En repos jusqu’à l’épuisement

Bon, où en suis-je ?

Pelote, le chat que nous avions adopté en juin, est mort, victime d’une voiture noire qui filait comme un couperet. Plus qu’une amicale créature qui aimait faire et recevoir des bisous sur le museau, c’est un réveil – vas-y que je te ronronne dans l’oreille à six heures du matin tout en te piétinant la joue – que nous avons perdu.

Il est inhumé près de la haie, dans un coin du jardin que le soleil ne réchauffera pas avant mars ou avril. Trois pierres et un bâton marquent l’emplacement. Petit Pepper vient parfois coller son front à la fenêtre couverte de buée de la cuisine : ce petit chat qui gît dans le sol gelé, enroulé dans un joli papier blanc, est le tout premier compagnon qu’il enterre.

Pelote

Dans un tout petit village, dites dans la cour de l’école que votre chat est mort et, le soir-même, votre deuil sera connu de tous. Il se peut même qu’une personne que vous ne connaissiez que pour l’avoir croisée devant l’église vous téléphone pour vous dire qu’elle a appris la terrible nouvelle et que, ma foi, si ça peut aider, elle sait que, dans un hameau dont la géolocalisation vous est parfaitement inconnue, il est des gens qui ont un chaton à donner à un enfant triste. Si, du reste, cela doit vous faciliter la vie, elle ajoute qu’elle est prête à aller elle-même chercher ledit chaton au fin fond de la campagne. Vous dites oui à tout et vous vous retrouvez finalement avec un petit machin tout maigre que vous appelez Chaussette parce que le bout de ses pattes est blanc.

Chaussette

Entre ces départs brutaux et ces arrivées soudaines, quelqu’un de tout aussi aimable que l’entremetteuse de chatons – décidemment ! – vous a fait livrer gratuitement trois sachets d’herbe locale. Vos premiers sachets d’herbe en 10 mois. Youpi !

Le problème, c’est que vous ne foutez plus rien. Oh, presque chaque matin, vous ouvrez bien un document Word et la presse nationale et internationale mais rien ne vous inspire le moindre commentaire. Vous êtes bien au-delà de ces articles que vous ne tentez d’écrire en vain que pour échapper à la culpabilité.

Après deux semaines de silence, vous décidez finalement d’exposer sans fard la situation à vos lecteurs : à moins que le blogueur n’ait une lumineuse idée d’article et le courage de rédiger ledit article, ce qui semble fort improbable puisqu’il ne pose son roman (Sur les jantes de Thomas McGuane) que pour plonger dans sa discothèque psychédélique, s’engouffrer dans son épouse asiatique ou s’abattre sur une grosse boîte de nounours à la guimauve, ce blog sera fermé jusqu’à épuisement total des trois sachets (dont il ne reste déjà guère que la moitié).

4 réflexions sur “En repos jusqu’à l’épuisement

  1. J’comprends parfaitement (j’ai perdu mon vieux matou de 18 ans il y a deux ans, et je ne m’en remets toujours pas super bien – il faisait aussi des bisous sur le pif).
    Ça fout à plat longtemps. Biz à Petit Pepper.

    • Suffisamment bonne pour que, le matin, je sois incapable d’écrire quoi que ce soit (malgré des nuits extras, sans réveil intempestif en plein milieu). Si fumer de l’herbe ne m’empêche toujours pas de me concentrer sur la lecture (je suis actuellement plongé dans une excellente enquête journalistique sur la police de Baltimore), cela nuit de plus en plus gravement à mon inspiration.
      Ceci dit, sachez qu’il ne me reste qu’un fond de sachet et que je devrais donc être très prochainement de retour.
      En attendant, je vous souhaite, Zoë, un excellent début d’année 2014.

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