Carnets (4)

Route ensoleillée. Ou comment un achat de tabac et de bières à l’épicerie de la vallée vous emporte, à travers prés et formes vallonnées, sur les rivages d’un lac.

Puech des ouilles (couleurs)

J’aimerais avoir une maison vitrée sur ses pentes et un canot à moteur amarré dans le clapotis des battements de son cœur. J’y placerais un livre, de la nicotine et irais me poser à la verticale de ses profondeurs.

Canot

Eté. La saison des possibles.

Livre. Un écrivain bien trop célèbre a dit de Par un matin d’automne de Robert Goddard qu’il est un de ces romans « qui vous tiennent éveillé jusqu’au petit matin ». Hier soir, penché dessus, j’ai sombré bien avant le soleil. Après 246 pages, je n’ai pas encore compris pourquoi il est dans la Sélection 2011 du Prix des Lecteurs. Quels lecteurs ?

Délinquants. Il est question de demander aux militaires d’encadrer les jeunes délinquants. Je me demande s’il n’y aurait pas moins de morts parmi les soldats français présents en Afghanistan si l’on faisait l’inverse.

Accident. Une camionnette remonte une autoroute à contre-sens et percute, dans un fracas de métal, une voiture qui arrivait en face. Quatre morts. Tout cela a des airs de tournoi médiéval dépourvu de tout romantisme.

Cheveux. Qui n’a pas une femme pour lui couper les cheveux dans le jardin, presque nu sur une chaise placée au centre exact d’une tache de soleil, mérite son coiffeur et une pile de mauvais magazines déchiquetés.

Cuisine moléculaire. Qu’est-ce que c’est ? Wikipedia qui, en relation avec des « cuisiniers moléculaires », mentionne plusieurs fois l’expression renvoie vers une page intitulée Gastronomie moléculaire où il est expliqué que la gastronomie et la cuisine moléculaires, quoiqu’apparentées, sont deux choses différentes. Bref, je ne sais toujours pas ce que c’est mais je n’arrive cependant pas à me débarrasser des images d’aliments sphériques et phosphorescents, servis dans des éprouvettes, qui virevoltent dans mon esprit.

Musique du matin. Cycles de David Darling (1981 ; avec Jan Garbarek au saxophone et feu Collin Walcott au sitar et aux tablas). Peut-être est-ce dû à la présence de Walcott mais cette musique est très proche de celle d’Oregon ou de Codona.

Première guerre mondiale. Ou l’homme poussé aux limites de l’absurde et de la douleur, réduit au statut d’un animal fou et écœurant d’obéissance. L’apogée du patriotisme, la dernière guerre dont l’annonce déclencha des explosions de joie. Je suis un enfant des années 60 qui ne peut se détacher de ces petits bonhommes en noir en blanc aux mouvements trop rapides, les yeux caves, perdus dans leurs manteaux de boue. Et je reviens sans cesse à mes pellicules usées. J’y cherche des éclats d’humanité. Je traque les hommes qui tombent pour les relever. Je leur tisse une nouvelle existence. Je reconstruis ce qu’on leur a volé.

Quand j’étais môme, j’ai connu un poilu qui n’était jamais revenu. Il ne portait d’autres vêtements que son uniforme gris et sa moustache blanche. Gourde, quart et médailles, il se déplaçait dans un cliquetis de fer blanc. Il était joyeux d’être vivant mais toujours aux aguets.

Pourquoi n’ai-je pas compris alors que, du fond de sa folie, il se moquait des ricanements des idiots et nous signalait à tous un danger ?

Comment ai-je pu oublier son nom ?

Famine. Si chacun de ces enfants aux côtes apparentes et de ces femmes aux seins qui leur font comme des poches vides et fripées était une succursale de banque, les costards-cravates n’en seraient pas à noter, dans les marges de leurs calendriers, des « On s’appelle et on en parle », « réunion préparatoire de la réunion le… », « Sauver une vie coûte un demi-dollar : penser à faire de la monnaie », « Idées de discours : il faudrait que…, nous devrions… ».

Libye. Ce devait être un combat formidable, bref et victorieux, nous disaient ceux qui connaissent la guerre pour ne l’avoir jamais rencontrée (« Il n’est pas question de s’enliser, ce sera une opération de courte durée », Juppé – Mars 2011).

Ce sera pénible, long, cher et douloureux ; quand on ouvre ma cage, il n’est pas facile de m’y remettre, leur répond le monstre (« Nous nous inscrivons dans la durée », Longuet – Juillet 2011).

