéré que les propos de l’évêque puissent constituer une inadmissible insulte à l’égard d’une communauté. Rétablir le délit de blasphème sur tout le territoire serait se priver d’un droit de réponse percutant chaque fois qu’un religieux, quel que soit l’être de conte de fées auquel il croit, tient des propos qui relèvent de la psychiatrie. A-t-on envie de signer un chèque en blanc à des types dont la loi nous dit pourtant qu’ils ne sont pas le pouvoir et n’ont rien à imposer à personne ?
  • Nos ancêtres, échaudés par tout ce que le pouvoir religieux a pu faire subir à ce pays du temps où il était intouchable, se sont battus pour que la religion revienne dans la niche qu’elle n’aurait jamais dû quitter, à savoir la sphère du privé. Qui sommes-nous, nous qui n’avons jamais souffert de la dictature morale du christianisme et de l’inquisition, pour vouloir, à l’instar de quelques députés UMP, que le délit de blasphème, notion suffisamment confuse pour permettre des décisions très arbitraires, réintègre le code pénal et que la religion retrouve une certaine prééminence alors que la séparation de l’état et de l’église décidée à la Révolution a largement prouvé qu’elle était source de progrès ?
  • Il ne faut pas se faire d’illusions : réintroduire la notion de blasphème, plutôt que de protéger les musulmans d’un simple dessin, bénéficierait surtout aux judéo-chrétiens et leur permettrait de faire interdire nombre de livres, de pièces de théâtre, de films et de tableaux. Ménager certains reviendrait à foutre tous les autres en cage. Personnellement, je n’ai pas la moindre envie de laisser à quelques-uns, que je tiens pour des refoulés, le soin de décider arbitrairement de ce que je peux regarder, lire ou écouter. Et dire.
  • La démocratie, aussi imparfaite soit-elle, est le pouvoir du peuple, pas la mainmise de groupes religieux.
  • La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas (devise du Canard Enchaîné). Et la liberté, c’est comme le chocolat, le sexe ou tout ce qui est agréable : on en veut plus, jamais moins.
  • Si les religieux sont autorisés à attaquer les œuvres qui heurtent leurs yeux et leurs oreilles, il faudra également autoriser les athées qui ne supportent pas la présence d’églises, de mosquées ou de synagogues dans des rues par définition publiques à lancer des actions en justice pour demander leur démolition. Bref, on ne s’en sort plus.
  • Dieu n’existe pas.

Autrement, on ne sait toujours pas qui a foutu le feu à Charlie Hebdo. Il peut aussi bien s’agir de musulmans qui n’ont pas apprécié la caricature de leur prophète, que de désœuvrés au QI de figue molle ou d’infidèles, d’extrême-droite ou non, animés par de sombres desseins. Mais ça ne change rien au fait que, en se réjouissant ouvertement de l’incendie sur des sites ou sur les réseaux sociaux, comme l’ont fait des milliers d’entre eux, les musulmans de France ont perdu des points. Or, vu le climat délétère qui baigne la France depuis quelques années, ils ne pouvaient pas vraiment se le permettre. Si quelqu’un leur a tendu un piège, force est de reconnaitre qu’ils sont tombés à pieds joints dedans. Plouf !

Quant à Charlie Hebdo, il ne fait que son boulot de papier satirique et déjanté. Même si on aimerait parfois que, par souci d’équilibre, il expédie plus de « missiles » sur Israël ou sur la communauté juive de France. Chrétiens et musulmans, ses deux cibles préférées, n’ont pas le monopole de la connerie. Les juifs détiennent aussi leur part d’actions.

Last but not least, je me branle de ce que peuvent penser de moi les bigots, qu’ils soient barbus ou glabres, polygames ou pédophiles, qu’ils adorent un prophète qu’un simple coup de crayon peut mettre à mal, qu’ils baisent une croix rouillée en psalmodiant en latin ou se lamentent devant un mur en ruine. Être accusé d’intolérance par des gens qui parfois s’étranglent de rage, vous vouent aux enfers et vous promettent une fin violente, au nom de leur dieu qui est le seul dieu authentique (lu sous la plume d’un musulman de France), tient plus du titre de gloire que de l’insulte.

Dans ce pays, le politiquement correct oblige, il est devenu à peu près impossible de dire à un type qui se trouve être musulman (ou juif, du reste) qu’il est un gros con, ou tout simplement de s’en moquer, sans qu’il ne dégaine immédiatement le mot « raciste » (ou « antisémite », la
Rolls-Royce du genre), cette arme magique qui tétanise l’accusé, lui file des sueurs glacées, le laisse presque sans voix, l’oblige à bégayer que, non, il ne critique pas une race dans sa totalité mais seulement de l’ individu, de la croyance, ce qu’il tient pour de la connerie pure et simple et que, jusqu’à preuve du contraire, cela n’est ni inhumain ni même interdit par la loi du pays dans lequel nous nous trouvons actuellement. Sans compter que le « gros con », et c’est là le miracle de la loi séculière, peut faire de même si ça lui chante et renvoyer, d’un revers magistral, le nom d’oiseau vers l’expéditeur.

En fait, si les musulmans de France et les champions du monde de la susceptibilité que sont les juifs y réfléchissaient à deux fois, ils comprendraient que, chaque fois qu’un gros con comme moi se moque d’eux, ils sont logés à la même enseigne que tout le monde, cathos, athées et autres gros cons. Le racisme serait de les préserver, au titre d’une différence qui n’existe pas.

