Carnets (3)

Poésie chinoise. Ce matin, à l’époque désormais révolue de mon troisième café, alors que la maisonnée était encore endormie et que, doucement, j’écoutais Gérard Manset, l’idée m’est venue de parcourir de la poésie chinoise. Les premiers poèmes sur lesquels je me suis penché parlaient beaucoup de prunes et, peut-être parce qu’il n’y a que des pommes et des bananes dans la coupe sur la table de la cuisine, n’ont guère retenu mon attention. A la page 24 du recueil (De l’art poétique de vivre en été), je suis enfin tombé sur une œuvre de Lu Yu (1125 – 1210 ; dynastie Song) qui, à l’exception notable de la mousse sur le sentier, décrivait parfaitement mon jardin et, après que j’eusse lancé la machine à café, mes premières pérégrinations matinales en ce bas-monde.

Au lever du jour la pluie lave les traces de poussière

Sous l’ombrage vert et dense le jardin est agréable

Au milieu du gazouillis des hirondelles, silencieux et sans affaire,

Seul, je parcours le sentier moussu et franchis le portail

Ce qui, en idéogrammes, donne ceci :

Lu Yu

Voiture. Ma voiture vert bouteille vide fait un drôle de bruit qui ne m’amuse pas. Sa voix est criarde et je ne suis pas très sûr de ce qu’elle raconte mais il me semble tout de même entendre : « Ne te lance pas sur la route des vacances, tu vas détester ça ».

Manset. Je ne dois plus être très loin d’avoir sa discographie complète. Peut-être même l’ai-je déjà. En tous cas, je suis content, et pour Manset et pour moi, que l’entité confuse que l’on nomme « grand public » ne l’ait jamais découvert. Elle a tendance à tout salir.

Manset, c’est une carrière lumineuse menée dans l’obscurité. L’écouter, c’est entendre un secret.

Gens. Les gens sont venimeux qui se sont eux-mêmes déçus à votre contact.

Yahoo. Ma messagerie mail depuis 9 ans s’apprête à sortir une nouvelle version et, parce que « la transparence est pour [elle] primordiale », elle se réserve le droit de lire mes mails entrants et sortants. Elle va aller y chercher des mots-clés afin de me proposer des publicités ciblées « selon mes centres d’intérêt ». En ce qui concerne la pub, mon seul et unique centre d’intérêt est de ne jamais en voir. De toute façon, cela ne sert à rien de me balancer de la réclame : d’une, je suis un mauvais consommateur et, de deux, j’ai installé un logiciel qui bloque tous les encarts qu’il est possible de bloquer.

N’en reste pas moins que je n’ai aucune envie que l’on lise mes mails et, si Yahoo ne me laisse pas le choix de garder ma version actuelle, je vais très certainement migrer chez un concurrent moins intrusif.

Roman. J’ai commencé la lecture de Par un matin d’automne de Robert Goddard. Le style n’est pas aussi riche, aussi fourni que je l’avais espéré. Prions pour que l’histoire soit à la hauteur.

Cendrier. J’en suis arrivé à une telle fréquence d’allers retours hebdomadaires entre l’étage et le rez-de-chaussée que je n’ai plus que deux solutions : soit je calme ma consommation de cigarettes, soit j’achète un cendrier plus gros.

Pains au lait. J’envisage de faire don des très décevants pains au lait que j’ai achetés. J’hésite encore entre plusieurs récipiendaires dont ma femme, originaire d’un pays où l’on n’a aucune idée du goût que devrait normalement avoir un pain au lait, les poules de mon voisin et les moineaux qui ont élu domicile dans mes thuyas.

Débat. Hier soir, j’ai regardé le débat sur France 24. Je me souviens plus de l’intitulé précis mais toujours est-il que les participants s’interrogeaient sur la probabilité que Sarkozy soit réélu en 2012. Ils ont tous plus ou moins dit, quoiqu’avec des mots très différents des miens, que les Français étaient tellement cons que tout était possible. J’ai beaucoup aimé le numéro de funambule d’un débatteur de droite qui, sans pouvoir nous fournir un seul exemple vérifiable de réussite, essayait de repeindre le quinquennat écaillé dans des tons satinés.

Je n’ai que peu de passion pour les blondes mais j’aime bien l’animatrice quand elle daigne enfin se laisser aller à un sourire. On devine alors aisément l’enfant diablement mutin qu’elle a dû être.

Prisons. Les prisons sont pleines jusqu’à la gueule, surbookées. On dirait des hôtels fous qui réservent à plusieurs clients la même chambre aux mêmes dates. A se demander s’il ne va pas falloir faire dormir et manger les hôtes à des heures différentes.

Manset, que j’écoute toujours, vient juste de me dire : « Otez-moi ces chaînes que je voie les eaux, que je connaisse encore la mer démontée ». Obok, l’album de 2006 dont sont tirées ces paroles, est une réussite, un vrai bijou aux accents rock retrouvés. Faut que je trouve où se cache la fonction « Autoreverse ».

Jardin. Tout pousse allégrement ; persil, basilic, tomates, oignons, poireaux, salades et blettes. Tout, sauf les petits pois et l’ail. Les petits pois, je m’en fous un peu mais la mort clinique du carré d’ail me perturbe bien plus que je ne veux publiquement l’admettre.

Roman. Je tiens un sujet depuis plus de 3 ans. Un sujet et une atmosphère. Mais je n’ai que cela. Ni plan, ni boussole pour me discipliner.

Dommage. A côté de « a fait un enfant, construit une maison et planté un arbre », cela aurait eu de la gueule.

Carnets. Je ne sais pas du tout où vont me mener ces présents carnets, format qui se cherche encore. J’en aime la latitude. J’aime la possibilité qu’ils offrent de mélanger l’infiniment petit et l’infiniment grand, le proche et le lointain, d’être plus créatif. Je ne vais pas pour autant abandonner les « revues de presse » et les textes plus caustiques mais ils sont une direction que je veux et vais explorer.

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