Petit Pepper voulait une boucle d’oreille et, boucle d’oreille, il a eu. Avec la bénédiction immédiate de cette grand-mère conquise qui me la refusait.

Harper Lee. L’oiseau moqueur, perché sur son étagère, me fait des clins d’œil insistants.

D’aucuns voient dans ce livre un « mythe sucré », une œuvre pour enfants, de l’humanisme dégoulinant. Certains écrivains, peut-être jaloux de ne pas l’avoir écrit, le fusillèrent sans autre forme de procès (Flannery O’Connor, Carson McCullers). A l’inverse, dans des sondages auprès de lecteurs américains, il est l’un des plus souvent cités parmi ces livres « qui font une différence » (juste après la bible, en fait). Les bibliothécaires britanniques, quant à eux, pensent qu’il est tout simplement un bouquin que « tout adulte devrait lire avant de mourir » (devant la bible, ce coup-ci).

Bref, L’oiseau moqueur, sur son étagère, me fait des clins d’œil qui sont comme une invitation à me faire mon propre avis sur la question, sans me soucier de ce qu’en disent détracteurs et laudateurs.

Juillet. Pluie, vent, froid. Qui nous rendra ce mois d’été perdu, cet interlude tant attendu mais que la grisaille nous a volés ?

Cigarette. Les Français, dans leur immense majorité, veulent que l’on interdise la cigarette à la plage. Même les fumeurs, à qui ils ne viendraient pas à l’idée de ne pas allumer leurs clopes en ce lieu, surtout s’il est bondé. Non, ils réclament de l’interdiction, du bannissement, de la répression et de l’amende. « Guidez-nous, montrez-nous le chemin. Légiférez, écrivez, imposez-nous cette responsabilité qui nous fait défaut. Comment pourrions-nous savoir ce qu’il faut faire sans un berger pour l’épeler ? »

Mais quand cesseront-ils, par leur présence massive et leurs rejets malsains, d’assassiner chaque année un peu plus les rivages au bord desquels ils vont oublier leurs jungles de béton ? N’entendent-ils donc pas la mer leur dire : « Pitié, laissez-moi vivre et respirer. J’étais belle mais vous êtes si laids… » ?

Carnets (3)

Poésie chinoise. Ce matin, à l’époque désormais révolue de mon troisième café, alors que la maisonnée était encore endormie et que, doucement, j’écoutais Gérard Manset, l’idée m’est venue de parcourir de la poésie chinoise. Les premiers poèmes sur lesquels je me suis penché parlaient beaucoup de prunes et, peut-être parce qu’il n’y a que des pommes et des bananes dans la coupe sur la table de la cuisine, n’ont guère retenu mon attention. A la page 24 du recueil (De l’art poétique de vivre en été), je suis enfin tombé sur une œuvre de Lu Yu (1125 – 1210 ; dynastie Song) qui, à l’exception notable de la mousse sur le sentier, décrivait parfaitement mon jardin et, après que j’eusse lancé la machine à café, mes premières pérégrinations matinales en ce bas-monde.

Au lever du jour la pluie lave les traces de poussière

Sous l’ombrage vert et dense le jardin est agréable

Au milieu du gazouillis des hirondelles, silencieux et sans affaire,

Seul, je parcours le sentier moussu et franchis le portail

Ce qui, en idéogrammes, donne ceci :

Lu Yu

Voiture. Ma voiture vert bouteille vide fait un drôle de bruit qui ne m’amuse pas. Sa voix est criarde et je ne suis pas très sûr de ce qu’elle raconte mais il me semble tout de même entendre : « Ne te lance pas sur la route des vacances, tu vas détester ça ».

Manset. Je ne dois plus être très loin d’avoir sa discographie complète. Peut-être même l’ai-je déjà. En tous cas, je suis content, et pour Manset et pour moi, que l’entité confuse que l’on nomme « grand public » ne l’ait jamais découvert. Elle a tendance à tout salir.

Manset, c’est une carrière lumineuse menée dans l’obscurité. L’écouter, c’est entendre un secret.

Gens. Les gens sont venimeux qui se sont eux-mêmes déçus à votre contact.

