Dessine-moi une tache

L’équinoxe de printemps et la sève que je sens monter en moi m’ont inspiré deux « tableaux ».

L’un est sobre, tout en retenue. L’autre, réalisé dans un moment d’optimisme qui ne fut pas sans rappeler une crise de démence, voire un orgasme, est plus flashy.

Je préfère très nettement l’humilité du premier mais me devais de vous livrer également l’outrecuidance joyeuse du second.

Spring1Spring2

Une respiration qui cascade

Un ruisseau est un cours d’eau à l’échelle de mon âme. Et de la vôtre.

Le mot « cours » évoque la course, le mouvement, le ruissellement, l’approche, le passage et une musique qui, sans être un son de clochettes, s’y apparente toutefois.

Le cours n’est pas une fuite. Il est une venue.

Celui dont je veux aujourd’hui vous entretenir est un lit où l’eau, la roche, le bois, les couleurs et la lumière viennent faire l’amour.

Il est l’union de la danse et de la constance.

Ruisseau1.2Ruisseau17.2Ruisseau20

Mon ruisseau, dont l’adjectif possessif signale que je lui appartiens, que je suis son sujet, se cache pour être découvert.

Il se dissimule au creux d’un val, ouvert au soleil, prévenant avec les ombres, qu’il a lui-même dessiné, en pente douce, en courbes harmonieuses.

Il est l’enfant au sourire irrépressible, le cœur battant, qui s’est tapi derrière la porte entrebâillée.

Plus que de vous surprendre, il veut rire. Il veut que l’aimiez. Il veut que votre cœur épouse son rythme. Il brûle de l’entendre tintinnabuler.

Ruisseau9.2Ruisseau11.2

Mon ruisseau est irisé. Il est bleu, il est gris, il est or. Il est iridescent et nacré. Sa transparence a les couleurs de l’intensité. Son opacité a la moire des secrets limpides. Son noir a l’aspect chatoyant des confidences enfantines de juillet que les gamins de la campagne se chuchotent sous un marronnier.

Ruisseau12.2Ruisseau21.2Ruisseau23

Mon ruisseau est parfumé. Il a la fragrance de l’humidité. Il a l’arôme des bouquets. Il porte les effluves de la terre mouillée, l’odeur des feuilles et du printemps, la senteur du soleil renaissant et des ombres légères, presque bariolées.

Mon ruisseau marie l’eau fraîche, la pierre chaude et la mousse veloutée.

Ruisseau19.3

Mon ruisseau chante. Mon ruisseau tinte.

Il récite par cœur, le sien et le mien, et le vôtre si vous le visitez, une chanson qu’il est encore en train de composer.

Sa mélodie cascade.

Son air est un frisson.

Sa musique est une ondulation

Un flottement

Une audace

Des variations pleines de pudeur.

Ses mots dévalent

Et dégringolent.

Ses notes sont basses

Et haut perchées

Claires

Distinctes

Modulées.

Mon ruisseau rigole

Il déborde de joie

Il a des éclats de rire et de lumière

Sa gaité est un pétillement.

Qui tapote le cœur.

Ruisseau15.2Ruisseau22---Copie

Mon ruisseau est bordé d’un sentier qui remonte, au-delà du sommet de la colline, vers le ciel.

Un chemin qui ne se descend pas.

Jamais.

Descendre, c’est découvrir qu’il existe une rivière qu’il engrosse et qui le perd.

Non, mon ruisseau parle de naissance.

Il appelle à découvrir les lèvres, la source qui l’ont enfanté.

Il est un descendant, un bébé fripé

Ses rides sont une nouveauté.

Ruisseau7.2

Quelque part, à flanc de la colline, se trouvent les lèvres trempées dont il est issu

Un goulot qu’il me faudra trouver,

Pour rencontrer le mince filet

Et entendre sa première respiration.