Question de savoir-vivre

Vers 18 heures, appareil photographique en bandoulière, au moment où la lumière est la plus chaude, je me suis lancé sur la route, en direction du nord. Pas que le nord m’attire plus que le sud mais, de ce côté-là, je bénéficie d’une pente. L’idée générale, bien sûr, était de photographier. Si cela n’avait pas été le cas, pensez bien que je ne me serais pas encombré de technologie numérique. Même si ladite technologie numérique ne pèse qu’une poignée de grammes. Je ne suis pas japonais et n’ai aucun projet de le devenir. Et quand bien même la carrière m’attirerait,  je n’ai pas les diplômes requis.

Je dois tout de même préciser, à ce point initial de mon récit, et avant que d’entrer dans le vif du sujet, que la pente seule n’explique pas la direction prise. Voyez-vous, vers le nord, sont  les bois, ces lieux où les arbres se regroupent et se rassurent mutuellement. Pour quelle raison font-ils cela, je ne saurais vous dire. Peut-être l’union fait-elle l’écorce.

J’avais pour projet de photographier des feuilles. Et peut-être même la déhiscence des bogues de châtaignes.

La route du nord, cinquante mètres après ma demeure, passe devant chez mon voisin et propriétaire, le paysan rêveur qui regrette l’époque de ces cinq ans. Et devant chez mon voisin, se trouve une fontaine. J’aime bien les fontaines. J’ai toujours aimé les fontaines. Contrairement à d’autres, moins chanceux sûrement mais plus imaginatifs, elles ne me donnent pas envie d’aller aux toilettes mais m’apaisent. Toujours est-il que, la lumière étant, à cette heure-là, optimale pour transformer de la fontaine en pixels, je décide de photographier avant que de continuer mon chemin vers le nord, la pente et les bois.

Et là, patatras, v’là t-il pas que le rêveur en personne rentre des champs dans sa vieille Renault et que, sitôt surgi de l’habitacle rouillé, tel le Zébulon de mon enfance, il lance un « apéro ? »

Que répondre qui ne soit pas malpoli ?

Nous avons donc pris un apéro. Puis un deuxième à l’arrivée d’un type couvert de peinture. Puis un troisième avec un chasseur de bécasses qui passait par là sans son fusil.

Bref, il faisait nuit quand, titubant sous le poids d’un cageot de légumes du jardin, j’ai finalement regagné mes pénates. Sans la moindre photo de ce début d’automne. Je sais que vous êtes déçu et soyez sûr que je le suis tout autant que vous. Si, en passant le seuil de ma cuisine,  je n’avais pas trouvé une bouteille de Côtes de Rhône sur la table, je ne sais pas dans quel état je serais. Probablement très triste.

Fontaine

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