Gorges profondes, Touva

Un matin de 1994 – ne me demandez pas pourquoi je me souviens et de l’année et du moment de la journée, cela nous amènerait bien trop loin – je suis tombé, presque par hasard mais pas tout à fait, sur une compilation où, entre autres musiciens et groupes étrangers et parfois étranges, figurait un chant interprété par une formation du nom de Shu De, quatuor que la jaquette de couleur noire disait originaire de Touva. Non seulement je n’avais jamais rien entendu de tel auparavant mais je ne savais même pas où se trouvait Touva. Oh, je me doutais bien un peu que cela devait être assez loin à l’est de ma position, peut-être quelque part vers la Sibérie ou le nord de la Chine mais je fus incapable, de retour dans mon appartement de 28 m2 sis au pied d’une cathédrale de pesant basalte, d’en trouver la moindre mention dans mon atlas (nous parlons d’un temps d’avant Internet). Les gens que j’interrogeai plus tard dans la journée – un drogué, un cancéreux et ma boulangère – ne me furent d’aucune aide, malgré la sympathie que je leur inspirais alors et leur évidente bonne volonté.

Pour en revenir au groupe Shu De, dont je sais aujourd’hui très exactement d’où il vient et comment s’appelle la technique vocale très particulière qu’il emploie, voici donc le morceau que j’ai entendu un matin de l’année 1994. Il s’appelle Buura et se trouve sur un album dont j’ai depuis fait l’acquisition (Voices From The Distant Steppe). Son rythme, mais peut-être que j’imagine cela uniquement parce que Shu De veut dire « hue ! », m’évoque un cheval qui alterne galop et trot soutenu sur un vaste plateau couvert d’herbe rase et vigoureusement frictionné par un de ces vents tranchants qui burinent les visages.

Le chant diphonique – c’est la technique utilisée par Shu De – consiste plus ou moins à produire deux notes de fréquences différentes avec un seul organe (Wikipédia vous en dira plus et vous le dira mieux que moi). Cet organe est le plus souvent la gorge, d’où l’appellation vulgaire de « chant de gorge ». Les Touvains ne sont bien sûr pas les seuls à utiliser cette technique (les Mongols, par exemple, comme vous le prouvera cette vidéo que j’ai publiée en février 2010, sont également passés maîtres dans cet art) et, à Touva même, Shu De est loin de compter au nombre des artistes les plus célèbres et les plus appréciés. Il en est de bien plus significatifs. Parmi ceux-ci – et j’ai choisi de le distinguer car il donne aussi bien dans la tradition que dans l’innovation, que cette dernière soit rencontres de folklores ou expériences plus avant-gardistes – je citerai le groupe Huun-Huur-Tu, dont je vous propose maintenant de regarder/écouter deux documents. Dans la première de ces vidéos, il s’agit de chant de gorge traditionnel. Dans la suivante, nous assistons à une rencontre de toute beauté entre Huun-Huur-Tu et des voix bulgares (Bulgarian Voices Angelite).

Note : j’ai pour projet, dans un futur très proche, de vous proposer une vidéo de presque une heure et demie sur une collaboration aussi insolite que captivante entre Huun-Huur-Tu et des musiciens de classique. Il est également possible que nous nous penchions un de ces quatre sur la surprenante chanteuse Sainkho Namtchylak.

Gorges profondes, Mongolie (février 2010)

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