La triste histoire d’une poule qui cherchait du sens

Aujourd’hui, 15 septembre, c’est la Journée de la prostate, du lymphome et de la démocratie.

Je vais cependant laisser à d’autres le soin de trouver, pour autant qu’ils existent, la corrélation, l’enchaînement logique, l’apparentement. Je ne suis pas de taille à déchiffrer le monde qui nous entoure et nous assiège.

Chercher du sens rend fou.

Que trouverai-je si, par exemple, je tentais de comprendre pourquoi, à un petit kilomètre de chez moi, l’état mutile une jolie forêt de feuillus pour, au final, n’élargir qu’un seul parmi les vingt virages étroits qui me séparent du village et conserver aux autres leur aspect préhistorique ?

Que trouverai-je aussi si je cherchais le pourquoi de la dernière pensée qui, hier soir, juste avant l’extinction des feux, me traversa l’esprit (« chez l’humain, c’est le comportement qui fait la beauté ou la laideur, et non l’apparence ») ? Rien, à priori, ne me prédisposait à une telle idée. Pour autant que je m’en souvienne, juste avant qu’elle ne traverse mon esprit comme un train fou traverse une gare sous le regard ébahi d’un voyageur planté sur le quai, je réfléchissais, confortablement adossé à trois oreillers joufflus, aux avantages et aux inconvénients qu’il y aurait à boycotter les girolles persillées que Lucy in the Sky prépare avec une effrayante régularité et je me proposais d’aborder ensuite la question inoffensive de la confiture dont je farcis parfois mes pains au chocolat matinaux : plutôt que de mettre de la mûre ou de la groseille, ne serait-il pas possible de mettre de l’une ET de l’autre et, si oui, dans quelles proportions.

Hier, une poule a passé la journée dans mon jardin, après s’être échappée de l’enclos mitoyen où elle vivait en compagnie d’autres poules, de canards, d’oies, de deux ânesses et d’un lapin claustrophobe.

Soudain confrontée à la liberté et aux choix que celle-ci implique, cette poule se mit à chercher du sens : le sens de son évasion et le sens de son ambition.

Son comportement, comme il fallait s’y attendre, se fit vite erratique. Les mouvements nerveux de son cou, ses courses désordonnées, son caquètement désespéré furent les premiers signes d’un glissement certain dans la folie. Perdue dans un océan de questions et un infini de réponses, elle finit bientôt, pour faire cesser l’assaut des impulsions électriques qui ébranlaient son cerveau, pour opposer des limites à un horizon trop vaste de possibilités, par se jeter, bec premier, dans la haie de thuyas derrière laquelle se trouvait son ancienne vie de pain dur et de contentement sans interrogations. Inlassablement : Elan, course, choc. Elan, course, choc. Elan, course, choc.

Chercher du sens rend fou.

Fou mais pas forcément irrécupérable. Il existe toujours un moyen, surtout si l’on a quelques girolles, de faire revenir une poule perdue.

Poule_girolles

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