Merde. J’avais décidé de ne pas écrire cet article. Et surtout pas cet article partiel (ne pas confondre avec « partial »). Bon, on mettra ça sur le compte de cinq cafés et de deux muffins pleins d’énormes pépites de chocolat noir.

Blasphémateur

Les louches étaient percées

Sergeant Pepper : Pourquoi ? 

Yves : Leurs louches étaient percées.

Ceci est très sûrement le passage le plus émouvant, le plus fort, sinon le plus bouleversant, de l’interview exclusive qu’Yves a bien voulu m’accorder depuis sa maison de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande. Dès que j’ai lu ces mots (l’entretien fut mené par mails), j’ai su que je tenais là un titre.

Il ne restait plus qu’à raconter l’histoire.

Il existe plusieurs manières de raconter une histoire. On peut, comme c’est le cas pour la bible et des milliers d’autres best-sellers, commencer par le début et relater les événements dans l’ordre chronologique. On peut aussi débuter par la fin et, comme on déroule une pelote de laine, partir à la recherche de l’autre extrémité (je dois cependant avouer qu’à cette heure matinale, alors que le soleil est encore derrière la colline, aucun exemple ne me vient à l’esprit). On peut aussi, à la manière de Catch 22, mais c’est beaucoup plus compliqué et demande un talent dont je suis dépourvu, ne tenir compte d’aucune chronologie. On sautille de ci, de là. On se projette en avant, on revient dans le passé. Vous voyez le genre.

Il est également tout à fait possible, je suis en train de le prouver, de commencer une histoire en expliquant quelques-unes des différentes manières de commencer une histoire.

Cette dernière méthode est généralement adoptée par des écrivaillons en mal d’inspiration ou saisis de peur face à leur sujet. Leur valse-hésitation n’est, du reste, pas sans rappeler un enfant qui s’approche pour la première fois du grand bain de la piscine. Plongera, plongera pas ?

Poussons-le.

Yves est un homme de siestes. Si cela ne suffisait pas à le rendre sympathique à vos yeux, permettez-moi d’ajouter que, du temps où il entrait encore dans la catégorie des actifs rémunérés pour leur travail, il s’est attaché, avec une constance qui force l’admiration, à démissionner de tous les postes qu’il occupa.

On le fit instituteur, il abandonna. On l’envoya enseigner dans un collège d’Allemagne, il démissionna. On tenta, une dernière fois, d’en faire un directeur dans l’industrie pharmaceutique mais, là encore, incapable de supporter le travail ou fatigué d’empoisonner des gens qui ne lui avaient rien fait, il claqua la porte.

Pour ouvrir celle d’une boutique dans les rues de La Rochelle.

Avec celle qu’il décrit comme sa « femme de l’époque », sans préciser de quelle époque celle-ci était, il s’attache alors à vendre des produits qu’il va chercher, au péril de sa vie, en Afrique, à Madagascar, en Inde, au Népal et dans quelques autres contrées miasmatiques. Fort de son expérience à l’Education nationale et dans le monde des psychotropes, il se spécialise très vite dans les instruments de musique africains et les meubles indiens et tibétains.

Notons, pour que le portrait soit complet, et parce que nous sommes férus d’exactitude, que, tout au long de ses années, il engrossa plusieurs femmes  un nombre de fois tout à fait stupéfiant. Ce qui m’amène à penser que, peut-être, à trop dormir l’après-midi, on en vient à déborder d’énergie la nuit.

Puis, ce fut le miracle.

Yves, qui connaissait peut-être déjà la Thaïlande, comprit, comme d’autres avant lui (moi, en l’occurrence), le formidable potentiel qu’offre ce pays aux hommes de siestes. Et il s’y installa.

Notre bête de sommes ne fut pas longue à y dénicher une autre femme, qu’il décrit aujourd’hui, six ans plus tard, comme « intelligente, travailleuse, curieuse » et, ce qui la différencie très nettement de ma femme à moi, pourtant originaire du même pays, « toujours souriante ».

Pook, car tel est son nom et que, dans cette histoire, tous les noms ont leur importance, lui amena en dot un septième enfant tout fait, Folk.

Notre trio, sans compter les chiens, eut pu se contenter de mener une vie faite de siestes, de plats pimentés et, puisque leur maison est proche de la rivière Ping, d’une ou deux inondations annuelles. Mais non. Car, voyez-vous, entre ses siestes et ses nuits, Yves ne supporte pas de dormir.

Au hasard de leurs passages dans les montagnes, à moins que les montagnes ne vinrent à eux, ils constatèrent que les écoles locales, qui souvent n’accueillent que des enfants issus des tribus (autrement dit, des citoyens de seconde zone au regard de beaucoup trop de Thaïlandais), étaient délaissées. L’une d’entre elles l’était à tel point que même les louches de la cantine, récupérées parmi les rebuts d’un hôpital, étaient percées.

Construites pauvrement, souvent avec des matériaux à la durée de vie d’autant plus limitée que le climat est très humide, ces écoles sont dotées de tellement peu d’argent qu’il faudrait inventer un mot avec moins de syllabes que « subventions » pour donner une idée précise des maigres fonds dont elles disposent.

Yves, qui connait la question, avance le chiffre de 6,5 bahts, par enfant, pour les fournitures scolaires et le repas. Ce qui, converti en euros, se traduit par « ridicule », voire peut-être même par « insultant ».

Il décida alors, avec Pook, de créer une association pour leur venir en aide. Mais le gouvernement thaïlandais ne l’entendit pas de cette oreille, qui avait édicté une loi selon laquelle, pour monter une association et avoir le droit de venir en aide à des enfants en toute légalité, il fallait aligner 5 000 000 de bahts sur la table.

