L’insalubre conduite des femmes au volant

Si les femmes étaient autorisées à conduire, cela nous le savions déjà depuis la très remarquable étude du « professeur » Kamal Subhi, un homme qui se voudrait pur esprit mais que l’existence d’une gent féminine condamne à d’horribles visions de muqueuses et de suintements et à des éjaculations diurnes totalement involontaires qui le ruinent en notes de pressing, l’Arabie Saoudite ne compterait plus une seule vierge dans les dix ans à venir. Jour après jour, semaine après semaine, sur les banquettes arrières, aux carrefours, dans les parkings et les culs-de-sac, les hymens sauteraient comme bouchons de champagne un soir de réveillon sur les Champs-Elysées et, une décennie plus tard, à raison de 3835,61 défloraisons par jour (j’ai fait le calcul), il ne resterait pas plus de Saoudiennes de première main dans le royaume qu’il ne reste de kleenex propres dans la poche d’un enrhumé vers 7 heures du soir.

De plus, bien que la perte de l’hymen qu’entraîne inévitablement le pilotage d’une voiture puisse passer totalement inaperçue vue de l’extérieur, elle a pour conséquence, cela aussi Subhi l’a magistralement démontré, de transformer les femmes en folles de sexes, le leur et celui dont la nature, connaissant leur faiblesse, ne les a pas pourvues personnellement. De créatures à peu près pensantes et bienpensantes qu’elles sont tant qu’elles assoient à l’arrière et que leurs pulsions intimes sont contenues par la fine et héroïque membrane qui leur est comme un voile intérieur, elles se transforment soudainement, dès lors que la pudique et translucide digue a cédé, en vagins ambulants qui ne vivent que pour débusquer des testicules et récolter la drogue dure que ceux-ci renferment.

On pourrait croire bien sûr, si l’on n’y réfléchissait pas mieux, que l’artère désormais ouverte à la circulation appelle au mouvement et au débit, que la veine gourmande excite la seringue débordante qu’est souvent l’organe masculin. Or, si cela coule de source chaude dans n’importe quel autre pays, il n’en est rien en Arabie Saoudite. Kamal Subhi a été formel sur ce point : dans son pays, les hommes ne goûtent ni les conductrices ni les femmes déflorées et encore moins, ce qui est peut-être pour lui un pléonasme, les conductrices déflorées. Ils goûtent même tellement peu les unes, les autres et la somme des deux que Subhi nous a assurés qu’ils choisiraient de se faire gays comme des pédés chrétiens plutôt que d’épouser une piétonne d’occasion (des Saoudiens qui se respectent et craignent dieu ne se mettent pas dans la peau de femmes que d’autres qu’eux ont tannée) ou une automobiliste neuve.

Kamal Subhi, hélas, ne nous a pas livré chaque étape du raisonnement qui l’a mené aux diverses conclusions qu’il a tirées et on ne peut s’empêcher de penser que, dans sa précipitation à finir son étude avant que le pressing de son quartier ne ferme, il a sauté allègrement plusieurs marches parmi les plus importantes. On ne peut que se demander, par exemple, qui pourrait bien dévirginiser 3835,61 conductrices nouvelles par jour pendant dix ans puisqu’il a nous assurés que les Saoudiens préféreraient fourrager dans le coffre d’autres Saoudiens plutôt que d’avoir quoi que ce soit à faire dans la conduite intérieure d’une femme au volant.

Mais, aussi dément soit-il, si l’Arabie Saoudite ne comptait qu’un seul type du calibre de Subhi, elle serait une terre saine plutôt que sainte. Malheureusement, les fous de dieu y pullulent en quantités inversement proportionnelles au nombre de femmes qui sillonnent les routes, une fleur vorace entre les jambes.

Le Cheikh Saleh al-Lehaydan, personnage dont je ne serais pas étonné d’apprendre qu’il est un pote de mosquée de Kamal Subhi, est une autre de ces lucioles qui a la lumière du jour pour pire cauchemar. Les illuminés, accordons-leur cela, sont des gens qui ont parfaitement compris que seule l’obscurité les met en valeur et leur permet d’échapper à l’anonymat. Que l’Arabie Saoudite se transforme en un pays diurne et ils deviendront des créatures invisibles dont on ne remarquera plus la présence que lorsqu’il faudra nettoyer les calandres et les pare-brises.

Le Cheikh Saleh est toutefois différent de son ami Subhi en ce sens que lui n’hésite pas à plonger dans la tuyauterie là où l’autre siphonné, rendu fou par ses visions et ses notes de pressing, ferait lapider gynécologues, plombiers et tripiers. Saleh est même un spécialiste de l’intérieur des femmes. Il sait à quoi tout mène, où tout se branche, quelle buse fait suite à quel drain. Valves, vulves et clapets n’ont aucun secret pour lui. Si Jean Valjean, descendu dans les égouts de Paris, « marchait dans une énigme » et était obligé « d’inventer sa route », Saleh, lui, placé dans la même situation, trouverait le chemin de La Mecque les yeux fermés. L’homme, plus qu’un docteur de la foi, est un interne. Il lui arrive peut-être parfois de s’égarer dans les rues ensoleillées de Ryad lorsqu’il se laisse emporter par la récitation silencieuse de quelque hadith qu’il affectionne particulièrement mais, Allah U Akbar, jamais les femmes ne le perdront, quand bien même on le lâcherait avec un bandeau sur les yeux très loin de la sortie du labyrinthe qu’elles renferment.

