Permettez-moi de vous faire violence

Je ne me fais guère d’illusions sur la capacité de certains des lecteurs de ce blog à consacrer 59 minutes et 32 secondes à un documentaire, aussi intéressant soit-il. Mais, par pitié, que ceux-ci ne voient aucune insulte là où n’existe que du souci, de l’inquiétude profonde.

Vous êtes (je suis aussi, donc nous sommes tous) les produits parfaitement achevés d’une société folle, d’une fourmilière éperdue et, en tant que tels, vous percevez souvent la flânerie comme une perte de temps. Pire encore, la simple idée de prendre le temps vous épuise. Si, si, ne niez pas. Plusieurs d’entre vous, devant une de ces vidéos d’une heure ou plus que j’ai parfois une fâcheuse tendance à publier, se sont déjà dits « meeerde, il fait chier, ce con, avec ses vidéos interminables », « il croit que l’on n’a que ça à foutre, le sergent ? » et ont fermé la fenêtre d’un
clic sans appel.

Oui, plusieurs.

Plusieurs, et à maintes reprises.

Je le sais car j’ai accès à un certain nombre d’outils qui me permettent, quoique de manière assez grossière, d’observer le comportement des visiteurs de ce blog.

La vidéo ci-dessous, un document de 6 minutes et 53 secondes (une blague à l’échelle de la durée moyenne de vie), a pour but, par le charme, d’amener les moins endurants d’entre mes lecteurs à s’insoumettre à eux-mêmes, à désobéir à leurs automatismes (ne pas regarder toute vidéo d’une durée supérieure à 10 minutes) et à rouvrir la fenêtre qu’ils ont précipitamment fermée hier : Desert Blues (un antidote au travail). Il leur en coûtera peut-être au début (aucun apprentissage ne se fait sans douleur) mais je ne doute pas une seconde que, s’ils tiennent les 59 minutes et 32 secondes, ils m’en seront reconnaissants, et même doublement reconnaissants car, au-delà de la victoire sur eux-mêmes, c’est tout simplement à un voyage dépaysant, poétique et parsemé de vraies rencontres que je les convie à nouveau.

Mais, pour le moment, place à Habib Koité, griot malien des temps modernes. Que le « Fatma » qu’il va maintenant interpréter soit pour vous un sésame.

 

Afel Bocoum

Hommage à Ali Farka Touré par Afel Bocoum, disciple et neveu.