Yves et Pook, en personnes de bon sens, passèrent outre cette loi stupide, comme toutes les personnes de bon sens passent outre les lois stupides dont la Thaïlande aime à s’encombrer, et ils créèrent YIMSIIKHAO. Ce qui veut dire « Sourires blancs » et aurait pu également faire un bon titre pour cet article.

Et, pleins d’entrain, ils se lancèrent dans l’aventure.

Sans aucune aide financière extérieure, Yves et Pook piochèrent dans leur argent pour acheter des fournitures scolaires, des assiettes et des louches non percées (vous vous souvenez des louches ?) à 276 enfants d’une école perchée dans les brumes tropicales.

Et, puisqu’ils avaient acheté des assiettes et des louches étanches, ils décidèrent également, au diable l’avarice, de les remplir d’autre chose que du peu de riz et des quelques légumes que les enfants devaient se taper au quotidien. Tant pis si, pour cela, il fallait passer des nuits à préparer la nourriture (« 276 dobermans, ça bouffe »). Puis, quitte à grimper sur les hauteurs avec d’énormes gamelles, autant y adjoindre, histoire de faire bonne mesure et de donner un air de fête aux repas, vingt kilos de crème glacée.

J’hésite à le rapporter, car cela démontre la profonde perversité d’Yves et de Pook, mais, une fois que tout le monde avait le ventre bien plein et éprouvait les plus grandes difficultés à se mouvoir, nos deux tortionnaires, persuadés que l’école doit être joyeuse, se mettaient généralement en tête d’organiser des jeux.

Mais cela ne suffit pas à Yves (« j’avançais trop lentement ») et il mobilisa d’autres farangs (étrangers généralement blancs) pour lui venir en aide et, plus que cela, venir au secours des 276 enfants de la montagne.

Il fit également venir la presse locale et un appareil photo, qui eurent le bon goût de publier un article sur l’action entreprise par nos farangs sans mentionner que ceux-ci étaient passés outre la loi thaïlandaise. Ne doutons pas que cette discrétion leur évita bien des ennuis avec ces autorités dont je puis confirmer qu’elles sont parfois tatillonnes jusqu’à la démence.

Alertée par cet article, la fondation de la reine décida de prendre le train en marche et, sans même leur dire merci, vida ceux par qui tout avait commencé. Ce fut, dit Yves, « comme si nous n’avions jamais existé ».

Croire cependant qu’il en tient rigueur à la première dame du pays est mal le connaitre. Il préfère penser, avec raison, même s’il le dit avec modestie (« j’avais gagné, juste un peu »), qu’il est sorti vainqueur de ce premier engagement et que, au final et en toute logique, les enfants en sont les grands bénéficiaires.

Je ne saurais vous dire si, aujourd’hui, on y livre encore de la crème glacée, mais je puis toutefois vous certifier que l’école autrefois biodégradable est désormais en dur, que les fournitures y arrivent en quantité suffisante, qu’on n’y aperçoit plus aucune louche percée et que, dans l’ensemble, tout fonctionne comme tout est censé fonctionner. Ce qui est le moins que puisse faire une dame dont la fortune familiale est estimée à 35 milliards de dollars.

A l’issue de ce combat, Yves est reparti faire des siestes bien méritées.

Puis, dans un bar, il a rencontré Pot et son fils Khaopot, un homme et un enfant sans femme ni mère qui se débattaient pour rester à flots.

Khaopot, un superbe enfant hydrocéphale aux longs cheveux, s’était vu refusé l’entrée du Northern Mentality Retarded Welfare Center, une école gouvernementale qui n’accueille que des enfants de 6 à 19 ans atteints de troubles mentaux et dont le quotient intellectuel ne dépasse pas 75, un chiffre facile à retenir puisqu’il est celui des Parisiens.

Khaopot ne s’était pas vu refusé l’entrée de cette école spéciale en raison de son hydrocéphalie mais parce qu’il ne pouvait pas marcher. Et s’il ne pouvait pas marcher, c’est uniquement parce que son père, seul à tenter de l’élever après la démission de la mère, n’avait d’autre solution que de le laisser dans le réduit à balais du restaurant où il trimait 12 heures par jour.

Une fois de plus, Yves ainsi que des farangs et des thaïlandais qui vous seront présentés dans le générique de fin, prirent l’affaire en main.

Khaopot, dont les hanches et les chevilles commençaient à se souder, entama une rééducation. L’inscription dans le centre qui l’avait autrefois refusé fut finalement acceptée.

L’enfant, pour la première fois de sa vie, a enfin des copains. En un mois, il a appris à mémoriser les prénoms de certains d’entre eux et il essaie maintenant d’être ce que, jusqu’à ce jour, il n’a jamais pu être : un enfant debout.

Dans la foulée, pourquoi s’arrêter là, nos bienfaiteurs décidèrent de s’occuper de First, un autre enfant que la nature n’a pas gâté et dont la mère, femme de ménage sous-payée, ne pouvait plus assumer les frais de scolarité.

Puis, il y a Mark aussi dont la maman de 21 ans, abandonnée par son mari et abonnée aux petits boulots payés avec un  lance-pierres, éprouve les pires difficultés à être la mère qu’elle voudrait être, qu’elle devrait être si le monde était un peu plus juste.