Contrairement à son ami Subhi, que nous avons laissé quelques paragraphes plus haut prêt à se laisser damer le fion si les femmes étaient autorisées à conduire, Saleh ne semble avoir aucune inquiétude quant à l’avenir sexuel de la nation. Pour lui, les hommes continueront comme par le passé à user des femmes et à leur verser ce qui leur est dû et qu’elles reçoivent non sans râles mais sans protestation aucune. Ce qui l’angoisse formidablement, ce sont les conséquences que pourrait avoir la conduite automobile sur l’agencement des entrailles féminines et, par conséquent, sur la santé des futurs enfants saoudiens. Ecoutons-le nous expliquer ce que nous ne saurions répéter sans perdre deux ou trois nuances d’une terrible importance pour l’intelligibilité de la démonstration :

« Si la femme devait conduire sans que ce soit utile, cela pourrait l’affecter d’un point de vue physiologique; le cas a été étudié dans le domaine de la physiologie fonctionnelle et il s’avère que les ovaires sont automatiquement affectés, que la poussée du bassin est contrariée, et c’est ce qui explique que la plupart des femmes qui conduisent régulièrement des voitures donnent naissance à des enfants qui présentent des problèmes de santé d’ordre varié. »

Conduire, donc, Saleh le démontre précisément en usant de ses vastes connaissances en « physiologie fonctionnelle » (un domaine apparenté de très loin à la physiologie incommode), affecte négativement les ovaires et, quoi que cela veuille vraiment dire, contrarie la poussée du bassin, le tout d’une telle manière que le Saoudien du futur pourrait être d’une qualité moindre que celui d’aujourd’hui. En d’autres termes, la femme, parce que génitrice, n’est tout simplement pas configurée pour s’assoir à l’avant, presser des pédales et subir les poussées brutales et contradictoires que provoquent alternativement accélération et freinage. Il se pourrait même fort que l’évolution ne permette jamais à son organisme délicat de s’adapter à cette rude pratique pensée par et pour l’homme. Que sa structure lui autorise et lui ait toujours autorisé à subir vaisselle, ménage, corvées d’eau ou levrette furieuse dans un silence qui est le chaste voile de sa bonne humeur ne garantit en rien qu’elle soit capable de résister à un trajet d’un point A vers un point B (ou plutôt, parce qu’en Arabie Saoudite on lit de droite à gauche et qu’on aime remonter le temps, d’un point B vers un point A). Les grenouilles, par exemple, malgré des siècles et des siècles d’évolution animale, n’ont jamais réussi à voler. Dieu sait pourtant qu’elles ont sauté et sauté encore, la tête farcie de rêves de décollage.

Va-t-on, s’inquiète aujourd’hui Saleh au moment même où Subhi, au sortir du pressing, entre discrètement dans une pharmacie pour faire le plein de vaseline, autoriser la femme, cette fragile mécanique de précision sur qui repose l’avenir du pays, à conduire une voiture simplement parce qu’elle le demande ? Non, répond-il. Pas plus que nous ne serions assez fous pour jeter en l’air la grenouille enceinte qui nous supplierait de lui donner l’élan qui manque à son envol, nous n’autoriserons les femmes à pratiquer une activité pour laquelle elles ne sont pas prévues et dont, têtes de linottes qu’il nous faut protéger d’elles-mêmes, elles méconnaissent les dangers.

J’imagine très bien les difficultés que doivent rencontrer Subhi et Saleh lorsque, l’un venant du pressing et l’autre sortant de la consultation d’un manuel illustré de « physiologie fonctionnelle », ils se retrouvent à la mosquée pour tenter de rédiger une fatwa qui soit une synthèse des cauchemars existentialistes de l’un et des angoisses mécaniques de l’autre. Je vois, comme si j’y étais, Subhi se gratter la tête tout en se livrant silencieusement à de savants calculs qui prennent tout à la fois en compte la taille estimée du pénis de Saleh et la quantité de vaseline dont il dispose. Saleh, lui, sous une apparence imperturbable, regarde Subhi du coin de l’œil et tente de l’imaginer en planche anatomique.

Leur travail n’avance pas, la feuille A4 reste blanche. Pédés ou anormaux sont, ma foi, deux destins bien dissemblables.

Puis, soudain, leurs regards pétillants se rencontrent. Eureka ! Ils ont trouvé la solution. Elle est d’une simplicité si désarmante qu’ils riraient d’eux-mêmes si le règlement de la mosquée ne proscrivait pas un comportement aussi licencieux : et/ou. Si les femmes étaient autorisées à conduire, les Subhi et les Saleh de l’après deviendraient pédés et/ou naîtraient encore plus crétins qu’ils ne le sont déjà.

Subhi est saisi d’une légère érection emplie de mélancolie. Saleh est en plein tripes.

Bon, voilà un texte dont on ne pourra pas dire qu’il n’est pas à la hauteur des sujets.

3 réflexions sur “L’insalubre conduite des femmes au volant

  1. De la même manière, je me demande si le port excessif du turban et de la barbe ne pompe pas tous les neurones. (Ou alors, ces abrutis ont très bien compris qu’ils sont si inutiles et nocifs qu’une femme conduisant n’aura de cesse de les fuir le plus loin possible.)

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