Yahoo. Ma messagerie mail depuis 9 ans s’apprête à sortir une nouvelle version et, parce que « la transparence est pour [elle] primordiale », elle se réserve le droit de lire mes mails entrants et sortants. Elle va aller y chercher des mots-clés afin de me proposer des publicités ciblées « selon mes centres d’intérêt ». En ce qui concerne la pub, mon seul et unique centre d’intérêt est de ne jamais en voir. De toute façon, cela ne sert à rien de me balancer de la réclame : d’une, je suis un mauvais consommateur et, de deux, j’ai installé un logiciel qui bloque tous les encarts qu’il est possible de bloquer.

N’en reste pas moins que je n’ai aucune envie que l’on lise mes mails et, si Yahoo ne me laisse pas le choix de garder ma version actuelle, je vais très certainement migrer chez un concurrent moins intrusif.

Roman. J’ai commencé la lecture de Par un matin d’automne de Robert Goddard. Le style n’est pas aussi riche, aussi fourni que je l’avais espéré. Prions pour que l’histoire soit à la hauteur.

Cendrier. J’en suis arrivé à une telle fréquence d’allers retours hebdomadaires entre l’étage et le rez-de-chaussée que je n’ai plus que deux solutions : soit je calme ma consommation de cigarettes, soit j’achète un cendrier plus gros.

Pains au lait. J’envisage de faire don des très décevants pains au lait que j’ai achetés. J’hésite encore entre plusieurs récipiendaires dont ma femme, originaire d’un pays où l’on n’a aucune idée du goût que devrait normalement avoir un pain au lait, les poules de mon voisin et les moineaux qui ont élu domicile dans mes thuyas.

Débat. Hier soir, j’ai regardé le débat sur France 24. Je me souviens plus de l’intitulé précis mais toujours est-il que les participants s’interrogeaient sur la probabilité que Sarkozy soit réélu en 2012. Ils ont tous plus ou moins dit, quoiqu’avec des mots très différents des miens, que les Français étaient tellement cons que tout était possible. J’ai beaucoup aimé le numéro de funambule d’un débatteur de droite qui, sans pouvoir nous fournir un seul exemple vérifiable de réussite, essayait de repeindre le quinquennat écaillé dans des tons satinés.

Je n’ai que peu de passion pour les blondes mais j’aime bien l’animatrice quand elle daigne enfin se laisser aller à un sourire. On devine alors aisément l’enfant diablement mutin qu’elle a dû être.

Prisons. Les prisons sont pleines jusqu’à la gueule, surbookées. On dirait des hôtels fous qui réservent à plusieurs clients la même chambre aux mêmes dates. A se demander s’il ne va pas falloir faire dormir et manger les hôtes à des heures différentes.

Manset, que j’écoute toujours, vient juste de me dire : « Otez-moi ces chaînes que je voie les eaux, que je connaisse encore la mer démontée ». Obok, l’album de 2006 dont sont tirées ces paroles, est une réussite, un vrai bijou aux accents rock retrouvés. Faut que je trouve où se cache la fonction « Autoreverse ».

Jardin. Tout pousse allégrement ; persil, basilic, tomates, oignons, poireaux, salades et blettes. Tout, sauf les petits pois et l’ail. Les petits pois, je m’en fous un peu mais la mort clinique du carré d’ail me perturbe bien plus que je ne veux publiquement l’admettre.

Roman. Je tiens un sujet depuis plus de 3 ans. Un sujet et une atmosphère. Mais je n’ai que cela. Ni plan, ni boussole pour me discipliner.

Dommage. A côté de « a fait un enfant, construit une maison et planté un arbre », cela aurait eu de la gueule.

Carnets. Je ne sais pas du tout où vont me mener ces présents carnets, format qui se cherche encore. J’en aime la latitude. J’aime la possibilité qu’ils offrent de mélanger l’infiniment petit et l’infiniment grand, le proche et le lointain, d’être plus créatif. Je ne vais pas pour autant abandonner les « revues de presse » et les textes plus caustiques mais ils sont une direction que je veux et vais explorer.

Carnets (2)

Réveil. Cinq heures du matin. Involontaire mais bienvenu. Je règne sur un silence au parfum de café brésilien.

Bouquins. Hier, j’ai profité de mon passage dans la grande ville pour acheter des livres. Deux livres. J’ai passé en revue tous les poches d’une librairie, moins les polars. Pas envie d’un polar. J’ai fini par arrêter mon choix sur L’Inde en Héritage d’Abha Dawesar (« Un regard acide et sans concession sur la société indienne contemporaine. Décapant. ») et Par un Matin d’Automne de Robert Goddard (« Livre envoutant… sens du suspense et de la reconstitution historique »). Je ne connais ni l’un ni l’autre de ces auteurs. Un achat qui est une aventure.