YIMSIIKHAO ne se contente pas d’aider ces trois enfants dont la scolarité revient à 600 bahts/mois, soit environ 15 € (cette somme d’apparence assez modique en dit long sur le salaire dérisoire que gagnent les mères de First et de Mark) et de donner un coup de main. L’association paie également des repas et permet ainsi à Kru Daeng, la directrice du centre, de consacrer une partie de son budget à d’autres besoins, sûrement tout aussi pressants.

Des enfants, dans le cadre d’actions d’intérêt général lancées par des profs de différentes écoles de Chiang Mai, ont également décidé de filer un coup de main. Ainsi, Bee, la nièce de Pook, a obtenu l’autorisation d’intervenir avec ses amis dans le centre spécialisé où œuvre YIMSIIKHAO. Mais, non contents d’organiser des jeux d’éveil et d’apprendre des chansons aux jeunes handicapés, certains de ces enfants ont poussé la générosité jusqu’à se présenter à 5 heures du matin pour aider à préparer la cuisine.

Et que l’action ait été interrompue suite à l’accident de moto d’un collégien ne semble pas avoir entamé l’allant de la jeune Bee et de ses amis puisqu’ils ont décidé de continuer malgré tout leur action (encore des gens qui passent outre, si je ne m’abuse).

Il y aussi, sûrement au détriment des siestes, le soutien apporté à une Danoise d’un certain âge qui s’est mise en tête de rendre meilleurs les derniers jours sur terre de chiens, de chats, d’oies, de singes, de sangliers, de vaches et de buffles. Sans compter qu’il faut aussi s’occuper de son déménagement et de celui de sa ménagerie car un voisin, qui a déjà empoisonné l’ours qui vivait là depuis 8 ans, ne semble pas aimer outre-mesure la présence d’animaux dans son secteur.

Bon, avant de vous montrer une vidéo (composée d’images fixes), je vais laisser Yves vous présenter lui-même, par ordre d’apparition, les membres de l’équipe « Sourires blancs » :

Nico : patron avec sa femme thaïe d’une guesthouse (Rosa place), féru d’antiquités, grand connaisseur, parle le thaï comme sa langue maternelle.

Paew : compagne d’Olivier

Fredo : propriétaire d’une guesthouse (Blue house). Ancien de notre chère industrie pharmaceutique [Note de Sergeant Pepper : il y a donc deux anciens dealers dans l’association, si je ne m’abuse.]

Olivier : Belge, compagnon de Paew. Artiste peintre et notre photographe.

Pot : père de Khaopot, salarié de l’association, car il fallait quelqu’un pour le transport de son fils et pour s’en occuper (marche et rééducation).

Noëlle et Francis : anciens éducateurs spécialisés pour délinquants. 40 ans de service, retraite bien méritée, mais cela devait leur manquer.

Mi : beau-fils de Nico.

Folk : fils de Pook.

Ting : compagne de David dit Dada, enceinte du susnommé, propriétaire d’un salon de coiffure.

Dada (David) : un fou talentueux, sait tout faire, danser, chanter, nous faire rire et nous faire pleurer. Ancien créateur de mode, complètement écœuré de la nomenklatura. Travaille avec Fredo à la Blue house.

[Yves : l’homme des siestes que tout le monde appelle Papa]

Pook : mère de Folk et femme d’Yves. 1,45 m au garrot.

La Miche (Michel) : Belge. Un rasta au cœur tendre. Propriétaire d’un bar de nuit. Un amour, ce gars.

Gaëlle : ancienne coiffeuse. Artiste de son état. A créé « La création du gecko ». Elle fabrique des tas d’objets en cuir ou tissu.

Le chien de l’école : Lady

Général « Cul nu » et les enfants de cœur

Jeudi dernier, The Economist, l’hebdo britannique spécialisé dans les nouvelles internationales, la politique et les affaires, a proposé un article dont le titre une fois traduit (par mes soins) donne quelque chose comme : Sordide. Une série de meurtres rituels perturbe le Libéria .

Les meurtres rituels qui se pratiquent dans certains pays d’Afrique ne sont pas une nouveauté pour moi. Au fil des ans, je suis tombé, surtout dans la presse anglophone, sur plusieurs articles consacrés à la chose, des articles souvent sans sensationnalisme et extrêmement bien documentés (le New York Times, entre autres, excelle dans ce genre). En octobre 2010, assez écœuré après la lecture d’un article américain, j’ai écrit un court texte sur le meurtre des albinos en Tanzanie et dans les pays voisins. Il y était question donc de ces albinos, enfants ou adultes, que l’on massacre pour leurs membres, leur sang et leurs cheveux avec lesquels des sorciers confectionnent des brouets censés apportés la richesse
à ceux qui les boivent.

Le cannibalisme qui se pratique au Libéria est légèrement différent. Aussi horrible – comment pourrait-il en être autrement ? – mais différent en ce sens que, contrairement à la Tanzanie, il ne s’agit pas d’une pratique exclusivement rurale mais de rituels faisant partie intégrante de la vie politique. Ici, nous ne nous trouvons pas en présence de quelque chef de tribu ou commerçant voulant accroitre sa fortune mais de politiciens, de gradés de la police ou de candidats à des postes de responsabilité lancés dans une course éperdue au pouvoir. De simples rumeurs de cannibalisme suffisent parfois à conférer une aura magique à un candidat et à lui assurer la victoire.

Au Libéria, la pratique est connue sous le nom de gboyo. Selon un journaliste du cru, non seulement elle est « endémique » mais, à l’approche des élections législatives et présidentielle de cette automne, « en progression ». La demande est même tellement forte que des criminels locaux, connus sous l’appellation « hommes de cœur » en ont fait leur fond de commerce. Ils tuent, découpent et vendent les morceaux au plus offrant. Les parties les plus recherchées sont le cœur, la langue, les lèvres, les parties génitales et le bout des doigts. Il va bien évidemment de soi que le sang des victimes ne se perd pas et se vend lui aussi pour un bon prix.

