Carnets (12)

Umberto Eco. Voilà un mammifère à l’écriture virevoltante. Ce qui, sans conteste, est à mettre à son crédit. Mais aussi, parfois, à sa décharge. Reconnaissons qu’il lui arrive, plus souvent qu’à son tour, d’aller et de venir dans tous les sens, au risque de perdre son lecteur. Si son dernier roman a les qualités habituelles, il a également, plus que ceux que j’ai lus précédemment, tous les défauts de ces qualités. Et il faut parfois s’accrocher à son fauteuil volant.

Je dis « fauteuil volant » mais ce peut être un autre meuble : il est des gens qui, pour leurs voyages littéraires, préfèrent une chaise droite et d’autres qui privilégient leur canapé ou leur lit. Le sable d’une plage et un coin de pelouse, tout autant que le mobilier déjà cité, décollent également très bien.

Nudité. Passé un certain âge, il est mal vu d’être aperçu nu. Même dans son propre jardin, par une journée divinement chaude et superbement ensoleillée. Les passants éventuels en prendraient inévitablement ombrage et vous battraient froid. Que vous ayez gardé une âme d’enfant n’y changera rien : passé un certain âge, les regards perdent leur capacité à voir au-delà de la chair. Ils butent sur la peau.

Et vous en êtes réduit, fesses convenablement couvertes, à l’ombre d’un arbuste dont vous ignorez le nom, à photographier un enfant qui s’éclabousse de bonheur.

Douche

Une chaise. Descendue, assez récemment, de l’auberge abandonnée qui se trouve cinquante mètres plus loin et vingt mètres plus haut (autant être précis) par quelque inconnu peut-être féru de symbolique et de géométrie, elle est maintenant posée très exactement au centre de l’endroit où, autrefois, se trouvait l’étroite salle d’attente d’une petite gare de pierre grise.

Cette chaise, c’est indéniable, a une histoire. Elle a peut-être même connu un lourd passé. Mais n’attendez pas de moi que je l’imagine et vous le livre. Ses tubes, encore trop rutilants, ne me disent pas grand-chose de perceptible. Je ne sais pas où vous en êtes dans vos rapports avec le métal mais, voyez-vous, en ce qui me concerne, il doit être presque entièrement rouillé pour devenir audible.

Chaise 1Chaise 2

Une pompe. A l’inverse, cette vieille pompe à essence Satam des années 30, malgré les lambeaux de peinture qui la couvrent encore en partie, raconte un village. Si l’on colle l’oreille contre son cœur, on entend approcher des tracteurs, on sent l’odeur des foins, le parfum lourd de la terre automnale fraîchement retournée. On perçoit les mots traînants, désarticulés des paysans ; on distingue l’accent pointu du médecin dans sa Traction Avant.

On reconnait le bruit inimitable des sous percés qui cascadent et trébuchent entre des mains.

Pompe Satam années 30

858. C’est l’année qui est gravée au-dessus de ce visage rond qui orne une stèle en trois brisée. J’ai cherché avec mes doigts le 1 qui pourrait précéder ces trois chiffres mais il n’y avait rien que la pierre sauvage, ni creux perceptible ni cicatrice presque effacée.

Stèle 858

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