Tranche hivernale à Nothing Hill

– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Bonjour !
– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Entrez !
– Oh non, mes bottes sont pleines de boue. Je vais tout vous salir.
– Pas grave, la maison est à vous. Puis y a un paillasson. Entrez. Il pleut.
– Je voulais vous demander si le chien ne vous ennuie pas trop.
– Quel chien ?
– J’ai capturé un chien.
– Un chien ?
– Oui, un chien. Mais je savais bien que ce n’était pas un renard.
– Ah, vous aviez eu des pertes….
– Oui, cinq ou six poules et un canard. C’était trop pour un renard.
– Et c’était donc un chien ?
– Oui. En tous cas, c’est lui qui est tombé dedans.
– Dans le piège ?
– Oui. Un piège avec des poules mortes.
– C’est un gros chien ?
– C’est un border-collie grand comme ça. Adorable.
– J’avais effectivement entendu ou cru entendre faiblement couiner depuis deux ou trois jours mais je ne savais pas que c’était un chien.
– Si, c’est un chien. Un beau chien. Je le nourris en attendant.
– Vous attendez quoi ?
– Je veux voir si quelqu’un va venir le réclamer. C’est pas pour quelques poules mais j’aimerais savoir s’il est à quelqu’un et, si oui, à qui.
– Cinq ou six poules et un canard, ça commence à faire, non ?
– Bof.
– Et si personne ne vient ?
– Je le relâcherai. Ne vais pas garder cette pauvre bête dans une cage ad vitam aeternam. Il couine un peu. Ha ha !
– Je suis heureux d’apprendre que ce n’était pas mon imagination mais, pour répondre à votre question initiale, non, je n’ai pas été ennuyé en quoi que ce soit.
– Pourtant il couine.

Ensuite, après que je lui eus offert une excellente bouteille de bordeaux blanc 2004 qu’il ne voulut d’abord pas mais qu’il prit enfin, le paysan, mon propriétaire et seul voisin, souleva légèrement sa casquette, passa une main sur ses cheveux aplatis et me confessa sa déprime post-noël.

– Tout le monde s’en va et je me retrouve seul au bord de la route, au milieu du paysage. Je suis là à saluer une voiture qui démarre et, hop, d’un coup, je m’aperçois qu’il n’y a plus que moi debout dans la campagne, la main encore en l’air. Ça me déprime tous les ans.
– Je ne me sens pas très bien moi-même. Entre ça et le temps de merde…
– Moi, ça me dure jusqu’à la mi-janvier. Après, ça va mieux.
– S’il avait de la neige, le paysage aurait toujours son manteau de fêtes et je crois que j’irais mieux.
– Oui, c’est moins rude quand il neige. On a l’impression que Noël s’attarde.

Brouillard_Nothing_Hill

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