Carnets (4)

Route ensoleillée. Ou comment un achat de tabac et de bières à l’épicerie de la vallée vous emporte, à travers prés et formes vallonnées, sur les rivages d’un lac.

Puech des ouilles (couleurs)

J’aimerais avoir une maison vitrée sur ses pentes et un canot à moteur amarré dans le clapotis des battements de son cœur. J’y placerais un livre, de la nicotine et irais me poser à la verticale de ses profondeurs.

Canot

Eté. La saison des possibles.

Livre. Un écrivain bien trop célèbre a dit de Par un matin d’automne de Robert Goddard qu’il est un de ces romans « qui vous tiennent éveillé jusqu’au petit matin ». Hier soir, penché dessus, j’ai sombré bien avant le soleil. Après 246 pages, je n’ai pas encore compris pourquoi il est dans la Sélection 2011 du Prix des Lecteurs. Quels lecteurs ?

Délinquants. Il est question de demander aux militaires d’encadrer les jeunes délinquants. Je me demande s’il n’y aurait pas moins de morts parmi les soldats français présents en Afghanistan si l’on faisait l’inverse.

Accident. Une camionnette remonte une autoroute à contre-sens et percute, dans un fracas de métal, une voiture qui arrivait en face. Quatre morts. Tout cela a des airs de tournoi médiéval dépourvu de tout romantisme.

Cheveux. Qui n’a pas une femme pour lui couper les cheveux dans le jardin, presque nu sur une chaise placée au centre exact d’une tache de soleil, mérite son coiffeur et une pile de mauvais magazines déchiquetés.

Cuisine moléculaire. Qu’est-ce que c’est ? Wikipedia qui, en relation avec des « cuisiniers moléculaires », mentionne plusieurs fois l’expression renvoie vers une page intitulée Gastronomie moléculaire où il est expliqué que la gastronomie et la cuisine moléculaires, quoiqu’apparentées, sont deux choses différentes. Bref, je ne sais toujours pas ce que c’est mais je n’arrive cependant pas à me débarrasser des images d’aliments sphériques et phosphorescents, servis dans des éprouvettes, qui virevoltent dans mon esprit.

Musique du matin. Cycles de David Darling (1981 ; avec Jan Garbarek au saxophone et feu Collin Walcott au sitar et aux tablas). Peut-être est-ce dû à la présence de Walcott mais cette musique est très proche de celle d’Oregon ou de Codona.

Première guerre mondiale. Ou l’homme poussé aux limites de l’absurde et de la douleur, réduit au statut d’un animal fou et écœurant d’obéissance. L’apogée du patriotisme, la dernière guerre dont l’annonce déclencha des explosions de joie. Je suis un enfant des années 60 qui ne peut se détacher de ces petits bonhommes en noir en blanc aux mouvements trop rapides, les yeux caves, perdus dans leurs manteaux de boue. Et je reviens sans cesse à mes pellicules usées. J’y cherche des éclats d’humanité. Je traque les hommes qui tombent pour les relever. Je leur tisse une nouvelle existence. Je reconstruis ce qu’on leur a volé.

Quand j’étais môme, j’ai connu un poilu qui n’était jamais revenu. Il ne portait d’autres vêtements que son uniforme gris et sa moustache blanche. Gourde, quart et médailles, il se déplaçait dans un cliquetis de fer blanc. Il était joyeux d’être vivant mais toujours aux aguets.

Pourquoi n’ai-je pas compris alors que, du fond de sa folie, il se moquait des ricanements des idiots et nous signalait à tous un danger ?

Comment ai-je pu oublier son nom ?

Famine. Si chacun de ces enfants aux côtes apparentes et de ces femmes aux seins qui leur font comme des poches vides et fripées était une succursale de banque, les costards-cravates n’en seraient pas à noter, dans les marges de leurs calendriers, des « On s’appelle et on en parle », « réunion préparatoire de la réunion le… », « Sauver une vie coûte un demi-dollar : penser à faire de la monnaie », « Idées de discours : il faudrait que…, nous devrions… ».

Libye. Ce devait être un combat formidable, bref et victorieux, nous disaient ceux qui connaissent la guerre pour ne l’avoir jamais rencontrée (« Il n’est pas question de s’enliser, ce sera une opération de courte durée », Juppé – Mars 2011).

Ce sera pénible, long, cher et douloureux ; quand on ouvre ma cage, il n’est pas facile de m’y remettre, leur répond le monstre (« Nous nous inscrivons dans la durée », Longuet – Juillet 2011).

Petit Pepper voulait une boucle d’oreille et, boucle d’oreille, il a eu. Avec la bénédiction immédiate de cette grand-mère conquise qui me la refusait.

Harper Lee. L’oiseau moqueur, perché sur son étagère, me fait des clins d’œil insistants.

D’aucuns voient dans ce livre un « mythe sucré », une œuvre pour enfants, de l’humanisme dégoulinant. Certains écrivains, peut-être jaloux de ne pas l’avoir écrit, le fusillèrent sans autre forme de procès (Flannery O’Connor, Carson McCullers). A l’inverse, dans des sondages auprès de lecteurs américains, il est l’un des plus souvent cités parmi ces livres « qui font une différence » (juste après la bible, en fait). Les bibliothécaires britanniques, quant à eux, pensent qu’il est tout simplement un bouquin que « tout adulte devrait lire avant de mourir » (devant la bible, ce coup-ci).

Bref, L’oiseau moqueur, sur son étagère, me fait des clins d’œil qui sont comme une invitation à me faire mon propre avis sur la question, sans me soucier de ce qu’en disent détracteurs et laudateurs.

Juillet. Pluie, vent, froid. Qui nous rendra ce mois d’été perdu, cet interlude tant attendu mais que la grisaille nous a volés ?

Cigarette. Les Français, dans leur immense majorité, veulent que l’on interdise la cigarette à la plage. Même les fumeurs, à qui ils ne viendraient pas à l’idée de ne pas allumer leurs clopes en ce lieu, surtout s’il est bondé. Non, ils réclament de l’interdiction, du bannissement, de la répression et de l’amende. « Guidez-nous, montrez-nous le chemin. Légiférez, écrivez, imposez-nous cette responsabilité qui nous fait défaut. Comment pourrions-nous savoir ce qu’il faut faire sans un berger pour l’épeler ? »

Mais quand cesseront-ils, par leur présence massive et leurs rejets malsains, d’assassiner chaque année un peu plus les rivages au bord desquels ils vont oublier leurs jungles de béton ? N’entendent-ils donc pas la mer leur dire : « Pitié, laissez-moi vivre et respirer. J’étais belle mais vous êtes si laids… » ?

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