Si le gboyo se pratique sur l’ensemble du territoire, c’est le Maryland, la région la plus au sud au pays, qui est la plus touchée. Elle est même tellement touchée qu’en 2005, l’Onu dut envoyer des troupes pour réprimer des manifestations anti-gboyo. Aujourd’hui encore les habitants ne sortent plus à la nuit tombée ou n’osent plus envoyer leurs enfants à l’école.

(Le procès de neuf cannibales du Maryland est actuellement en cours. Leur crime : avoir tué et mangé une femme enceinte.)

The Economist précise que si le gboyo cause de plus en plus d’indignation, il se trouve aussi que la guerre civile qui a déchiré le pays de 1989 à 1996 puis de 1999 à 2003, une guerre sous stéroïdes qui ferait passer le Vietnam pour une promenade de santé, fut tellement épouvantable, démente, dégénérée que, d’une certaine manière, les meurtres rituels peuvent, aux yeux des Libériens, ne pas apparaître dans toute leur horreur. N’avons-nous pas nous-mêmes tendance, au regard du génocide des Juifs, à « relativiser » l’exécution d’un civil quelconque par la Gestapo ?

Au sujet de cette guerre civile, The Economist lâche d’ailleurs un nom qui, jusqu’à aujourd’hui, m’était totalement inconnu, celui de Milton Blahyi.

Lâcher l’inconnu devant moi et vous pouvez être certain que je vais cliquer compulsivement jusqu’à ce que je sache tout, ou presque, de cet inconnu. Je ne peux m’en empêcher. Chercher à savoir de quoi il retourne est ma principale qualité, tout comme ce fut ma perte. A trop vouloir passer derrière la scène pour tenter d’apercevoir les fils des marionnettes, on en oublie souvent de vivre et de profiter du spectacle.

Mais ce n’est pas de moi qu’il s’agit aujourd’hui mais de Milton Blahyi, alias général Cul nu.

Milton Blahyi, ou plus précisément Joshua Milton Blahyi, est né en 1971 et sa vie, comme je devais bientôt le découvrir, vaut son pesant d’horreur. Si vous ignorez son nom, tout comme je l’ignorais encore avant-hier à cette heure-ci, il est fort probable que vous en entendiez parler dans les semaines ou les mois à venir puisqu’un documentaire consacré à sa vie, The Redemption of General Butt Naked, vient d’être primé au Festival de Sundance.

Son histoire, dont la première partie fluctue très certainement entre mythe et réalité, commence véritablement un matin de l’an 1982. Joshua a 11 ans et les aînés de sa tribu qui, pour quelque raison que j’ignore, l’ont distingué d’entre tous les enfants du village ont décidé d’en faire un de leurs prêtres. Chez les Krahns, tout au moins c’est ce que Joshua racontera plus tard, former un prêtre tribal ne demande pas grand-chose, si ce n’est un candidat à la fonction, quelques percussions pour l’ambiance, un enfant, de la boue et trois journées de libre.

Ce matin-là, donc, Joshua fut mené par un homme au visage dissimulé derrière un masque noir dans un lieu isolé où un autel avait été dressé. L’homme le déshabilla et le plaça devant l’autel. Quelques minutes plus tard, des aînés amenèrent un enfant qui, à son tour, fut déshabillé et enduit de boue. Parfaitement au fait de ce que l’on attendait de lui, Joshua tua l’enfant. Les ripailles qui s’ensuivirent durèrent trois jours, trois jours durant lesquels le cœur et quelques autres morceaux fins furent consommés par l’assistance. Ivre de sang et de chair humaine, Joshua racontera plus tard que, pendant la cérémonie, il fut visité par le diable. Celui-ci lui souffla que s’il continuait à pratiquer des sacrifices humains et à manger ses victimes afin d’augmenter sa force, il deviendrait vite un grand guerrier. Les aînés durent prendre la vision et ses pouvoirs très au sérieux puisque quelque temps plus tard, ils élevèrent Joshua au statut de grand prêtre, un statut qui devait l’amener à prendre place auprès de Samuel Doe, membre de son ethnie et président du Libéria, en tant que conseiller spirituel. Quoi que cela veuille dire.

Sa carrière de fou sanglant débutait. Elle durera 14 ans. Il tuera d’abord de manière rituelle pour augmenter ses pouvoirs, puis, lors de la guerre civile, il ajoutera à cette motivation celles de l’argent et du plaisir. Et je puis vous assurer qu’il ne s’agit plus de mythe mais de l’histoire d’un homme et de son pays.
Je vais essayer de faire vite pour ne pas vous ennuyer mais, pour comprendre le parcours de Joshua Milton Blahyi, et par quoi sa descente aux enfers fut rendue possible, je dois vous donner un minimum de contexte historique.

En 1989, Charles Taylor, évincé du gouvernement de Samuel Doe en 1983 pour détournement de fonds, lança, avec le soutien probable de Mouammar Kadhafi, une invasion afin de renverser son ancien mentor. C’est avec cette attaque que débuta la guerre civile. Elle devait durer jusqu’en 2003 (avec une interruption ou, tout au moins, une accalmie entre 1996 et 1999) et faire plus de 250 000 victimes (environ 1 habitant sur 12). Sept factions rivales, pour autant que je n’aie oublié personne dans mes savants calculs, s’affrontèrent de la manière la plus sauvage qui soit. Si Charles Taylor finit, en 1997, par devenir le 22e président du Libéria, ce fut toutefois un autre seigneur de guerre, Prince Yormie Johnson, qui finalement captura, tortura et tua Samuel Doe, en 1990. Je ne vous conseille pas de chercher mais sachez qu’il existe, sur Youtube, des vidéos montrant la torture de Samuel Doe, pendant que Prince Yormie Johnson, les pieds sur le bureau, se tape une bière fraîche.