Amour. Etonnant de voir à quelle vitesse, chez certains êtres humains, l’amour se transforme en un mépris spontané, un dédain trop soudain qui les met à nu et expose leur amère laideur, leur cassante fragilité. On croirait assister, en accéléré, grossie mille fois, à la métamorphose d’un papillon en blatte.

Radio. Sur la route du retour, j’ai écouté France Info. Une ministre ne cessait de répéter : « le président a décidé ceci », « le président a décidé cela », « en accord avec la volonté du président », « selon les souhaits du président ». Je me suis demandé, avant de bien vite passer à autre chose, s’il était normal que 65 millions de personnes soient à la merci des décisions, de la volonté et des souhaits d’un type tout seul, ni plus intelligent ni plus vertueux que les autres. J’en ai rapidement conclu que non, ce n’est ni normal, ni censé. C’est tout simplement absurde. Nous ne sommes ni des fourmis, ni des abeilles pour nous doter ainsi d’un monarque. Puis, j’ai ouvert la vitre et écouté les Blues Brothers en suçant des cachous à la réglisse.

FN. Dans Le Point, un spécialiste de l’extrême-droite nous explique que le massacre de Norvège, qu’il qualifie de polémique, bénéficiera au FN, pauvre victime d’un lynchage. Pourquoi pas. En son temps, l’incendie du Reichstag n’avait-il pas aussi profité aux incendiaires ?

Pain au lait. Il se pourrait fort que ce fut une erreur d’avoir acheté des pains au lait SANS pépites de chocolat. Je viens d’en goûter un et le moins que je puisse dire est que je ne suis pas impressionné du tout.

Chômage. En hausse. Ce matin, Google Actualités me propose 180 articles sur le sujet. Je ne cesse d’être émerveillé par notre capacité à nous intéresser à l’augmentation du nombre de types sans boulot. Les catastrophes, les guerres, les famines, les génocides et autres spectaculaires spectacles sont incapables de retenir notre attention plus de deux ou trois semaines. Le chômage, lui, feuilleton interminable, malgré une absence de rebondissements et de doubles saltos arrière, nous tient en mauvaise haleine depuis le premier choc pétrolier de 1973.

Périarthrite. En anglais de tous les jours, cela se dit « épaule figée » ou, encore plus littéralement, « épaule congelée ». Quoiqu’imagée, la langue de Shakespeare, peut-être par une pudeur toute britannique, ne rend absolument pas compte de la douleur. Qui est pourtant l’impression dominante.

Loups. Totalement éradiqués par l’homme dans les années 30, ils sont de retour, quoiqu’en petit nombre (200), sur les terres où ils ont toujours vécu. Et bien évidemment, pas plus qu’à l’époque, personne ne les supporte. Les éleveurs des zones concernées vont donc très bientôt être autorisés à les abattre « sans autre procédure ». Bref, nous n’avons rien appris, ni rien retenu. Nous restons les cancres mauvais que nous avons toujours été. Et c’est en vertu de cette ignorance que le loup disparaitra et que le nazillon reviendra.

Paris. Si Paris est bien la ville lumière, le centre pensant que l’on nous vante, le lieu où il faut vivre pour être pris au sérieux et ne pas se résumer à une citoyenneté confuse de provincial, pourquoi ses habitants fuient-ils en masse l’été venu ? Serait-ce parce que, tout compte fait, l’humain n’est pas fait pour vivre dans une fourmilière sans horizon ?

Je me suis toujours demandé de quel bois il fallait être fait pour être capable de supporter que, tout au long de l’année, les pieds reposent sur de l’asphalte ou du béton. Comment peut-on être « sain » sans fouler de l’herbe moelleuse, un tapis de feuilles ou de la terre souple ? Pas plus que je ne pourrais n’avoir que des rapports sexuels protégés par un film de cellophane, je ne puis imaginer de vivre séparé de la planète par une épaisseur de sol artificiel.

Pain au chocolat. Fort heureusement, il reste des pains à deux barres de chocolat pour me faire oublier les ternes pains au lait dont j’ai bien légèrement fait l’acquisition dans un moment d’insouciance aventureuse.

