Caresses

Ablaye Cissoko : chant, kora

Volker Goetze : trompette

L’arme

Arme

(Photo : Steve McCurry)

Bénarès (revu et, peut-être, corrigé)

Bon voilà, ce que j’ai fait tient en quelques mots : j’ai pris des images de Bénarès tournées en 1931, à une époque où les Britanniques se croyaient encore les maîtres, j’ai supprimé le commentaire condescendant et quelque peu erroné qui les accompagnait pour lui substituer le sublime A Meeting By The River de Ry Cooder et V. M. Bhatt  puis, content de moi (mais je le serais à moins), j’ai mis le tout en ligne sur Youtube où, après une brève hésitation, j’ai fini par troquer le noir et blanc originel pour un sépia qui me plaisait plus.

Et, maintenant, il ne me reste plus, alors que je décapsule ma troisième bière, qu’à vous livrer la tambouille (dont Youtube me dit déjà qu’elle est interdite au Royaume-Uni. Ha ha !)

Vous trouverez la vidéo non retouchée ICI

Instants, destins

Voici deux photographies que j’ai sélectionnées parmi celles qui, cette semaine, m’ont le plus ému (mais elles ne datent toutefois pas de ces jours derniers).

La première, illustration d’une joie que j’espère plus que passagère, image d’un bonheur que je souhaite durable, représente une enfant afghane faite de lumière. Elle est l’œuvre du photographe Steve McCurry et a été portée à mon attention par mon ami Russell.

Afghanistan_Steve McCurry

La deuxième, je l’ai trouvée tout seul, lors d’une de ces traques virtuelles à l’abomination auxquelles je me livre parfois. Parce que je suis un être pervers qui ne veut pas être ignorant de l’horreur à laquelle sont soumis certains des êtres humains qui partagent la même planète que moi en même temps que moi. Elle a pour sujet une jeune femme de quelque bidonville de Phnom Penh que sa mère, qui ne fut que sa génitrice, condamna, toutes les nuits pendant d’interminables années, à satisfaire les besoins sexuels d’une dizaine de créatures que vous me pardonnerez d’appeler des créatures ou des mâles plutôt que des hommes. Pour ne plus être torturée par le peu d’espérance qui la visitait encore et lui brûlait inévitablement le cœur, elle n’eut d’autre issue que de s’ensevelir sous un amas opaque de drogues. Le photographe s’appelle Tim Matsui.

Phnom Penh Tim Matsui

J’ai d’abord hésité sur l’ordre dans lequel présenter ces deux photos. Puis je me suis dit que cela n’avait aucune espèce d’importance : l’une m’a autant donné envie que l’autre de faire un câlin à mon fils.

Autoportrait

Il n’y a pas de fumée sans « je ».

SP Autoportrait

A vos marques !

Le jour-même où je publiai quelques-unes des photos primées au concours de photojournalisme World Press Photo 2013, un lecteur  a attiré mon attention sur l’épouvantable drame du Rana Plaza au Bangladesh – dont le bilan, à l’heure où je tape ces lignes, est, selon News From Bangladesh, de 694 morts. Il se pourrait cependant, une fois les opérations de déblaiement finies, qu’il atteigne les 1 000 morts (certains journaux prédisent jusqu’à 1 400 morts).

Le Rana Plaza était un immeuble de huit étages (dont quatre auraient été ajoutés illégalement) qui abritait d’immenses ateliers de confection textile dans lesquels œuvraient – pour 30 euros par mois – des milliers d’ouvriers, en majorité des femmes (parfois enceintes jusqu’aux yeux). Ces esclaves des temps modernes fabriquaient des fringues pour une cinquantaine de grandes marques et de distributeurs occidentaux. Parmi ces derniers, du reste, se trouvent des supermarchés français où vous et moi allons certainement faire nos courses (les étiquettes retrouvées dans les décombres ne sauraient mentir).

Le bâtiment, construit et utilisé en dépit du bon sens et, surtout, sans le moindre respect de la vie des employés, s’est effondré le 24 avril. Comme un château de cartes que l’on aurait élevé sur une table bancale. La banque et les quelques boutiques des premiers niveaux avaient été évacuées la veille, dès l’apparition des premières fissures mais les esclaves, eux, furent forcés de venir travailler le lendemain, sous peine de licenciement ou de retenue sur salaire de… 30 euros.

01. Bangladesh Rana Plaza 1

Le Bangladesh, nous le savons tous, est un vaste atelier de misère où sont fabriqués, entre autres choses, nombre de nos vêtements et de nos chaussures, de marque ou bon marché. C’est l’ultralibéralisme (coût minimum, profit maximum) et notre propre fringale (« j’veux du pas cher ! ») – du crétinisme s’il en est – qui ont engendré ce triste état de fait.

Ajoutez à cela la corruption ambiante (plusieurs députés bangladais sont propriétaires de ces tristement célèbres « sweatshops »), un manque de moyens, d’expertise technique et les accidents se multiplient, que ce soit dans les usines où triment des hommes, des femmes et, parfois, des enfants dont nous n’avons rien à foutre et dans les bidonvilles où notre je-m’en-foutisme à tous, vendeurs et acheteurs, les condamne à vivre.

01. Bangladesh Rana Plaza 2

Le photographe bangladais Abir Abdullah (à qui l’on doit tous les clichés présents dans cet article) court d’une catastrophe à une autre et immortalise les morts et ceux qui leur survivent. Il essaie, par ses terribles photos, de faire pression sur les marques occidentales et sur les politiciens locaux. Il tente, à son échelle, « de mettre fin à l’exploitation ».

Kawran Bazaar, 25 février 2007

Kawran Bazaar, 25 février 2007

Tazreen Fashions Limited, usine textile de la banlieue de Dacca, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, usine textile de la banlieue de Dacca, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, 24 novembre 2012

Tazreen Fashions Limited, 24 novembre 2012

Proches des victimes d’un incendie. Nimtali, banlieue de Dacca, 3 juin 2010

Proches des victimes d’un incendie. Nimtali, banlieue de Dacca, 3 juin 2010

Parents, amis, voisins se jettent dans l’incendie pour tenter de sauver quelqu’un en attendant les pompiers (ville et date inconnues)

Parents, amis, voisins se jettent dans l’incendie pour tenter de sauver quelqu’un en attendant les pompiers (ville et date inconnues)

Bidonville de Mirpur, Dacca, avril 2009

Bidonville de Mirpur, Dacca, avril 2009

Blessé ou mort, Dacca, 2007 ( ?)

Blessé ou mort, Dacca, 2007 ( ?)

Une survivante, une épouse, une sœur...

Une survivante, une épouse, une sœur…

Une mère (dans sa main, elle tient des photos de son fils disparu au Rana Plaza)

Une mère (dans sa main, elle tient des photos de son fils disparu au Rana Plaza)