Quelle vie je mène !

Aujourd’hui, en fin d’après-midi, alors que je grignotais un biscuit fourré au chocolat, et je ne saurais vous dire ce qui a motivé cet élan soudain, j’ai couru à l’étage attraper mon appareil photo avant que le soleil ne disparaisse complètement derrière la butte.

Et, pendant que mon fils me disait quelque chose que j’avoue ne pas avoir saisi mais que je lui demanderai de répéter au dîner, j’ai pris une poignée de photos.

De retour dans ma petite étude sise sous la pente est du toit, et je ne saurais pas non plus vous dire ce qui a motivé ce deuxième élan, j’ai ouvert des logiciels, mis une copie d’une des photos en noir et blanc, réduit la taille d’une autre copie de la même photo, amélioré un brin la netteté de l’une et de l’autre copies et, enfin, collé la copie en couleur sur la copie en noir et blanc.

A l’issue de ces manipulations, je tenais donc ce que l’on appelle un collage. Sauf que, vous l’aurez certainement noté, je n’ai pas utilisé de colle.

Je vous livre la chose, que j’ ai intitulée « Bien au chaud » :

Bien au chaud, 28 novembre 2013

Bien au chaud, 28 novembre 2013

Là où intervient l’incroyable coïncidence, je vous jure que je n’avais rien planifié et que je n’ai découvert le concours de circonstances qu’au moment de classer la photo dans le dossier où je classe de telles photos, c’est que ce collage, qui est, pour autant que je m’en souvienne, mon deuxième collage à prétention artistique, a été réalisé 2 ans jour pour jour, et presque heure pour heure, après mon premier collage à prétention artistique. Et les deux fois, tenez-vous bien, j’étais en pantoufles.

Ça met sur le cul, non ?

En Pantoufles, 28 novembre 2011

En Pantoufles, 28 novembre 2011

Le musicien qui n’amassa pas mousse

Billie Joe Becoat, à l’image de Sixto Rodriguez, est un musicien américain des années 60, plutôt talentueux, que le succès a complètement déserté.

Mais la comparaison avec Rodriguez s’arrête là car Becoat, contrairement à son alter ego, n’a jamais connu et ne connaîtra probablement jamais de miraculeux retour en grâce. Il n’est aucun public, dans quelque pays lointain, qui l’ait secrètement maintenu en vie et ses chances d’être libéré un jour prochain des oubliettes de l’industrie de la musique pour être ramené sous les feux de la rampe sont inexistantes.

Becoat, dont la discographie a disparu de tous les catalogues, baigne dans une telle obscurité, est le sujet de tellement peu d’articles que découvrir avec certitude ce qu’il est advenu de lui après que ses deux albums aient fait un flop n’est pas franchement simple. Si, pour Rodriguez, la difficulté consiste à faire la part entre les faits et la légende, il en va tout autrement pour Beacot car, dans son cas, il n’existe presque aucune info. Et encore moins de légende. La quête de ce musicien mène le chercheur qui ne dispose que d’Internet pour arriver à ses fins sur un territoire de rumeurs, de on-dit et de ouï-dire qui, bien que rares, sont autant de buissons épineux auxquels il s’accroche inutilement.

Je vais vous faire grâce du ragot selon lequel Becoat, incapable de s’acclimater à quelque boulot « normal » que ce soit, serait devenu un musicien des rues. Cette version, aussi romantique soit-elle et aussi probable puisse-t-elle paraitre de prime abord, ne repose sur rien, hormis sur ce qu’un critique a supposé du caractère du musicien à l’écoute de ses textes vingt ou trente ans après leur composition.

Il se pourrait fort, voyez-vous, que la vérité soit bien plus prosaïque : si l’on doit en croire des journaux consacrés aux brevets techniques, un obscur magazine de sports et un annuaire de l’Illinois, Billie Joe Becoat serait finalement devenu l’inventeur d’un vélo à deux roues motrices.