Voilà pour un aperçu simplifié au possible de ce contexte, revenons maintenant à notre Joshua qui, en homme plein de ressources, profitait du bordel ambiant pour entamer une carrière de voleur et de tueur. En fait, tueur n’est pas vraiment le mot qui convient mais, après consultation du dictionnaire, je dois vous avouer que je n’ai rien trouvé de suffisamment fort pour le décrire. Il faudrait peut-être inventer un autre mot. Joshua et ses hommes firent tellement de victimes que personne n’est jamais parvenu à les compter. Disons, pour reprendre les mots d’un Libérien, que des cadavres, « il y en eut trop pour qu’on les dénombre. »
En 1994, Roosevelt Johnson, le leader d’une des sept factions en guerre, recruta Joshua et ses hommes dont il admirait les talents de combattant et l’audace sans limite. Joshua accepta pour l’argent (« Tout ce que j’ai fait, c’était du commerce »).  Pendant les deux années qui suivirent, jusqu’à sa rencontre avec Jésus sur un pont de Monrovia lors d’un bataille sanglante, Joshua ne fut plus Joshua mais il devint le Général Cul nu (« General Butt Naked »). Le tueur en série se transforma en un tueur industriel dont on estime qu’il fut responsable d’environ 20 000 morts, soit pas là loin de 10 % du nombre total des victimes de la guerre civile. Même si le chiffre est difficile à vérifier, ce fut en tous cas celui qu’il avoua et que la commission pour la réconciliation pris en compte tant il semblait probable. Il fut le tueur le plus fou de la guerre la plus démente, la plus déjantée dont je n’ai jamais entendu parler. Pourtant, la concurrence pour le titre fut plus que rude.

Joshua Milton Blahyi

Ce qui fait de la guerre du Libéria une guerre hors normes, en plus des pratiques cannibales, animistes et de l’absence de toute stratégie autre que tuer le maximum d’individus, et peut-être aurais-je dû préciser cela avant, est qu’elle fit appel aux enfants, aux adolescents et à des quintaux de drogues dures, principalement héroïne et cocaïne (les cartels d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud utilisaient le Libéria comme plaque tournante), sans compter des fleuves d’alcool. On estime, excusez du peu, que 20 % des enfants du pays y participèrent (50 000 en moururent).

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Le général Cul nu, et il est plus que temps que j’explique pourquoi il fut appelé ainsi, partait au combat entièrement nu, si ce n’est une paire de chaussures et une mitraillette. En cela, il obéissait aux ordres du diable, son maitre. Ses soldats, essentiellement des gamins drogués jusqu’aux yeux, faisaient de même, sauf ceux qui préféraient s’habiller en femme et porter une perruque. Grâce à un cocktail de drogues, d’alcool et de croyances ancestrales, ils étaient tous persuadés d’être invincibles, sinon invisibles. Quelques-uns de ces mômes y croyaient même tellement qu’ils fonçaient dans le tas sans la moindre arme. Ils se battaient souvent à découvert, dansaient en déchargeant leurs armes à qui mieux-mieux. S’ils combattaient nus ou grossièrement déguisés en femmes, c’est aussi parce qu’ils pensaient qu’ils n’en seraient que plus effrayants. Et sûrement l’étaient-ils.

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Avant chaque combat, Cul nu capturait et tuait un enfant ou un adolescent dont lui et sa troupe buvaient le sang et mangeaient le cœur. La stratégie utilisée, toujours la même, était extrêmement simple : tuer tout ce qui bouge, couper les têtes quand cela était possible et s’en servir, après les combats, pour jouer au football. Leurs victimes étaient souvent éviscérées et les organes, consommés. En accord avec leurs croyances, certains les mangeaient crus ; d’autres, peut-être plus difficiles, préféraient allumer un feu pour faire griller leur part. Les bras et jambes d’ennemis tués étaient parfois coupés puis déposés dans divers lieux, tels des carrefours, afin de marquer les limites d’un territoire.

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Si toutes les factions se sont livrées exactement aux mêmes exactions, auxquelles il faut bien évidemment ajouter le viol systématique ainsi que divers trafics, personne n’a fait montre d’autant de sauvagerie et  d’ignominie que Butt Naked et sa brigade haute en couleur.

Jusqu’à un certain jour de 1996, alors que nu sur un pont de Monrovia, il s’attachait avec l’aide de ses alliés et de ses ennemis à essayer de rayer purement et simplement la ville de la carte du monde. Ce jour-là, Jésus lui parla et lui expliqua – en anglais, semble-t-il, et non en latin comme on aurait pu s’y attendre  – qu’il devait cesser d’être l’instrument du diable, se repentir de ses péchés ou mourir. Notre général Cul nu le crut et se refusa désormais à massacrer. Il changea tellement que ses « hommes » crurent qu’il était devenu fou à lier. Ce qui implique, ironie suprême, que jusque-là, il était parfaitement normal à leurs yeux.

Et il devint pasteur. Ce qu’il est toujours.

