Cet article n’existe pas

Après réflexions – et non « réflections », je ne me suis pas regardé dans un miroir – j’ai décidé de ne pas écrire d’article sur l’attaque dont Charlie Hebdo fut la victime et sur les réactions subséquentes.

Je m’étais bien lancé, la semaine dernière, dans la rédaction d’une réaction pleine de colère, mais celle-ci s’allongeait inutilement au regard du peu qu’il y a à dire :

  • Représenter Mahomet, de manière caricaturale ou respectueuse, n’est interdit qu’aux musulmans. En aucun cas, des non-musulmans ne doivent se sentir tenus d’obéir à cette censure interne. A l’inverse, personne n’a jamais demandé à un musulman d’obéir à une bulle papale ou à un interdit hindouiste.
  • Caricaturer qui que ce soit est autorisé par la loi et, en France, le code pénal a (toujours) préséance sur n’importe quel code religieux. En se moquant, les humoristes contribuent à rappeler aux bigots que la place des religions est secondaire. Ils sont des anticorps souverains dont la disparition aurait de graves répercussions sur notre santé mentale et celle de notre société.
  • Le délit de blasphème n’existe plus, sauf en Alsace-Moselle, contrée étrange où il n’y a pas séparation de l’état et de l’église et où le droit incorpore des articles du droit pénal allemand. Ces cons s’en sont d’ailleurs servis pour faire condamner Act-Up et des militants homosexuels qui, après que l’évêque de Strasbourg eut traité les homosexuels d’animaux, avaient débarqué dans la cathédrale, en pleine messe, pour lui dire qu’il était un malade. Par contre, la justice locale n’a jamais considéré que les propos de l’évêque puissent constituer une inadmissible insulte à l’égard d’une communauté. Rétablir le délit de blasphème sur tout le territoire serait se priver d’un droit de réponse percutant chaque fois qu’un religieux, quel que soit l’être de conte de fées auquel il croit, tient des propos qui relèvent de la psychiatrie. A-t-on envie de signer un chèque en blanc à des types dont la loi nous dit pourtant qu’ils ne sont pas le pouvoir et n’ont rien à imposer à personne ?
  • Nos ancêtres, échaudés par tout ce que le pouvoir religieux a pu faire subir à ce pays du temps où il était intouchable, se sont battus pour que la religion revienne dans la niche qu’elle n’aurait jamais dû quitter, à savoir la sphère du privé. Qui sommes-nous, nous qui n’avons jamais souffert de la dictature morale du christianisme et de l’inquisition, pour vouloir, à l’instar de quelques députés UMP, que le délit de blasphème, notion suffisamment confuse pour permettre des décisions très arbitraires, réintègre le code pénal et que la religion retrouve une certaine prééminence alors que la séparation de l’état et de l’église décidée à la Révolution a largement prouvé qu’elle était source de progrès ?
  • Il ne faut pas se faire d’illusions : réintroduire la notion de blasphème, plutôt que de protéger les musulmans d’un simple dessin, bénéficierait surtout aux judéo-chrétiens et leur permettrait de faire interdire nombre de livres, de pièces de théâtre, de films et de tableaux. Ménager certains reviendrait à foutre tous les autres en cage. Personnellement, je n’ai pas la moindre envie de laisser à quelques-uns, que je tiens pour des refoulés, le soin de décider arbitrairement de ce que je peux regarder, lire ou écouter. Et dire.
  • La démocratie, aussi imparfaite soit-elle, est le pouvoir du peuple, pas la mainmise de groupes religieux.
  • La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas (devise du Canard Enchaîné). Et la liberté, c’est comme le chocolat, le sexe ou tout ce qui est agréable : on en veut plus, jamais moins.
  • Si les religieux sont autorisés à attaquer les œuvres qui heurtent leurs yeux et leurs oreilles, il faudra également autoriser les athées qui ne supportent pas la présence d’églises, de mosquées ou de synagogues dans des rues par définition publiques à lancer des actions en justice pour demander leur démolition. Bref, on ne s’en sort plus.
  • Dieu n’existe pas.

Autrement, on ne sait toujours pas qui a foutu le feu à Charlie Hebdo. Il peut aussi bien s’agir de musulmans qui n’ont pas apprécié la caricature de leur prophète, que de désœuvrés au QI de figue molle ou d’infidèles, d’extrême-droite ou non, animés par de sombres desseins. Mais ça ne change rien au fait que, en se réjouissant ouvertement de l’incendie sur des sites ou sur les réseaux sociaux, comme l’ont fait des milliers d’entre eux, les musulmans de France ont perdu des points. Or, vu le climat délétère qui baigne la France depuis quelques années, ils ne pouvaient pas vraiment se le permettre. Si quelqu’un leur a tendu un piège, force est de reconnaitre qu’ils sont tombés à pieds joints dedans. Plouf !

Quant à Charlie Hebdo, il ne fait que son boulot de papier satirique et déjanté. Même si on aimerait parfois que, par souci d’équilibre, il expédie plus de « missiles » sur Israël ou sur la communauté juive de France. Chrétiens et musulmans, ses deux cibles préférées, n’ont pas le monopole de la connerie. Les juifs détiennent aussi leur part d’actions.

Last but not least, je me branle de ce que peuvent penser de moi les bigots, qu’ils soient barbus ou glabres, polygames ou pédophiles, qu’ils adorent un prophète qu’un simple coup de crayon peut mettre à mal, qu’ils baisent une croix rouillée en psalmodiant en latin ou se lamentent devant un mur en ruine. Être accusé d’intolérance par des gens qui parfois s’étranglent de rage, vous vouent aux enfers et vous promettent une fin violente, au nom de leur dieu qui est le seul dieu authentique (lu sous la plume d’un musulman de France), tient plus du titre de gloire que de l’insulte.

Dans ce pays, le politiquement correct oblige, il est devenu à peu près impossible de dire à un type qui se trouve être musulman (ou juif, du reste) qu’il est un gros con, ou tout simplement de s’en moquer, sans qu’il ne dégaine immédiatement le mot « raciste » (ou « antisémite », la
Rolls-Royce du genre), cette arme magique qui tétanise l’accusé, lui file des sueurs glacées, le laisse presque sans voix, l’oblige à bégayer que, non, il ne critique pas une race dans sa totalité mais seulement de l’ individu, de la croyance, ce qu’il tient pour de la connerie pure et simple et que, jusqu’à preuve du contraire, cela n’est ni inhumain ni même interdit par la loi du pays dans lequel nous nous trouvons actuellement. Sans compter que le « gros con », et c’est là le miracle de la loi séculière, peut faire de même si ça lui chante et renvoyer, d’un revers magistral, le nom d’oiseau vers l’expéditeur.

En fait, si les musulmans de France et les champions du monde de la susceptibilité que sont les juifs y réfléchissaient à deux fois, ils comprendraient que, chaque fois qu’un gros con comme moi se moque d’eux, ils sont logés à la même enseigne que tout le monde, cathos, athées et autres gros cons. Le racisme serait de les préserver, au titre d’une différence qui n’existe pas.

Merde. J’avais décidé de ne pas écrire cet article. Et surtout pas cet article partiel (ne pas confondre avec « partial »). Bon, on mettra ça sur le compte de cinq cafés et de deux muffins pleins d’énormes pépites de chocolat noir.

Blasphémateur

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