Norvège. Les autorités du pays parlent de renforcer la sécurité. Pas surprenant. C’est ce qui se passe partout sitôt un attentat commis. Après chaque bombe, après chaque attaque, l’état policier se durcit et on y laisse une liberté. Et cela n’empêche jamais l’attentat suivant et ne l’empêchera jamais. Les victoires des terroristes, du reste, ne se calculent pas en nombre de victimes mais en nombre de libertés que l’on nous rogne dès lors qu’ils frappent. Il faut bien reconnaitre que si la haine des libertés collectives et individuelles dont nous jouissons encore est la raison qui pousse des dingues fascistes ou des fous barbus à nous attaquer, ils sont alors les grands vainqueurs du combat qu’ils nous imposent. Mais ceux qui gouvernent et voudraient nous contrôler profitent aussi toujours du crime.

Granges. Les ouvertures étroites sont aux granges ce que les moucharabiehs sont aux harems.

Grange1

Poisson. Depuis plus de 20 ans, je suis incapable de manger des harengs fumés sans revoir un rivage de la Mer baltique par une fraîche journée de printemps. Je me souviens des bateaux en bois que l’on avait tirés sur la plage battue par le vent et d’un petit restaurant où l’on ne servait que du poisson et des pommes de terre. Depuis ma petite table près de la fenêtre allemande, je voyais les premières îles danoises.

Hier, peut-être un peu nostalgique de ce hasard qui, pour la seule fois de ma vie, me conduisit vers le septentrion, j’ai acheté des harengs. Les plus chers.

Carnets (1)

Pluie. Il me semble qu’un temps pluvieux se prête mieux qu’un soleil éblouissant à la lecture d’une histoire de tueur en série.

Etrangers. L’Ump m’évoque un petit roquet qui a trouvé un os de dinosaure, un truc qu’il pourra ronger jusqu’à la fin des temps, sans jamais être à court. La presse de ce matin m’apprend que les étrangers n’auront plus le droit d’installer des ascenseurs. Le métier leur est désormais fermé.

Pourquoi ne pas non plus interdire l’utilisation des ascenseurs à certaines classes sociales ? Ce ne doit pas être très compliqué de pondre une loi qui obligerait chômeurs, ouvriers et autres smicards à prendre les escaliers.

Etrangers (suite). Quand va-t-on leur interdire de s’asseoir à l’avant des bus de ville et dans certains wagons de train et de métro ?

Pain au chocolat. Z’avez remarqué comment deux barres de chocolat peuvent sauver une pâte très médiocre ? Les croissants n’ont pas cet avantage : soit ils sont bons, soit ils sont jetables.

Police. Une policière dénonce, dans un bouquin, le racisme, l’homophobie et le sexisme de ses collègues. Suspendue. Par contre, la police a décidé de garder les grossiers et les haineux. Ils frappent plus fort, ne savent ni lire ni écrire mais, curieusement, ils comprennent mieux les ordres.

Extrême-droite. Hier soir, j’ai regardé un reportage sur la montée des droites nationalistes en Europe. Je suis parti me coucher un brin nauséeux, avec la sale impression que nous sommes en train de revivre les années 30.

HLM et autres barres. Est-il vraiment nécessaire d’y installer des ascenseurs ? Des nacelles mûes à la force des bras ne seraient-elles pas plus écolos ?

Electricité. A la vue de mes factures, j’en viens à me demander si je n’habite pas une centrale nucléaire mal isolée. J’ai donc appelé EDF. La « conseillère » a été si heureuse de m’entendre que, pendant une minute, je me suis demandé si je n’étais pas en train de téléphoner à une maîtresse amoureuse dont j’aurais oublié l’existence.

Elle m’a expliqué, sans cesser de mouiller une seule seconde, que tout était normal. « Je parie que vous avez une télé et la lumière », m’a-t-elle dit. J’ai craqué et tout avoué.

Vol de légumes. C’est la deuxième fois en peu de temps qu’un supermarché accuse un employé sous-payé d’avoir volé des légumes « défraîchis ». S’ils n’embauchaient que des gens issus des classes aisées, m’est avis qu’ils n’auraient pas ce genre de problème. Les pauvres n’ont aucune éducation.

DSK. Une spécialiste du langage non-verbal a analysé les gestes que fait la femme de ménage pendant son interview à la chaîne ABC. Ceux-ci sont « amples », donc elle ne ment pas. La prochaine fois que je raconterai des conneries, faudra que je me rappelle de mouliner à tout va. Quitte à faire tomber la lampe de chevet.

Harper Lee. J’ai décidé, avec quelques décennies de retard, de lire Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur. Si je continue sur cette pente ascendante, je vais bien finir par faire l’acquisition de l’Attrape-Cœurs de Salinger.

