Des gnous et des hommes

Mardi soir, j’ai dîné léger : une crêpe fourrée jambon-fromage, un abricot, la moitié d’une grosse boîte de crème glacée au nougat, une petite bouteille de bière blonde et, plus tard, après une brève dépression nerveuse, un bon tiers d’une boîte de sorbet au citron.

Aucune de mes 250 chaînes de télé ne proposant quelque passionnant reportage sur l’épique migration des gnous ou la terrible lutte qui est le quotidien de l’inquiétante faune qui rampe dans la boue chaude des mangroves, j’ai finalement opté pour le débat vespéral de France 24. Son animatrice est une jolie blonde glaciale qui me laisse froid et dont je suis de moins en moins persuadé, pour des raisons qui nuiraient certainement à ma thèse si je les exposais, qu’elle mérite les très jolies jambes dont elle a  hérité sans jamais avoir à lever le petit doigt. Hors des plateaux, je l’imagine parfaitement invivable, tout entière consacrée à son reflet, même si je la soupçonne, les rares moments où sa libido la détourne de son miroir, de pouvoir se métamorphoser en une adorable créature en mesure de faire croire à son amant que, parce qu’elle veut recevoir, elle donne sans compter.

Mardi soir, donc, faute de documentaire animalier, j’ai opté pour le débat qu’elle anime et qui opposait une députée de gauche follement classique, un député de droite éperdument ordinaire, un flic passionnément Versaillais et un musulman raisonnablement traditionnel. Ce débat avait pour thème les violences urbaines dans le désormais célèbre bled de Trappes et son objectif, extrêmement ambitieux pour une chaîne de télé qui n’a pas inventé l’eau tiède, était de déterminer, de l’intégrisme religieux triomphant et de l’islamophobie rampante, qui était l’œuf et qui était la poule. Le programme précisait que l’on explorerait également la question « des solutions pour nos banlieues » mais je ne saurais vous dire si, par ce « nos », on insinuait qu’elles fussent déjà possédées.

Vous me demanderez certainement, comme je me le suis moi-même demandé entre deux pleines cuillères à soupe de glace au nougat, quel intérêt il peut y avoir à débattre pendant une heure pleine sur une question qui pourrait être réglée en moins de temps qu’il n’en faut pour faire cuire une omelette aux gésiers. A quoi je vous répondrai ce que je me suis rétorqué à moi-même : si, dans tous ses programmes, France 24 va droit au but sans moult digressions inutiles, elle ne va plus émettre que deux ou trois heures par jour et devra par conséquent changer son nom et débarquer du personnel – dont, peut-être, la blonde aux jolies jambes et aux yeux malicieux qui jamais ne nous laissera oublier qu’elle fut désirée par tous les ados et les profs du lycée qu’elle fréquenta mais que, par pure méchanceté, elle n’en assouvit aucun.

Ainsi donc, mardi soir, nous avions, autour d’une table d’un modernisme de bon aloi qui se mariait fort bien avec la plastique ferme et la peau cuivrée de Vanessa (je crois que nous pouvons maintenant l’appeler Vanessa), quatre crétins aussi divers que semblables dont je ne vous cacherai pas que les déambulations oratoires furent bien plus passionnantes que les conclusions auxquelles je parie qu’ils ne parvinrent jamais. Si l’on fait abstraction du fait que la plupart des connochaetes finissent par atteindre les plaines herbeuses qu’ils se sont promis d’atteindre, on peut d’ailleurs faire un parallèle avec les gnous dont le déplacement est nettement plus captivant que l’arrivée sur les pâturages.

Avant toute autre chose, nos quatre invités étaient présents autour de cette remarquable table avant-gardiste pour nous dire à quel point eux-mêmes et les gens qu’ils représentent sont absolument formidables et propres sur eux.

La députée de gauche se trouvait admirable parce qu’issue d’une gauche qui n’a jamais cessé d’être admirable dans sa vocation à organiser le bonheur de l’humanité.

Le député de droite, qui ne pouvait décemment être en reste, a tenu à nous rappeler à quel point lui-même et la droite étaient épatants, qui avaient tout compris de la marche du monde et des chaussures haut de gamme que cette onéreuse et difficile randonnée exige.

Le flic, un brave type qui pourrait être mon voisin, voire mon semblable si j’habitais à Versailles et si sa bibliothèque ne se résumait pas à une collection de toutes les éditions du code pénal publiées depuis trente ans, fut si remarquable dans son incarnation du buste de Marianne que j’en vins vite à oublier sa calvitie et son absence de seins. Tout du long, il sut magnifiquement être la personnification du professionnalisme, du respect et du service tous publics, y compris des bou… des Français issus de la diversité.

Le musulman, d’une élégance folle dans un costume lustré loué pour l’occasion, n’eut de cesse de nous rappeler que les musulmans de France, Allah U Akbar, étaient les champions du monde de la citoyenneté française et qu’ils pourraient en remontrer à bien des automobilistes de souche.

Ensuite, une fois leurs lettres de créance présentées, nos invités se sont attachés, sans jamais se départir d’une froide politesse qui ne fut pas sans évoquer la traversée d’un champ de mines, et comme on pouvait s’y attendre, à ne jamais faire la moindre concession à l’autre et à nier toute réalité qui puisse remettre en cause les dogmes et les fictions qui leur tiennent lieu de vérités. Cela tenait tout à la fois du dialogue de sourds qui ne s’entendent que pour se contredire, de l’affrontement d’inamovibles qui se font des croches-pattes et de la réunion d’aveugles qui n’ont jamais pu se voir et qui, par conséquent, ne peuvent pas se sentir.

