Carnets (6)

Océan. On en dira ce que l’on voudra mais, au final, l’Océan atlantique est une masse d’eau assez froide.

Sea Pepper

Plage. C’est, du reste, peut-être parce que l’eau est relativement froide que l’essentiel du troupeau s’arrête sur la plage et ne parcourt jamais les derniers mètres que le séparent de la fin du continent. A moins que ce ne soit le sable qui s’insinue, plus que les vagues qui déséquilibrent, qui constitue le but véritable de la transhumance annuelle.

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Place. C’est une jolie place piétonne au centre de laquelle s’élève un arbre majestueux. Elle est bordée de restaurants, de cafés, de glaciers et, sur un carré de pelouse, à droite et sous un platane, il y a un manège qui tourne sans arrêt. On échoue ici, vomi par des rues de souvenirs, des allées de bric et de broc. Une assiette d’huitres, un pavé de merlu, une grande bouteille de rosé frappé, une cigarette roulée, un regard, les yeux plissés, sur la marée basse, les seins nus qui se prélassent et l’on repart. Près du manège, un enfant de 3 ans est venu y prendre une sévère rossée de ses parents, sous l’œil désolé de sa grand-mère qui pourtant ne dit mot. Les regards se détournent, se font sourds aux cris mouillés. L’enfant voulait deux rondes de manège pour faire bonne mesure, la dernière pour justifier l’épouvantable trajet qui le mena jusqu’ici.

Peintres du bord de mer. Donnez-leur de l’eau, du mouvement, des reflets irisés, de ces instants qui font une éternité et ils vous peignent des croutes où, dans l’épaisseur de la peinture, viennent se figer un horizon plat, un coucher de soleil bancal et des bateaux qui ne savent plus danser. Leurs pinceaux sont des truelles qui ne servent qu’à projeter des couleurs de crèmes glacées aux arômes artificiels.

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Vent. Il se glisse sous la nappe et renverse trop souvent les verres de bière mal lestés.

Ferme exotique. A la buvette indo-africaine d’une ferme exotique, j’ai retrouvé le goût que je croyais perdu du Cacolac et partagé un paquet de chips avec un petit cochon rose et rusé qui bougeait tous azimuts en accéléré.

Seins. Au pied des escaliers qui mènent sur la plage, une femme est allongée. Ses seins très fortement étirés pendouillent, chacun de son côté respectif. A mon arrivée, elle les capture et les replace bien vite dans leurs poches de polyamide bariolé. Je lui sais gré de cette pudeur pressée, de cette lucidité soudaine. Qui lui éviteront le mélanome qui, autrement, l’aurait emportée à l’amour des siens. Qui sont tous sur la plage, assis à se toucher.

Potion magique. J’ai rencontré, dans un bar à cervoises dépourvu de chaises ou de tabourets, un druide mal rasé. De l’autre côté de la rue, un mur gris s’ornait de graffiti brouillons. Le patron a payé toutes les tournées.

Lecture. Je viens de me lancer dans L’Inde en Héritage d’Abha Dawesar mais, simultanément, car je sais jongler, je lis aussi The King Never Smiles, le livre qui, en Thaïlande, vaut quinze ans dans une prison moite et surpeuplée.

Musique. Je ne suis pas très fan de Crowded House, que je crois être un groupe néo-zélandais. Mais leur Fingers of Love est l’un des morceaux les plus sensuels que je connaisse. J’en préfère toutefois d’autres que je sais presque sur le bout des lèvres pour les avoir marmonnés depuis les temps d’une chambre fleurie. A commencer par Sweet Surrender de Tim Buckley ou Sparrow de Marvin Gaye.

Pluie. Les garçons, dit-on, passent entre les gouttes. Pas les barbecues.

Paresse. Ne pas la confondre avec le vide, la terre sèche. Elle n’est souvent qu’un problème mécanique.

Epicier. Si j’en juge par ce primeur aquitain, vendre des fruits et des légumes dans une commune aisée rend heureux. A vingt mètres de là, le boucher, prisonnier de son environnement sanglant, ne peut se permettre la même légèreté sans mettre mal à l’aise. Il en est du reste parfaitement conscient qui impose à ses clients, lorsqu’il tranche dans les chairs, un silence de cathédrale.

Buvette indo-africaine. Fin d’après-midi. Couple avec deux enfants blonds. Il est maigre, elle est énorme et blanchâtre. Il s’occupe des enfants, une fillette et un garçonnet, tout en picorant deux ou trois miettes. La vaste et pale mère putative mange gaufres et glaces. Elle avale, elle commande, elle ingurgite. Elle bâfre, elle commande, elle ingère.

A côté, à mille lieues, les enfants font très exactement ce que papa leur demande d’une voix douce et de mots qui tintinnabulent.

Cuisine. Les repas légers et presque végétariens m’embarrassent pas inutilement l’estomac et laissent plus de place au rosé. C’est là, assurément, un point en leur faveur.

 

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