Mot-valise, visages de voyageurs immobilisés

On ne les appelle plus guère que SDF. On a entassé leurs existences brisées, méprisées, burinées, mouillés, délavées, battues par les vents dans un mot-valise qui ferme bien et s’écrit aisément.

On les a réduits à trois lettres qui sont censées dire tout et sans passion de leur multiplicité, de leurs chemins, de leurs rêves, de leurs douleurs, de leurs accidents, de leurs éclats de rire, des combats qui dilatent leurs minutes, étirent leurs heures et, bien souvent, écourtent leurs vies. On les a ramenés à un acronyme qui détermine leur emplacement et définit leur rôle. Leur désignation est leur strapontin et leur saynète.

Oh, on en a concassé bien d’autres avant eux : OS, DRH, PDG, CAE, VRP. Vous, moi. Ils ne sont ni les premiers ni les derniers dont on tait, dont on dissimule les luttes minuscules et les combats épiques, les impasses et les horizons, derrière des sigles insignifiants que, crétins que nous sommes, nous adoptons sans plus tarder. Non, ils ne sont pas les premiers que l’on personnifie en les désincarnant, que l’on explique en les abrégeant. Le système est une structure et une méthode dont l’équilibre et le fonctionnement ne pourraient être sans chosification ni, surtout, circonscription.  Moins on en dit, plus on en saurait.

Je, vous, nous, ils les intitulons SDF et, parce qu’ils ont le pouvoir par leur simple présence de brûler nos regards, de déchirer nos voiles, de faire éclater nos bulles et de souiller nos espaces, nous les souhaiterions invisibles.

Ils sont un échec et une laideur que nous voulons inconnus, étrangers, mais qui soudain, au détour d’une rue, sont parfois là à nous chuchoter des mots grossiers qui sont puanteur, meurtrissures et saleté.

Nous nous en écartons. Nous nous faisons fugaces, inaperçus. Nous nous pressons pour échapper aux tentacules vénéneux qu’ils pourraient avoir. Plus loin, quand nous sommes sains et saufs et à nouveau supérieurs, quand ils ne sont plus un péril, quand ils ont perdu le pouvoir qu’ils ont momentanément eu sur nous, ils redeviennent, avant que nous les oubliions, des vaincus, des créatures frêles et terrassées, des objets de pitié. Des ombres évidées qui transforment nos vies également absurdes en sphères ensoleillées. Des taches grâce auxquelles, parce que nous avons un toit et un canapé, nous pouvons nous croire immaculés.

Pourtant ils sont souvent beaux, de cette beauté que seules ont les âmes que la vie a plus qu’effleurées. Ils portent les plis et les rides inaltérables des aventuriers, des navigateurs, des pirates, des grands-parents ou des guerriers.

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Tous ces portraits sont de Lee Jeffries.

 

Aynur Dogan, Voix d’Istanbul

Aynur Dogan est une chanteuse turque d’origine kurde aussi belle que talentueuse  que nous avons déjà rencontrée dans la toute première partie des Dialogues de civilisations.

La revoici, enregistrée dans un hammam d’Istanbul dont l’acoustique se prête parfaitement à l’exercice (cette vidéo est tirée du documentaire Crossing the Bridge – The Sound of Istanbul de Fatih Akin)

Moslem Rahal

Moslem Rahal, le flûtiste, est syrien. En tous cas, les quelques infos que j’ai trouvées ici et là sur la Toile me portent à le croire : il a fait ses études de musique à Damas et il est (ou fut) membre de l’Orchestre symphonique national de Syrie.

Je n’ai malheureusement pas trouvé la moindre information sur les autres musiciens.

Pour l’anecdote, sachez que la vidéo ci-dessous, qui semble avoir été mise en ligne par Moslem Rahal lui-même, ne compte que 427 vues au jour d’aujourd’hui. Mais, rassurez-vous, comme vous allez très vite le découvrir, cette pauvre statistique n’en dit long que sur les goûts et l’ouverture d’esprit de la majorité des Youtubeurs.

Cela n’a aucun rapport avec ce qui nous occupe dans cet article mais je vous serais extrêmement reconnaissant, si ce n’est déjà fait, de bien vouloir donner votre avis dans ce sondage à question unique. Merci.

The Khmeleva Project (Dakha Brakha & Port Mone)

Retour sur Dakha Brakha, le fabuleux groupe ukrainien.

Et plutôt que d’inventer un commentaire, je vais reproduire ici celui qu’un auditeur Youtube a laissé à la suite de la première de ces deux vidéos : « Absolument renversant, exceptionnel, inventif, esthétiquement supérieur ».

Fallen Art

 

The Fantastic Flying Books of Mr Lessmore

Une superbe célébration des livres, de la lecture, de l’écriture et de la vie.

The_Fantastic_Flying_Books_of_Mr._Morris_Lessmore

Note : J’avais déjà publié cette vidéo en janvier 2013 mais, pour une question d’atteinte aux droits d’auteur, elle n’était plus disponible. La revoici. Pour plus d’informations sur les livres volants de M. Lessmore, allez sur Wikipédia.