Pas une seule fois l’un d’eux n’a admis que lui-même ou ceux qu’ils représentent puissent être un tant soit peu différents de la plaisante image de l’emballage. Jamais la députée de gauche n’a concédé que, peut-être, elle et les siens ne comprenaient rien et étaient complètement débordés. Jamais le député de droite n’a avoué que la droite pigeait que dalle et était totalement dépassée. Jamais le flic n’a reconnu que la police n’avait pas toujours la bonne méthode ou que, dans ses rangs, pullulaient abrutis et racistes. Jamais le musulman n’a convenu que les banlieues regorgeaient de salafistes ou de voyous qui crachaient sur la France, qu’elle fut leur pays ou l’hôtesse qui les reçoit.

Non, jamais. Jamais un aveu d’impuissance, jamais un aveu de responsabilité, jamais un aveu d’irresponsabilité, jamais un aveu de racisme, jamais un aveu de crétinerie. Jamais la moindre autocritique.

On blâmait l’autre, pour avoir quelque chose à dire qui ne mange pas de pain : pour la députée de gauche, tout était la faute de la droite ; pour le député de droite, tout était la faute de la gauche ; pour le flic chauve, tout découlait des Arabes (qu’il ne nommait pas pour rester photogénique) ; pour l’Arabe, tout procédait de la vilaine police et de la société française (à laquelle il oubliait parfois qu’il appartient).

Quatre putains de VRP venus placer un discours qui n’était destiné qu’à ceux qui l’ont déjà acheté, qui n’avait d’autre but que d’approfondir les tranchées entre les diverses clientèles.

Et Vanessa, éclatante de blondeur pétillante, au milieu du ping-pong. Et moi devant ma boîte de glace au nougat.

Au bout de plus ou moins quinze minutes, désormais tout à fait persuadé que nous n’arriverions nulle part tant la géolocalisation de la ligne de départ et l’itinéraire faisaient polémique, j’ai craqué – crac ! – comme une brindille sèche sous la botte d’un citadin perdu dans la forêt. J’ai éteint la télé et, saisissant prestement la boîte de sorbet au citron mentionnée dans le premier paragraphe, grimpé en courant à l’étage où m’attendaient les derniers chapitres d’un roman ésotérique qui, comme tous les romains ésotériques, s’essoufflait.

Plus tard, au cœur de la nuit, j’ai fait un rêve érotique sans le moindre rapport. Elle avait des cheveux noirs et sa peau était d’un brun velouté. Entre ses petits seins, pendouillait un bouddha de jade.

Valls revient sur le vif échange avec une habitante de Trappes (Clicanoo)

Lors de ce « vif échange », Valls a eu, pour rabrouer vertement la méchante petite dame un peu enveloppée qui l’apostrophait, une phrase tout à fait admirable que la multitude de caméras, caméscopes, capteurs, perches, dictaphones, iPhones et autres enregistreurs audio et vidéo présents ce jour-là devant lui, derrière lui, à sa gauche, à sa droite et entre les interstices a su parfaitement saisir, retransmettre et amplifier : « Madame, ne profitez jamais d’un micro ».

Valls qui rit

Tunisie : des salafistes nommés dans le secteur de l’enseignement (Investir en Tunisie)

Ne désespérons pas. Maintenant qu’ils vont être contraints et forcés de par leurs fonctions d’approcher des écoles, ils risquent tout à fait, même si c’est avec autant d’intention qu’une éponge absorbe de l’eau, d’apprendre deux ou trois trucs.  Ce qui, si dieu est aussi grand qu’on le dit, pourrait leur valoir l’ire de leurs congénères et la fin brutale qui va souvent avec.

Catastrophe ferroviaire en Espagne : la vitesse mise en cause (Le Parisien)

Je ne voudrais surtout pas rendre les victimes responsables de ce dont elles sont vraisemblablement fautives mais je me demande tout de même s’il ne se pourrait pas que la vitesse excessive du train de Saint-Jacques de Compostelle soit elle-même due à l’impatience des pèlerins embarqués.

Pour avoir déjà pris le train de Lourdes en compagnie de flagellants en tous points identiques, je puis non seulement témoigner qu’ils sont absolument intenables dans les derniers kilomètres (« Plus vite, chauffeur ! Plus vite, chauffeur, plus vite ! ») mais je pourrais également, si je n’avais pas peur d’être l’objet d’une tentative de récupération de la part de l’Eglise, me considérer comme un véritable miraculé.

Claude Guéant victime d’un malaise (20 Minutes)

Au temps de la gloire de Guéant, c’est le malaise qui eut été victime.

« Il ne faut pas céder face à l’intégrisme religieux ! » – Jean-François Copé

Sauf, bien sûr, s’il s’agit de stopper les pédés. Auquel cas s’allier aux intégristes catholiques devient un devoir.

Lorraine. Un policier se suicide avec son arme de service (Jactiv)

Se suicider avec son outil de travail est un très mauvais message lancé aux pilotes d’avions et aux conducteurs de bus.

A l’école des « libéraux-conservateurs » (Le Monde)

Un libéral-conservateur est généralement un catholique de droite qui exige, au nom de la liberté d’entreprendre, que l’état n’intervienne jamais dans le domaine économique mais qu’il soit présent sur tous les fronts pour ce qui est de la morale.

Exemple : un laboratoire doit pouvoir créer et vendre tous les traitements abortifs qu’il souhaite sans qu’aucune administration ne vienne s’assurer qu’ils ne contiennent pas de Destop ou de chaux vive mais l’avortement, par voie de loi, doit être interdit.

2 groupuscules d’extrême droite dissous (Le Figaro)

Cela ne sert à rien de déboucher les chiottes quand la fosse septique est pleine.

[Incroyable, non ? Je veux écrire de simples commentaires et je conçois de véritables adages.]

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