Une tache indélébile sur le chiffon national

Titre de TF1 News : 11 novembre : une plaque pour les étudiants qui manifestèrent en 1940

Je ne connaissais pas l’épisode : le 11 novembre 1940, quelques milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté, au pied de l’Arc de triomphe, contre l’occupation allemande. Les journaux auxquels j’ai jeté un coup d’œil ce matin parlent d’environ 2 500 manifestants.

Hier, lors d’une première cérémonie en hommage à ces jeunes, le secrétaire d’état aux anciens combattants et le président du sénat, deux caciques de ce pouvoir qui a plutôt tendance à diviser les chiffres des manifestants par deux, n’ont pas hésité une seconde à doubler la mise et à parler de 5 000 jeunes héros. C’est là une première anomalie.

La deuxième anomalie, c’est que Nicolas Sarkozy, récupérant le symbole, va dévoiler aujourd’hui une plaque en hommage « aux lycéens et étudiants de France qui défièrent l’armée d’occupation nazie  ». Il va, bien évidemment, nous parler de leur courage et en faire les tous premiers résistants (ce qu’ils sont sûrement). Et je trouve cela assez amusant car, d’après lui et ses Umpétainistes, les jeunes lycéens et étudiants qui manifestaient ces dernières semaines contre son régime et ses réformes n’étaient que des « irresponsables », bien trop jeunes et encore bien trop défigurés par l’acné pour comprendre quoi que ce soit à la politique.

L’autre hypocrisie du jour sera présidée par le ministre de la défense et consistera en la pose d’une autre plaque, « en hommage aux soldats musulmans morts pour la France pendant la Première et la Seconde guerre mondiale », sur les murs de la grande mosquée de Paris.

C’est dommage que personne du gouvernement ne se soit souvenu de quelques résistants parmi les Gens du voyage, autrement ces grands amateurs de plaques auraient pu en faire poser une sur une caravane pleine de poules volées que tracte une hénaurme cylindrée étrangère.

Pour moi, le 11 novembre, c’est une date qui évoque toujours les fusillés pour l’exemple, une journée qui parle de honte plutôt que de gloire.

En 1986 ou 87, alors objecteur de conscience, j’avais créé, avec une poignée d’amis, une association de pacifistes et d’objecteurs un peu gentils fouteurs de merde sur les bords (le CRAPO) et, quoique la loi nous interdisait de faire de la politique pendant les deux ans que durait notre objection, nous ne nous sommes jamais vraiment gênés pour en faire dès que quelque chose nous révoltait. Que risquait-on à part un court séjour en prison ou, plus vraisemblablement, une peine avec sursis ?

Le 11 novembre 1987 (ou 86 – je ne me souviens plus exactement), nous nous sommes donc retrouvés une petite quinzaine (certains peut-être un peu stupéfiés) à mettre une pagaille bon enfant dans un défilé des anciens d’Algérie. Je ne sais pas quelle réputation nous avions à l’époque mais toujours est-il que les RG et les flics en tenue qui nous surveillaient (et nous photographiaient sous toutes les coutures) étaient plus nombreux que nous.

Après cet « acte de bravoure », nous nous sommes rendus, accompagnés par la presse, dans un petit cimetière où existe un monument presque unique en France car il est dédié aux déserteurs et à tous ces jeunes que le gouvernement français a lâchement assassinés entre 1914 et 1918.

L’un dont je me souvienne, par exemple, a été fusillé pour avoir refusé de porter l’uniforme couvert de sang que l’armée lui donna.

Entre 14 et 18, la France a officiellement fusillé 600 de ses enfants mais ce chiffre ne prend pas en compte les exécutions sommaires sur le front même. Certains furent réhabilités, d’autres ne le seront jamais. Un gouvernement est une entité bien trop conne pour comprendre qu’en pleine boucherie, le véritable courage consiste à refuser d’y participer.

Je n’ai ni le temps ni les moyens de  retrouver les noms de ces centaines de Français dont la mort est une tache indélébile sur le chiffon que d’aucuns appellent drapeau national mais je vais vous en donner quelques-uns. Ils seront les porte-paroles de tous les autres.

Eugène Bouret

Henri Floch

Jean Blanchard

Francisque Durantet

Pierre Gay

Claude Pettelet

Jean Quinault

Élie Lescop

Jean-Julien Chapelant

Félix Baudy

François Fontanaud

Antoine Morange

Henri Prébost

Lucien Bersot

Théophile Maupas

Louis Lefoulon

Lucien Lechat

Louis Girard

Henri Herduin

Pierre Millant

Le Dû

Joseph Dauphin

Execution - 1917

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