Rembobinons la vie de Becoat et reprenons-la en lecture normale, telle que je crois l’avoir très approximativement reconstituée d’après la poignée de sources susmentionnée : vers 1970 ou 1971, déçu par l’insuccès de ses deux albums et par la Californie, grillé par l’abus de LSD, incapable d’écrire une ligne ou d’imaginer un accord, sans plus de maison ni peut-être d’argent, Billie Joe Becoat reprend le chemin de son Illinois natal avec sa femme et sa fille. Après avoir exercé différents métiers ayant apparemment trait à la mécanique ou à la construction, il a un jour une illumination en réparant le vélo de son fils : inventer une bicyclette à deux roues motrices. Ce que, si l’on en juge par le dépôt de plusieurs brevets dans les années 80 et 90 et les plans ci-dessous, il réussit parfaitement (il se pourrait toutefois, pour autant que je sache lire des brevets et que ceux que j’ai vus aient été à jour, que les frais afférents, malgré des rappels et un délai de grâce, n’aient pas été renouvelés au bout de 4 ans comme la loi l’exigeait. Ce qui, à priori, ne ressemble pas à une bonne nouvelle. A noter toutefois que, selon une gazette locale de l’Indiana, tout allait bien pour lui en 2007).

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Mais, pour en revenir à sa musique, car c’est cela qui nous intéresse au-delà de ce que fut ou ne fut pas sa vie, Becoat a donc publié deux albums, l’un – que je possède – en 1969 (Reflections From A Cracked Mirror) et l’autre, dont j’avoue n’avoir découvert l’existence que ce matin, en 1970 (Let’s Talk For A While). Ces deux albums ne sont, à ma connaissance, disponibles nulle part, ni en CD ni au téléchargement (sauf, peut-être, au téléchargement illégal – et encore, je ne parierais pas ma chemise que vous les y trouviez. En tous cas, pas sans difficulté). Il n’y a plus guère que sur le marché du vinyle d’occasion que l’on puisse, si l’on a le cul vraiment bordé de nouilles, s’en procurer un des rares exemplaires existants.

La bonne nouvelle (il en faut une, non ?), c’est que, ce matin, assez persuadé que je ne contrevenais à aucune loi puisqu’il n’est plus sur aucun catalogue, j’ai mis la totalité de Reflections From A Cracked Mirror en ligne sur YouTube. Je vous en livre ici deux morceaux, parmi mes préférés. Vous pourrez toujours aller sur mon compte Youtube pour écouter les huit autres morceaux de l’album si l’entrée que je vous propose maintenant vous titille les papilles.

Faux et usage de faux

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Axis of Evil

Le solo, le remarquable solo, par lequel débute cette vidéo est en fait la fin d’un morceau mais, comme vous allez le voir, il constitue aussi une introduction parfaite au puissant rap qui lui succède (pour écouter ce qui a précédé, cliquez ICI).

Le soliste, que je découvrais, s’appelle Shabaka Hutchings. Le chanteur, quant à lui, est Soweto Kinch, un artiste aux multiples facettes qui, comme nous l’avons déjà vu en mars 2012, est également un éminent saxophoniste. En vérité, n’ayons pas peur des mots, Soweto Kinch compte parmi les saxophonistes anglais les plus géniaux.

 

Graine de sable (Taragalte)

Taragalte

Le Festival Taragalte va bientôt célébrer sa cinquième édition (15 – 17 novembre 2013).

Plus qu’une simple manifestation musicale aux portes du désert, Taragalte se veut une rencontre humaine. On ne converge pas vers la petite ville marocaine de M’Hamid El Ghizlane (le nouveau nom de Taragalte) simplement pour écouter des notes et des voix nomades, on y va aussi, parce tout est interdépendant, parce que tout est lié, pour y parler de culture, de patrimoine, d’écologie et d’avenir.

Si l’édition 2012, parrainée (marrainée, devrais-je dire) par la chanteuse marocaine Oum El Ghait, avait rendu hommage aux « Femmes du désert » (lisez donc l’article paru dans Afrik.com), celle de 2013 sera placée sous le signe de « La caravane » (le site officiel du festival, comme il se doit, vous en dira plus sur les objectifs et la programmation).

Que ceux qui, comme moi, n’iront pas dans le désert se rassurent, c’est le désert qui va maintenant venir à eux :