On a marché sur la dune

Oui, on a marché sur la dune. Ce fut par une journée agréablement venteuse et ensoleillée.

Au sommet de ce qui n’est après tout qu’un gros tas de sable, et ce fut là la première chose que je vis dès que je pus reprendre mon souffle et relever la tête, se trouvait une enfant magnifique, le visage encadré d’une longue et lourde chevelure blonde piquée çà et là de quelques mèches plus sombres.

Fermement plantée dans le sable jusqu’à mi-mollets, deux garçonnets plus jeunes encore à ses côtés, elle souriait à l’objectif d’un homme en sandales et chaussettes sombres. Hors champ, coups d’œil inquiets à gauche sur l’artiste, regards acérés à droite sur les petits modèles, une femme surveillait étroitement toute l’opération.

« Ne bougez plus », prévint enfin le photographe.

La femme cessa ses mouvements de tête, bloqua sa respiration et fixa ses yeux de méchant contremaître sur les enfants immobilisés.

Clic !

L’obturateur ne s’était pas encore refermé, je jure que l’obturateur ne s’était pas encore complètement refermé que la voix de la femme de proie a fusé, explosé. Dans le silence de la brise, son mépris et sa cruauté ont résonné comme une déflagration. « Quelle grosse conne, celle-là ! Elle a
bougé ! Allez, putain, on se casse !
 »

Les chaussures remplies de sable, incrédule, un peu sonné, soudain malhabile sur le sol mouvant, je me suis assis plus haut sur la dune. Un peu plus haut mais guère plus loin. C’est aussi moi que les phrases crachées au visage de la belle enfant, que les mots assassins avaient touché.

Petit Pepper, dont il me semble parfois qu’il demande trop souvent la permission de se livrer à l’évident, a roulé jusqu’au bas des deux pentes, côté océan d’abord et ensuite versant forêt.

Plus tard, une fois de retour dans la baie, il a marié, sous une vertigineuse montagne d’épaisse crème chantilly, un trio de boules de glace aux parfums et aux tons délicieusement mal assortis. Et bien sûr, parce que les yeux de son père sont plus gros que son ventre, il a fallu s’y mettre à trois pour l’aider, avec seulement deux cuillères, à venir à bout de l’énorme, improbable et précaire assemblage.

Dune

[Note : il a été décidé de prolonger les vacances d’une semaine. Il se pourrait donc que, bientôt ou bien plus tard, je revienne vous présenter quelques instantanés de mon séjour entre vignobles et océan. Il est un moineau, quelques bateaux, des cordages, une demi-douzaine d’huitres, des vagues, un problème de
pneumatiques, un bar dans la tempête, un concert passablement arrosé et deux ou trois autres trucs dont j’aimerais bien vous entretenir à l’occasion. On verra
.]

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