Heureux qui comme Pépère…

La mer, en hiver, c’est gris fer. Puis c’est boueux, et pas qu’un peu. Mais c’est moins cher. Les gens sont peu nombreux à se jeter sur les fruits de mer. Les silencieux aiment s’y taire près d’un vin capiteux. On y est heureux. On y avale plus d’air.

La mer, en hiver, c’est gris terre, un peu métal, très visqueux. Puis c’est venteux. C’est de la glace salée qui entre dans votre chair.

La mer, en hiver, ferme ses jeux. La jetée, solitaire, flotte entre sol spongieux et cieux amers. Mais on apporte son bleu. Et puis d’autres gens rares promènent leur univers.  La mer, en hiver, tout est à faire, affaire de décor. C’est tout pour les yeux : des algues mortes peuvent être cheveux, des oiseaux et des piliers, statutaire.

L’hiver près de la mer est un couvre-feu.

[Bon, voilà un récit à peu près fidèle de mes vacances entre vignobles et mer. Entre mais pas vraiment à équidistance. J’ai la très nette impression d’avoir été un chouïa plus près des vignobles.]

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What a Shoah !

Je ne sais pas si l’on y mange des mets un peu lourdingues et si l’on y boit plus que de raison mais, lorsqu’un responsable politique français se rend au dîner annuel du Crif (Comité représentatif des institutions juives), vous pouvez être certain de deux choses : il va violemment s’auto-flageller et, rendu fou par la douleur, dire des crétineries d’une voix chevrotante et mouillée.

L’édition 2012 n’a pas échappé à la règle. Non seulement elle n’a pas échappé à la règle mais elle restera certainement celle de tous les records de crétinerie : Nicols Srkozy a osé affirmer que la France était, avec l’Allemagne nazie, l’instigatrice de la solution finale.

Oui, oui. De complice, la France de Vichy est maintenant passée au statut de cerveau de la Shoah. Lisez plutôt : « Les Européens ont eu l’idée folle de la Shoah, la France et l’Allemagne. »

Ce crétin a même eu le culot, comme vous pouvez le constater, de citer la France avant l’Allemagne. Ce qui laisse présager que, l’année prochaine, s’il est réélu, il va faire de la France l’unique responsable du génocide et reléguer Hitler et sa clique au simple statut d’hommes de main embarqués contre leur gré dans un projet monstrueux alors qu’ils ne rêvaient que de construire des autoroutes et de jolies Volkswagen même pas équipées d’un foutu cendrier.

Capture d'écran - Site web de l'Elysée

Capture d’écran – Site web de l’Elysée

Note : une recherche sur Google Actualités laisse à penser qu’aucun journal de France n’a relevé l’énormité (ou alors ils s’en foutent comme de leur première pub). Seuls des blogs et quelques sites, participatifs tel Agoravox ou spécialisés comme notre.école.net, en parlent. En ce qui me concerne, c’est Philippe Alain, blogueur à Médiapart, qui, certainement conscient qu’il allait gâcher mon premier café de la journée, a porté la crétinerie à mon attention  via un message aussi pervers que laconique : « Bonjour Sergent. Avez-vu celle-là ? »

Non, Philippe Alain, je ne l’avais pas vue. Et vous me devez maintenant un café.

World Press Photo 2012

Du dérangeant, du très dérangeant, de l’insoutenable, de l’incompréhensible, parfois de l’insolite. Rarement, trop rarement, du merveilleux ou du sublime.