A la fin de la guerre, la commission pour la réconciliation, qui crut à sa conversion, finit par le blanchir de ses innombrables crimes. Aujourd’hui, menacé de mort par des parents de ses anciennes victimes, il cache sa femme et ses trois enfants au Ghana mais continue à parcourir le Libéria pour prêcher la bonne parole et recueillir des fonds afin de venir en aide aux ex-enfants soldats dont la guerre et lui ont brisé la vie. Il n’hésite pas non plus à aller à la rencontre de Libériens pour leur proposer de devenir le frère, la sœur, le père ou la mère qu’il a massacré des années auparavant. Il clame aussi qu’il ira à La Haye faire face à son destin si le Tribunal international veut le juger pour crimes de guerre. Aussi curieux, aussi invraisemblable cela puisse-t-il paraitre, il a l’air véritablement sincère dans sa nouvelle démarche.

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Mais peut-il être pardonné ?

 

Le volant en dentelle rend pédé comme un islamophoque

L’Arabie Saoudite dispose d’une structure officielle connue sous le nom de Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (CPVPV). Ce comité portait autrefois un autre nom mais, et cela ne s’invente pas, l’acronyme de cet autre nom était CAVES. Ce qui, en anglais, vous le savez sûrement, veut dire « grottes ». Las d’être la risée du monde extérieur, musulman ou non, le bidule décida d’adopter une appellation qui siérait mieux à l’austérité et à l’importance de sa tâche.

Le CPVPV, qui n’est ni plus ni moins qu’une police religieuse sous les ordres directs du roi, se compose de 3 500 membres et emploie une myriade de volontaires regroupés dans une entité dite muttawa. Le rôle de cette muttawa, que les volontaires prennent très au sérieux, consiste à
patrouiller dans les rues, armés de bâtons, et à s’assurer que tout ce que l’on voit est halal (tenues vestimentaires, séparation des hommes et des femmes, respect des prières, etc.). Dans le cas contraire, ils frappent, incarcèrent et frappent à nouveau.

Le plus haut fait d’armes du CPVPV et de la muttawa remonte à 2002, lors de l’incendie d’une école de jeunes filles de La Mecque. Inquiets que les pompiers arrivés sur leurs lieux puissent voir de jeunes femelles pas « convenablement couvertes » et que le contact physique ainsi induit puisse inciter donzelles et hommes du feu à copuler frénétiquement devant le bâtiment en flammes, que ce soit dans la position du missionnaire ou en furieuse levrette, les muttawwa’in refoulèrent dans le brasier toutes les jeunes filles qui parvenaient à s’en échapper et usèrent de coups pour empêcher les pompiers de se porter au secours des infortunées.

Bilan : 15 adolescentes carbonisées, une cinquantaine de blessées mais, fort heureusement, Allah U Akbar, pas la moindre pénétration, ni même la plus petite fellation à déplorer.

Les membres de ce comité, vous l’aurez maintenant compris, se distinguent par deux caractéristiques particulières : ils sont bien plus musulmans qu’Allah lui-même et, quoiqu’en plein déni, ils ont un très grave problème relationnel avec l’organe qui pendouille entre leurs jambes.

La sensibilité de leur gland est telle que couvrir les femmes des pieds à la tête du noir le plus opaque et le plus informe qui soit est le seul moyen à peu près efficace qu’ils aient trouvé pour que ces salopes ne provoquent pas des éjaculations spontanées ou, pire, les viols qu’elles mériteraient assurément si elles poussaient le vice, inhérent à leur naissance, jusqu’à se découvrir le visage ou les chevilles. En cela, du reste, les opinions des gardiens saoudiens de la foi ne diffèrent guère de celles de leurs homologues du monde entier : c’est la tentatrice qui fait le violeur.

Malheureusement, oblitérer le corps de la femme ne suffit pas toujours car, voyez-vous, il reste à la créature des yeux pour faire le mal.

Ainsi, il y a peu, un membre du CPVPV marchait tranquillement dans la rue. Je ne saurais vous dire où il allait ni où il se rendait mais vous pouvez tranquillement parier votre salaire (si vous en touchez un) qu’un des deux points, que ce soit celui du départ ou celui de l’arrivée, était une mosquée plutôt qu’une librairie. Il était donc là, tranquille, la bite et le cerveau au repos, quand il aperçut les yeux d’une femme. Peut-être ceux ci-dessous, dont il ne fait aucun doute, même pour l’athée que je suis, qu’ils sont d’une beauté diabolique.

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Son érection fut soudaine, brutale. Si brutale que, répondant à son appel pressant, il se jeta sur le mari de la pècheresse. L’affaire est confuse et nul ne sait s’il voulut le punir d’être l’heureux propriétaire de la maléfique et pourtant divine femelle ou s’il avait en tête (de nœud) d’éliminer celui qui, légitimement, pouvait lui interdire l’entrée du vagin qu’il vit se refléter dans ce regard-là mais toujours est-il que, dans la mêlée qui s’ensuivit, le mari reçut deux coups de couteau.

L’affaire fit un certain bruit dans le pays et, bien évidemment, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice s’en empara. Non pour punir celui de ses membres qui, dans la rue, se jette sur les couples puisqu’il ne saurait être tenu pour responsable d’une turgescence et de pulsions sur lesquelles il n’a aucun contrôle mais pour proposer une loi qui, faute d’autoriser l’abattage de nymphomanes dont on a par ailleurs besoin pour le renouvellement de l’espèce et les tâches ménagères, puisse tout au moins restreindre leur vaste capacité de nuisance : les obliger à cacher également leurs yeux dès lors qu’elles s’aventurent dans l’espace public.

