Carnets (1)

Pluie. Il me semble qu’un temps pluvieux se prête mieux qu’un soleil éblouissant à la lecture d’une histoire de tueur en série.

Etrangers. L’Ump m’évoque un petit roquet qui a trouvé un os de dinosaure, un truc qu’il pourra ronger jusqu’à la fin des temps, sans jamais être à court. La presse de ce matin m’apprend que les étrangers n’auront plus le droit d’installer des ascenseurs. Le métier leur est désormais fermé.

Pourquoi ne pas non plus interdire l’utilisation des ascenseurs à certaines classes sociales ? Ce ne doit pas être très compliqué de pondre une loi qui obligerait chômeurs, ouvriers et autres smicards à prendre les escaliers.

Etrangers (suite). Quand va-t-on leur interdire de s’asseoir à l’avant des bus de ville et dans certains wagons de train et de métro ?

Pain au chocolat. Z’avez remarqué comment deux barres de chocolat peuvent sauver une pâte très médiocre ? Les croissants n’ont pas cet avantage : soit ils sont bons, soit ils sont jetables.

Police. Une policière dénonce, dans un bouquin, le racisme, l’homophobie et le sexisme de ses collègues. Suspendue. Par contre, la police a décidé de garder les grossiers et les haineux. Ils frappent plus fort, ne savent ni lire ni écrire mais, curieusement, ils comprennent mieux les ordres.

Extrême-droite. Hier soir, j’ai regardé un reportage sur la montée des droites nationalistes en Europe. Je suis parti me coucher un brin nauséeux, avec la sale impression que nous sommes en train de revivre les années 30.

HLM et autres barres. Est-il vraiment nécessaire d’y installer des ascenseurs ? Des nacelles mûes à la force des bras ne seraient-elles pas plus écolos ?

Electricité. A la vue de mes factures, j’en viens à me demander si je n’habite pas une centrale nucléaire mal isolée. J’ai donc appelé EDF. La « conseillère » a été si heureuse de m’entendre que, pendant une minute, je me suis demandé si je n’étais pas en train de téléphoner à une maîtresse amoureuse dont j’aurais oublié l’existence.

Elle m’a expliqué, sans cesser de mouiller une seule seconde, que tout était normal. « Je parie que vous avez une télé et la lumière », m’a-t-elle dit. J’ai craqué et tout avoué.

Vol de légumes. C’est la deuxième fois en peu de temps qu’un supermarché accuse un employé sous-payé d’avoir volé des légumes « défraîchis ». S’ils n’embauchaient que des gens issus des classes aisées, m’est avis qu’ils n’auraient pas ce genre de problème. Les pauvres n’ont aucune éducation.

DSK. Une spécialiste du langage non-verbal a analysé les gestes que fait la femme de ménage pendant son interview à la chaîne ABC. Ceux-ci sont « amples », donc elle ne ment pas. La prochaine fois que je raconterai des conneries, faudra que je me rappelle de mouliner à tout va. Quitte à faire tomber la lampe de chevet.

Harper Lee. J’ai décidé, avec quelques décennies de retard, de lire Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur. Si je continue sur cette pente ascendante, je vais bien finir par faire l’acquisition de l’Attrape-Cœurs de Salinger.

Brouillard. J’ai ouvert les volets de la cuisine vers 6 heures 20. Des nappes de brouillard s’étaient déposées dans les vallons et les hauteurs étaient éclairées par un soleil timide. J’ai pensé monter à l’étage pour attraper l’appareil photo. En passant devant la machine à café, l’odeur m’a dissuadé de faire un tel effort.

Algues vertes. Depuis le début juillet, les algues vertes ont tué 28 sangliers dans une baie d’Armorique. Avec chaque cadavre de suidé, c’est un peu de la Gaule qui fout le camp.

Prohibition. Sommes-nous de plus en plus puritains ou sont-ce seulement ceux qui nous gouvernent qui sont touchés par cette terrible maladie dont l’un des symptômes premiers est une envie irrépressible de tordre le cou à toute forme de plaisir ?

De plus en plus de municipalités interdisent la consommation d’alcool dans les lieux publics, y compris dans ceux où, de tous temps, les gens sont venus pique-niquer. Dans certaines villes, l’interdiction vaut pour toute l’année. Dans d’autres, elle n’est en vigueur que pendant l’été, quand il fait un temps idéal pour se taper une bière fraîche dans l’herbe moelleuse. En automne et en hiver, quand le sol est boueux ou gelé et que les températures n’ont plus besoin que d’un seul chiffre pour s’écrire, il est à nouveau permis de profiter de la vie.

Thé à l’anglaise. Comment peut-on commencer une journée en ne buvant que de l’eau chaude légèrement teintée par un truc qui ressemble fort à un tampon hygiénique ?

Je n’ai jamais eu qu’une confiance très limitée dans les buveurs de thé à l’anglaise. Par contre, je pourrais remettre ma vie entre les mains d’un amoureux du chocolat chaud.

Note : les buveurs de thé fumé de Chine et les buveurs de thé à l’anglaise appartiennent à des règne, embranchement, sous-embranchement, classe, sous-classe, infra-classe, ordre, famille, sous-famille et genre bien distincts. Ne pas confondre.

Moto. Ma moto, tout comme le climat tropical et la police permissive qui allaient avec, me manque parfois.

Aspirateur. J’ai bien peur, si j’ajoute un aspirateur aux équipements électriques que  je possède déjà, que ma maison ne se transforme en Fukushima. En tous cas, c’est ce que la nymphomane d’EDF m’a laissé entendre de sa voix pleine d’entrain.

Miles Davis. Qui n’a jamais commencé la journée en écoutant l’album In A Silent Way a quelque chose de suspect que, pour l’instant, je suis incapable de définir. Il me faudra approfondir la question.

Guéant. J’apprends que Guéant, ministre des barbelés, est sorti vivant de l’hôpital et a retrouvé toute sa morgue. Je ne vous cacherai pas que j’avais espéré une maladie nosocomiale.

Propos racistes. Il parait que 8 000 propos racistes ont été signalés sur la toile en 2010. Lundi dernier, rien que sur F. Desouche, le site d’extrême-droite, j’en ai vu plus de 4700. Pour un seul article.

Café. Six cafés. C’est le bilan de mes trois premières heures sur terre. Si j’en bois un septième, j’ai bien peur d’être incapable de respecter les limitations de vitesse quand, dans une heure environ, je vais me rendre à la grande ville. Sans compter que si je tombe sur un contrôle anti-dopage, on va me condamner à courir le Tour de France.

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