(Photo : Brent Stirton)

(Photo : Brent Stirton)

Maria, droguée, prostituée et maman – Kryvyi Rig, Ukraine

(Photo : Samuel Aranda)

(Photo : Samuel Aranda)

Une femme réconforte un parent blessé lors d’une manif contre le président Saleh – Sanaa, Yémen

(Photo : Massoud Hossaini)

(Photo : Massoud Hossaini)

Après un attentat – Kaboul, Afghanistan

(Photo : Stéphanie Sinclair)

(Photo : Stéphanie Sinclair)

Sarita, 15 ans. La veille, elle-même et Maya, sa sœur de 8 ans, furent… mariées – Inde

(Photo : Pedro Pardo)

(Photo : Pedro Pardo)

Femme et fillette (mère et fille ?), victimes de la guerre des cartels de la drogue – Acapulco, Mexique

(Photo : Johnny Haglund)

(Photo : Johnny Haglund)

Jeune fille à la pêche – Kisangani, Congo

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Tous unis

Selon Courrier International, qui reproduit un article d’Elaph, la ministre irakienne de la femme « n’est pas pour l’égalité des sexes ».

En fait, plus que « pas pour », cette dame, dont le nom est Ibtihal Al-Zaidi, est carrément contre. Pour trouver plus opposé qu’elle à la liberté de la gent féminine, il faut creuser dans une dune et, en faisant attention à ne pas se faire mordre, déterrer du salafiste. Elle n’explique pas vraiment pourquoi elle est hostile à ce que les Irakiennes soient autorisées à utiliser les cerveaux en parfait état de marche dont elles sont dotées mais elle pense, de manière assez péremptoire, que « la femme perdrait beaucoup si elle était l’égale de l’homme » et échappait ainsi à la « tutelle » des mâles.

En conséquence de quoi, elle refuse la « promotion » pour elle – ce qui est son droit le plus absolu – mais aussi, puisqu’elle est en position de faire chier la moitié de la population de son pays, pour toutes les femmes irakiennes.

Elle a également édicté quatre règles que doivent respecter toutes les employées gouvernementales :

Pas de minijupe. C’est-à-dire, puisque nous sommes dans un pays musulman où la définition de « minijupe » est très différente de celle de Beverley Hills, pas de jupe dont la longueur soit moins de deux fois supérieure à la longueur des jambes.

Pas de pantalon serré ou de jupe laissant voir les formes du corps. Autrement dit, puisque les pantalons, serrés ou pas, signalent clairement que les femmes ont deux jambes et des fesses (bon dieu, j’ai une érection rien que de d’y penser), l’employée gouvernementale irakienne est subtilement avertie qu’il s’agit là d’un vêtement démoniaque à ne jamais porter au travail mais à réserver, dans l’intimité de la chambre conjugale préalablement insonorisée, aux soirées torrides avec son mari (« soyons fous, chérie », dit-il d’une voix rendue rauque par le désir, « mets un pantalon »).

Pas de chaussures impudiques. Ce décret-là, compte tenu de la longueur des jupes, n’a aucun intérêt. Sachez cependant que les talons-aiguilles, malgré qu’ils évoquent la couture, pratique halal s’il en est, sont interdits. Les tongs, cela va de soi, sont également haram. Qui a déjà vu et un petit orteil féminin et un clitoris comprendra aisément pourquoi. C’est d’ailleurs pour que les hommes à la vue basse puissent aisément différencier l’un de l’autre que certaines femmes se vernissent les ongles des pieds.

Pas de hauts aux couleurs criardes. Là, je vous avoue qu’il m’a fallu consulter un dictionnaire pour m’assurer de la définition de l’adjectif « criard ». Le Trésor de la Langue Française, dico dont le nom évoque poétiquement le sexe de la femme hexagonale et la passion de son homme pour le cunnilingus, nous dit que peut être considéré comme « criard » ce qui « blesse la vue par un éclat trop vif, des couleurs discordantes ». Sachant que toutes les couleurs du rouge au violet, en passant par le jaune, le vert et le bleu, peuvent être vives et parfois discordantes, cela ne laisse guère que le noir et un slogan fédérateur : tous unis.

Cependant, si j’en juge par le foulard que porte Madame Ibtihal Al-Zaidi sur la photo ci-dessous, il semblerait qu’il soit encore possible de porter en guise de foulard un morceau de rideau dont certains motifs, et je vous assure que ce n’est pas là une interprétation personnelle, évoquent d’énormes spermatozoïdes nageant parmi des taches de Rorschach sanglantes ou noires.

Ibtihal Al-Zaidi