Epecuén-Ville

J’aime les lieux abandonnés. J’aime les villes, les villages et les hameaux désertés. Il n’est sur terre, aussi élégante et chaleureuse soit-elle, aucune localité toujours habitée qui ait le pouvoir d’autant éveiller mes sens et mon imagination. J’échangerais volontiers, sans la moindre hésitation et sans le plus petit regret, un retour pourtant espéré à Luang Prabang ou dans le vieil Hanoï contre un séjour muet à Hashima ou contre quelques déambulations feutrées dans la poussière dorée de Bodie ou de Kolmanskop.

J’aime la candeur et la sérénité qui sont les ultimes attributs des lieux à l’abandon autant que je peux parfois haïr l’insolence, l’ostentation et la gloriole des peuplements enfiévrés qui sont encore.

Envolons-nous maintenant vers les rives du lac Epecuén, en Argentine.

Epecuén-Ville, que l’on baptisa ainsi pour lui donner un parfum français, était une station thermale située sur les rives du lac éponyme, à cinq ou six cents kilomètres au sud-ouest de Buenos Aires. Elle fut fondée dans les années 1920 et, très vite, devint un lieu de villégiature célèbre pour ses eaux salées (seule la Mer morte a un taux de salinité supérieur) dont on dit qu’elles soignent les rhumatismes, les maladies de peau, l’anémie, l’obésité, le diabète et quelques autres affections débilitantes.

A son apogée, dans les années 70, la ville abritait environ 5 000 résidents permanents, comptait bon nombre d’hôtels (on parle de 200), de restaurants et de commerces en tous genres, était desservie par le chemin de fer et accueillait chaque été 30 000 touristes aisés venus de toute l’Amérique du Sud et d’ailleurs. Elle possédait également des équipements sportifs bien supérieurs à ceux d’autres villes d’Argentine. Le niveau de vie y était un des plus élevés du continent.

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Tout alla pour le mieux à Epecuén tant que les canaux et les bassins creusés pour réguler les eaux du lac furent entretenus et contrôlés. Tout alla pour le mieux jusqu’au coup d’état de 1976 (après lequel il semblerait que le système hydraulique ne fut plus guère géré) et jusqu’à que des pluies diluviennes ne tombent sans interruption ou presque, pendant des années, sur les montagnes environnantes et ne dévalent les pentes. Année après année, averse après averse, le niveau de l’eau monta. Cinquante centimètres, une année ; soixante, une autre. En 1985, il atteignit le sommet de la digue de terre et de pierres qui protégeait la ville et qui, finalement, céda le 10 novembre (par une journée ensoleillée si je dois en croire une photo de l’évacuation).

En quelques heures, une bonne partie de la ville fut envahie par les eaux, des eaux qui, au fil des ans, ne cessèrent de monter. Trois mètres. Six mètres. Huit mètres. En 1993, la station balnéaire était une Atlantide qui sommeillait par dix mètres de fond.

Puis le climat changea, le déluge cessa et, en 2008 ou 2009, les eaux commencèrent à refluer, dévoilant une Epecuén-Ville brisée et recouverte d’une croûte de sel.

(Photo: Juan Mabromata)

(Photo: Juan Mabromata)

Photo: Juan Mabromata

Photo: Juan Mabromata

Photo: Juan Mabromata

(Photo: Juan Mabromata)

(Photo: inconnu)

(Photo: inconnu)

(Photo : Sebastian Schwalb)

(Photo : Sebastian Schwalb)

(Photo : Sebastian Schwalb)

(Photo : Sebastian Schwalb)

(Photo : Alberto Claveria)

(Photo : Alberto Claveria)

(Photo: Juan Mabromata)

(Photo: Juan Mabromata)

Au jour d’aujourd’hui, Epecuén compte un seul et unique habitant. Il s’appelle Pablo Novak et a 82 ans.

(Photo : Jose Carrizo)

(Photo : Jose Carrizo)

Photographies d’Epecuén par Juan Mabromata, Sebastian Schwalb et Alberto Claveria

2 réflexions sur “Epecuén-Ville

  1. Quelle triste histoire ! Savez-vous où ils en sont maintenant ? Vont-ils reprendre possession des lieux, au moins partiellement ? Ce vieux monsieur y vit-il ?

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