13th Floor Elevators

Je ne saurais vous dire pourquoi mais, ces jours-ci, les 13th Floor Elevators me trottent beaucoup dans la tête.

Et ce matin, tout à fait par hasard, alors que je faisais des recherches sur Yayoi Kusama, une artiste japonaise qui a marqué l’art et la contre-culture des années 60, je suis tombé sur un court article consacré à Roky Erickson, chanteur et extraordinaire figure de proue des 13th Floor Elevators.

C’est un signe.

Que dire de ces Texans psychédéliques qui ont fait trembler la scène musicale de San Francisco avant même que les hippies aient commencé à envahir ses rues et ses parcs, un bâtonnet d’encens dans une main, un joint dans l’autre ?

Qu’ils furent des précurseurs coule de source. A San Francisco et à Los Angeles, nombre des futurs grands en sont encore à répéter dans des garages et à définir ce que sera la musique de la deuxième moitié des années 60 que les Elevators sortent un album psychédélique accompli, dans lequel tous les ingrédients sont déjà réunis : un son nouveau, un chanteur sauvage, une énergie débordante et des références claires à la drogue (dont le groupe encourage l’usage).
Que leur deuxième album, aujourd’hui considéré à juste titre comme l’un des plus grands disques d’acid rock jamais enregistrés, fut totalement sous-estimé à sa sortie est une autre évidence (cet album est très mal mixé mais, les bandes originales ayant été égarées, il est impossible d’en améliorer le son).
Que les autorités texanes, inquiètes de l’influence de ces « révolutionnaires » sur la jeunesse locale, aient tout fait pour les briser est aussi un fait historique (surveillance étroite, arrestations, placements en hôpitaux psychiatriques, traitements aux électrochocs, etc.).

Pour l’anecdote, sachez que Janis Joplin, originaire elle aussi d’Austin et amie proche des membres du groupe ou de leurs copines, a songé à devenir leur chanteuse avant de partir chercher la gloire à San Francisco. Aux côtés de Big Brother And The Holding Company, elle développera du reste une manière de chanter/hurler que l’on dit très influencée par celle de son ami Roky Erickson.

Roky, pour en revenir à lui, a connu un destin assez proche de celui de Syd Barrett, le leader de Pink Floyd. Mentalement fragilisé par l’abus de drogues hallucinogènes, il sera presque complètement détruit par les institutions psychiatriques dans lesquelles il séjournera (de son plein gré pour échapper à une condamnation à 10 ans de prison pour possession d’un seul joint ou suite à des placements d’office) et il mettra des années à retrouver un certain équilibre psychologique (pendant longtemps, il sera persuadé d’être « habité » par un extraterrestre et fera même rédiger un document en ce sens par un notaire afin d’être couvert en cas d’ennuis supplémentaires avec la justice). Aujourd’hui, Roky, enregistre à nouveau (son dernier album, composé en partie de chansons écrites lors de séjours en prison ou à l’asile, est encensé par la critique et les fans) et remonte sur scène, parfois accompagné de Billy Gibbons de ZZ Top, l’un de ses plus grands admirateurs.

J’aurais beaucoup voulu vous présenter une version live d’un morceau du deuxième album des Elevators (Easter Everywhere, 1967) mais, sur Youtube, leurs vidéos sont assez rares et il faudra donc vous contenter d’une apparition télévisée de 1966 pendant laquelle ils jouent (en playback) le morceau qui les a rendu célèbres : You’re Gonna Miss Me (The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators, 1966). L’image n’est pas d’une grande qualité mais le son, remixé par le type qui a mis la vidéo en ligne, est très bon.

Tranche hivernale à Nothing Hill

– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Bonjour !
– Le chien ne vous ennuie pas trop ?
– Entrez !
– Oh non, mes bottes sont pleines de boue. Je vais tout vous salir.
– Pas grave, la maison est à vous. Puis y a un paillasson. Entrez. Il pleut.
– Je voulais vous demander si le chien ne vous ennuie pas trop.
– Quel chien ?
– J’ai capturé un chien.
– Un chien ?
– Oui, un chien. Mais je savais bien que ce n’était pas un renard.
– Ah, vous aviez eu des pertes….
– Oui, cinq ou six poules et un canard. C’était trop pour un renard.
– Et c’était donc un chien ?
– Oui. En tous cas, c’est lui qui est tombé dedans.
– Dans le piège ?
– Oui. Un piège avec des poules mortes.
– C’est un gros chien ?
– C’est un border-collie grand comme ça. Adorable.
– J’avais effectivement entendu ou cru entendre faiblement couiner depuis deux ou trois jours mais je ne savais pas que c’était un chien.
– Si, c’est un chien. Un beau chien. Je le nourris en attendant.
– Vous attendez quoi ?
– Je veux voir si quelqu’un va venir le réclamer. C’est pas pour quelques poules mais j’aimerais savoir s’il est à quelqu’un et, si oui, à qui.
– Cinq ou six poules et un canard, ça commence à faire, non ?
– Bof.
– Et si personne ne vient ?
– Je le relâcherai. Ne vais pas garder cette pauvre bête dans une cage ad vitam aeternam. Il couine un peu. Ha ha !
– Je suis heureux d’apprendre que ce n’était pas mon imagination mais, pour répondre à votre question initiale, non, je n’ai pas été ennuyé en quoi que ce soit.
– Pourtant il couine.

Ensuite, après que je lui eus offert une excellente bouteille de bordeaux blanc 2004 qu’il ne voulut d’abord pas mais qu’il prit enfin, le paysan, mon propriétaire et seul voisin, souleva légèrement sa casquette, passa une main sur ses cheveux aplatis et me confessa sa déprime post-noël.

– Tout le monde s’en va et je me retrouve seul au bord de la route, au milieu du paysage. Je suis là à saluer une voiture qui démarre et, hop, d’un coup, je m’aperçois qu’il n’y a plus que moi debout dans la campagne, la main encore en l’air. Ça me déprime tous les ans.
– Je ne me sens pas très bien moi-même. Entre ça et le temps de merde…
– Moi, ça me dure jusqu’à la mi-janvier. Après, ça va mieux.
– S’il avait de la neige, le paysage aurait toujours son manteau de fêtes et je crois que j’irais mieux.
– Oui, c’est moins rude quand il neige. On a l’impression que Noël s’attarde.

Brouillard_Nothing_Hill