Le musicien qui n’amassa pas mousse

Billie Joe Becoat, à l’image de Sixto Rodriguez, est un musicien américain des années 60, plutôt talentueux, que le succès a complètement déserté.

Mais la comparaison avec Rodriguez s’arrête là car Becoat, contrairement à son alter ego, n’a jamais connu et ne connaîtra probablement jamais de miraculeux retour en grâce. Il n’est aucun public, dans quelque pays lointain, qui l’ait secrètement maintenu en vie et ses chances d’être libéré un jour prochain des oubliettes de l’industrie de la musique pour être ramené sous les feux de la rampe sont inexistantes.

Becoat, dont la discographie a disparu de tous les catalogues, baigne dans une telle obscurité, est le sujet de tellement peu d’articles que découvrir avec certitude ce qu’il est advenu de lui après que ses deux albums aient fait un flop n’est pas franchement simple. Si, pour Rodriguez, la difficulté consiste à faire la part entre les faits et la légende, il en va tout autrement pour Beacot car, dans son cas, il n’existe presque aucune info. Et encore moins de légende. La quête de ce musicien mène le chercheur qui ne dispose que d’Internet pour arriver à ses fins sur un territoire de rumeurs, de on-dit et de ouï-dire qui, bien que rares, sont autant de buissons épineux auxquels il s’accroche inutilement.

Je vais vous faire grâce du ragot selon lequel Becoat, incapable de s’acclimater à quelque boulot « normal » que ce soit, serait devenu un musicien des rues. Cette version, aussi romantique soit-elle et aussi probable puisse-t-elle paraitre de prime abord, ne repose sur rien, hormis sur ce qu’un critique a supposé du caractère du musicien à l’écoute de ses textes vingt ou trente ans après leur composition.

Il se pourrait fort, voyez-vous, que la vérité soit bien plus prosaïque : si l’on doit en croire des journaux consacrés aux brevets techniques, un obscur magazine de sports et un annuaire de l’Illinois, Billie Joe Becoat serait finalement devenu l’inventeur d’un vélo à deux roues motrices.

Rembobinons la vie de Becoat et reprenons-la en lecture normale, telle que je crois l’avoir très approximativement reconstituée d’après la poignée de sources susmentionnée : vers 1970 ou 1971, déçu par l’insuccès de ses deux albums et par la Californie, grillé par l’abus de LSD, incapable d’écrire une ligne ou d’imaginer un accord, sans plus de maison ni peut-être d’argent, Billie Joe Becoat reprend le chemin de son Illinois natal avec sa femme et sa fille. Après avoir exercé différents métiers ayant apparemment trait à la mécanique ou à la construction, il a un jour une illumination en réparant le vélo de son fils : inventer une bicyclette à deux roues motrices. Ce que, si l’on en juge par le dépôt de plusieurs brevets dans les années 80 et 90 et les plans ci-dessous, il réussit parfaitement (il se pourrait toutefois, pour autant que je sache lire des brevets et que ceux que j’ai vus aient été à jour, que les frais afférents, malgré des rappels et un délai de grâce, n’aient pas été renouvelés au bout de 4 ans comme la loi l’exigeait. Ce qui, à priori, ne ressemble pas à une bonne nouvelle. A noter toutefois que, selon une gazette locale de l’Indiana, tout allait bien pour lui en 2007).

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Mais, pour en revenir à sa musique, car c’est cela qui nous intéresse au-delà de ce que fut ou ne fut pas sa vie, Becoat a donc publié deux albums, l’un – que je possède – en 1969 (Reflections From A Cracked Mirror) et l’autre, dont j’avoue n’avoir découvert l’existence que ce matin, en 1970 (Let’s Talk For A While). Ces deux albums ne sont, à ma connaissance, disponibles nulle part, ni en CD ni au téléchargement (sauf, peut-être, au téléchargement illégal – et encore, je ne parierais pas ma chemise que vous les y trouviez. En tous cas, pas sans difficulté). Il n’y a plus guère que sur le marché du vinyle d’occasion que l’on puisse, si l’on a le cul vraiment bordé de nouilles, s’en procurer un des rares exemplaires existants.

La bonne nouvelle (il en faut une, non ?), c’est que, ce matin, assez persuadé que je ne contrevenais à aucune loi puisqu’il n’est plus sur aucun catalogue, j’ai mis la totalité de Reflections From A Cracked Mirror en ligne sur YouTube. Je vous en livre ici deux morceaux, parmi mes préférés. Vous pourrez toujours aller sur mon compte Youtube pour écouter les huit autres morceaux de l’album si l’entrée que je vous propose maintenant vous titille les papilles.

2 réflexions sur “Le musicien qui n’amassa pas mousse

  1. Vraiment chouette, et une super voix… Incroyable que certains musiciens talentueux de cette époque aient connu le même sort que les grands bluesmen du début du vingtième ! Tu as bien fait de le mettre en ligne. Après tout, tu seras peut-être à l’origine d’une renaissance, du moins d’une fin d’oubli immérité.

    • Compte tenu de la confidentialité de mon blog (et de mon compte Youtube), il y a fort peu de chances que je me transforme en « origine » de quoi que ce soit. Ceci dit, je suis plutôt content de ma BA (car c’est une BA, hein ?)

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