Le Sheikh Motlab al Nabet, porte-parole du CPVPV, n’a toutefois pas précisé si les aveugles nouvellement créées seraient autorisées à bénéficier de l’aide d’un chien mâle ou d’une canne mais, sachant l’usage pervers que les femmes peuvent faire de l’un ou de l’autre, il y a fort à parier que non.

Cependant, si l’Arabie Saoudite ne comptait, pour veiller au grain et au strict respect de la mode féminine, que le seul Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, elle resterait un véritable paradis pour les femmes. Voire un lupanar.

C’est pourquoi il existe aussi, afin de s’assurer que le CPVPV ne fasse pas preuve d’un trop grand laxisme, un conseil religieux connu sous le nom de Majlis al-Ifta’ al-A’ala. Quoique très proches de ceux du CPVPV, notamment pour ce qui est de la sensibilité extrême du gland et de la propension à rendre les femmes responsables de cette excitabilité, les membres du conseil religieux ne verraient, eux, aucun inconvénient à poursuivre Allah pour apostasie si cela devait servir la cause de leur Islam.

Au moment même où le CPVPV déposait un projet de loi qui bannisse définitivement les yeux maudits des femmes de la surface du territoire national, le Majlis al-Ifta’ al-A’ala lâchait érudits et « scientifiques » aux idées bien arrêtées sur la question des femmes au volant.

Leur rapport vient d’être remis aux parlementaires et il ne laisse planer aucun doute sur les conséquences apocalyptiques qu’aurait l’abrogation de la loi interdisant la conduite aux femmes : non seulement il n’y aurait, dans les dix ans à venir, plus une seule vierge sur tout le territoire mais, conséquemment, les Saoudiens deviendraient tous pédés comme des phoques occidentaux.

Je ne sais absolument pas quel enchaînement d’idées les a menés à cette conclusion, ni même s’il y eut un enchaînement logique d’idées plutôt qu’un empilement hétéroclite, mais ils sont sûrs de leur fait.

Et ils vont même plus loin : si une femme autorisée à conduire perd très vite sa virginité, elle devient aussi, en bonne porteuse du mal qu’elle est déjà de par sa naissance, irrémédiablement folle de cul, insatiable, affamée, inassouvissable.

Le « professeur » Kamal Subhi, corédacteur de l’étude et professeur qui mérite plus ses guillemets que ses diplômes, rapporte une anecdote qui, plus qu’à l’appui de la théorie, est la théorie même : alors qu’il était assis dans un café d’un pays arabe qu’il ne souhaite pas nommer, raconte-il, « toutes les femmes me regardaient. Une d’elles fit un geste pour signaler clairement qu’elle était disponible… c’est ce qui arrive quand les femmes sont autorisées à conduire ».

Malgré son caractère scrupuleux et définitivement rationnel, on peut cependant regretter, et croyez bien que je le regrette, que le récit de son voyage et des turpitudes dont il fut le témoin malheureux ne s’accompagne pas du volume précis de semence dont il tartina assurément l’intérieur de sa gandourah. C’eut été là une donnée scientifique permettant de quantifier le mal avec une rigueur sans équivalent et, surtout, sans précédent.

De toute façon, il est inutile que le Majlis al-Ifta’ al-A’ala lutte contre l’abrogation de la loi interdisant la conduite aux femmes puisque celles-ci, bientôt aveuglées par le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, ne seront même plus en mesure de trouver la bagnole. Sans parler de mettre la main sur la clé de contact.

Bon, c’était ma séquence « Islamophobie ». Je promets toutefois que, un de ces quatre, afin que tout le monde ait son dû, je me pencherai sur la question de ces femmes-objets que, dans notre Occident que nous voudrions presque irréprochable, nous nous plaisons à déshabiller jusqu’au col de l’utérus pour faire vendre tout et n’importe quoi dans les plus grandes quantités possibles. Leur cas (et, par conséquent, celui de leurs hommes – dont je suis) est tout aussi intéressant que celui des femmes-animaux-de-compagnie et de leurs maîtres.

Nausée

L’enfant avait neuf ans. Il vivait au Burundi presque comme vivent tous les enfants du Burundi. Insouciant mais pas tout à fait.

Les restes de son corps démembré furent retrouvés près d’une rivière, le long de la frontière avec la Tanzanie.

Le bébé avait sept mois. Il vivait en Tanzanie comme vivent tous les bébés de Tanzanie. Il tétait le sein de sa mère et gémissait aux heures les plus chaudes de la journée.

Son corps mutilé fut retrouvé dans la campagne.

Nyerere avait 50 ans, une femme et deux enfants. Il vivait en Tanzanie comme vivent presque tous les fermiers de Tanzanie. Mais pas tout à fait.

Un soir, des hommes ont surgi, machettes au poing, et interrompu son dîner. « Nous voulons tes membres, nous voulons tes membres », ont-ils simplement dit avant de lui trancher les bras et les jambes. Nyerere est mort très diminué près de son repas inachevé.

L’enfant, le bébé et Nyerere étaient des albinos. Des albinos dans des pays où des sorciers préparent des soupes avec leurs jambes, leurs mains, leurs cheveux et leur sang. Des soupes qui rendront riches ceux qui les boivent.

Rien qu’en Tanzanie, il pourrait y avoir jusqu’à 173 000 albinos, dont un certain nombre vit dans les mêmes campagnes que les sorciers fous et leurs clients déments. Je vous laisse calculer le nombre de bouillons que cela représente. Moi, j’en ai soupé.

Albino_Afrique