Brouillard. J’ai ouvert les volets de la cuisine vers 6 heures 20. Des nappes de brouillard s’étaient déposées dans les vallons et les hauteurs étaient éclairées par un soleil timide. J’ai pensé monter à l’étage pour attraper l’appareil photo. En passant devant la machine à café, l’odeur m’a dissuadé de faire un tel effort.

Algues vertes. Depuis le début juillet, les algues vertes ont tué 28 sangliers dans une baie d’Armorique. Avec chaque cadavre de suidé, c’est un peu de la Gaule qui fout le camp.

Prohibition. Sommes-nous de plus en plus puritains ou sont-ce seulement ceux qui nous gouvernent qui sont touchés par cette terrible maladie dont l’un des symptômes premiers est une envie irrépressible de tordre le cou à toute forme de plaisir ?

De plus en plus de municipalités interdisent la consommation d’alcool dans les lieux publics, y compris dans ceux où, de tous temps, les gens sont venus pique-niquer. Dans certaines villes, l’interdiction vaut pour toute l’année. Dans d’autres, elle n’est en vigueur que pendant l’été, quand il fait un temps idéal pour se taper une bière fraîche dans l’herbe moelleuse. En automne et en hiver, quand le sol est boueux ou gelé et que les températures n’ont plus besoin que d’un seul chiffre pour s’écrire, il est à nouveau permis de profiter de la vie.

Thé à l’anglaise. Comment peut-on commencer une journée en ne buvant que de l’eau chaude légèrement teintée par un truc qui ressemble fort à un tampon hygiénique ?

Je n’ai jamais eu qu’une confiance très limitée dans les buveurs de thé à l’anglaise. Par contre, je pourrais remettre ma vie entre les mains d’un amoureux du chocolat chaud.

Note : les buveurs de thé fumé de Chine et les buveurs de thé à l’anglaise appartiennent à des règne, embranchement, sous-embranchement, classe, sous-classe, infra-classe, ordre, famille, sous-famille et genre bien distincts. Ne pas confondre.

Moto. Ma moto, tout comme le climat tropical et la police permissive qui allaient avec, me manque parfois.

Aspirateur. J’ai bien peur, si j’ajoute un aspirateur aux équipements électriques que  je possède déjà, que ma maison ne se transforme en Fukushima. En tous cas, c’est ce que la nymphomane d’EDF m’a laissé entendre de sa voix pleine d’entrain.

Miles Davis. Qui n’a jamais commencé la journée en écoutant l’album In A Silent Way a quelque chose de suspect que, pour l’instant, je suis incapable de définir. Il me faudra approfondir la question.

Guéant. J’apprends que Guéant, ministre des barbelés, est sorti vivant de l’hôpital et a retrouvé toute sa morgue. Je ne vous cacherai pas que j’avais espéré une maladie nosocomiale.

Propos racistes. Il parait que 8 000 propos racistes ont été signalés sur la toile en 2010. Lundi dernier, rien que sur F. Desouche, le site d’extrême-droite, j’en ai vu plus de 4700. Pour un seul article.

Café. Six cafés. C’est le bilan de mes trois premières heures sur terre. Si j’en bois un septième, j’ai bien peur d’être incapable de respecter les limitations de vitesse quand, dans une heure environ, je vais me rendre à la grande ville. Sans compter que si je tombe sur un contrôle anti-dopage, on va me condamner à courir le Tour de France.

Grandeur et décadence d’une cité

Ces photos, œuvres d’Yves Marchand et Romain Meffre, sont tirées de l’exposition « The Ruins of Detroit », visible jusqu’au 15 septembre à la Galerie Wanted (23, rue de Sicile, Paris). Si, à l’image de dizaines de millions de gens, vous n’habitez pas Paris ou son épouvantable région, je vous invite à visiter leur site web, où vous trouverez d’autres photos aussi poignantes que celles-ci.

With many thanks to Russell.

United Artists Theater

United Artists Theater

Fisher Body 21 Plant

Fisher Body 21 Plant

Ballroom, Lee Plaza Hotel

Ballroom, Lee Plaza Hotel

Bagley-Clifford office of the National Bank of Detroit

Bagley-Clifford office of the National Bank of Detroit

Ballroom, American Hotel

Ballroom, American Hotel

Room 1504, Lee Plaza Hotel

Room 1504, Lee Plaza Hotel

18th floor dentist cabinet, David Broderick Tower

18th floor dentist cabinet, David Broderick Tower

Vanity Ballroom

Vanity Ballroom